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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2604307

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2604307

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2604307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGASIMOV

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante arménienne, contestant son transfert aux autorités bulgares et son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que l'arrêté de transfert était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles 16 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a estimé que la dépendance de la requérante envers sa fille, invoquée au titre de l'article 16, n'était pas établie par les pièces du dossier. Par conséquent, la demande d'annulation a été rejetée, ainsi que les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2026, Mme A... B..., représentée par Me Gasimov, demande au tribunal :
de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
d’annuler l’arrêté du 2 avril 2026 notifié le 13 mai 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin a décidé de la transférer aux autorités bulgares, responsables de l’examen de sa demande d’asile ;
d’annuler l’arrêté du 6 mai 2026 notifié le 13 mai 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin l’a assignée à résidence ;
de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
l’arrêté de transfert est insuffisamment motivé ;
il est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
il méconnaît les dispositions de l’article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
il méconnaît les dispositions de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
l’arrêté portant assignation à résidence est illégal par voie de conséquence de l’illégalité de l’arrêté de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lecard en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée ;
les observations de Me Kilinç, substituant Me Gasimov, avocat de Mme B..., qui conclut aux mêmes fins que dans la requête et par les mêmes moyens ;
et les observations de Mme B..., assistée de Mme C..., interprète en arménien, qui a indiqué souhaiter rester auprès de sa fille qui s’occupe d’elle.

Le préfet du Bas-Rhin, régulièrement convoqué à l’audience, n’était ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.


Considérant ce qui suit :

Mme A... B..., ressortissante arménienne, née en 1946, est entrée irrégulièrement en France et a présenté une demande d’asile. Une attestation de demande d’asile en procédure Dublin lui a été remise le 29 janvier 2026. La consultation du fichier VIS a relevé que l’intéressée était en possession d’un visa délivré par les autorités bulgares. Le 3 février 2026, le préfet a saisi les autorités bulgares d’une demande de reprise en charge qui ont fait connaître explicitement leur accord le 12 février 2026. Mme B... demande l’annulation de l’arrêté du 2 avril 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin a décidé de la transférer aux autorités bulgares, responsables de l’examen de sa demande d’asile et l’arrêté du 6 mai 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin l’a assignée à résidence

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle:

Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (…) ».

En raison de l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur sa requête, il y a lieu d’admettre provisoirement Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur l’arrêté portant transfert aux autorités bulgares :

4. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et elle est ainsi suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Bas-Rhin aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation de Mme B... et n’aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant de prononcer la décision en litige.

6. En troisième lieu, aux termes de l’article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 : « Lorsque, du fait d’une grossesse, d’un enfant nouveau-né, d’une maladie grave, d’un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l’assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légale ment dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l’assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d’origine, que l’enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. (…) ».

7. La requérante soutient qu’elle dépend de l’assistance de sa fille, chez qui elle vit, en raison de son état de vieillesse et de son état de santé. Toutefois, si elle démontre effectivement vivre chez sa fille, titulaire d’une carte pluriannuelle de séjour, elle ne produit aucun élément de nature à justifier que son état de santé rend nécessaire la présence de sa fille à ses côtés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article 16 précité doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : « 1. Par dérogation à l’article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. (…) 2. L’État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l’État membre responsable, ou l’État membre responsable, peut à tout moment, avant qu’une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n’est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit (…) ». La faculté laissée à chaque État membre, par l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d’asile.
9. En se prévalant de son état de vieillesse et de son état de santé, sans justifier de ce dernier point, la requérante ne démontre pas l’existence de raisons humanitaires rendant nécessaire l’examen de sa demande d’asile en France. Dès lors, la requérante n’est pas fondée à soutenir qu’en édictant la décision attaquée le préfet du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d’appréciation en ne faisant pas usage de la « clause de souveraineté » prévue au 1 de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.
10. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
11. D’une part, la requérante se prévaut de sa présence en France de sa fille en situation régulière chez qui elle vit. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa fille est arrivée en France en 2011, qu’elle a formé sa propre cellule familiale et qu’elles sont séparées depuis de nombreuses années. D’autre part, elle ne démontre pas comme elle le soutient que son état de santé rendrait nécessaire la présence de sa fille à ses côtés. Ainsi, le préfet du Bas-Rhin n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ladite décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur l’arrêté portant assignation à résidence :

12. Le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée, par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant transfert aux autorités bulgares, ne peut qu’être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requérante tendant à l’annulation des décisions en litige doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et celles tendant à l’application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :

Article 1er: Mme B... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Gasimov et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.


La magistrate désignée,




A. LecardLa greffière,




L. Abdennouri

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,




L. Abdennouri

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