Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 22 mai 2026, M. C... E..., représenté par Me Gaible, demande au tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler les arrêtés du 13 mai 2026 par lesquels le préfet du Haut-Rhin, d’une part, a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et, d’autre part, l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d’enjoindre, à titre principal, au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable durant l’attente de ce titre de séjour ;
4°) d’enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour valable durant ce réexamen et sous la même astreinte ;
5°) de condamner l’État aux dépens ;
6°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l’ensemble des décisions :
- les arrêtés attaqués sont entachés d’incompétence ;
Sur le refus de titre de séjour :
- les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile lui sont inopposables dès lors qu’en tant que ressortissant algérien, sa situation est entièrement régie par l’accord franco-algérien ;
- le préfet ne pouvait sans erreur de droit lui appliquer les dispositions du 4° de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
- il peut prétendre à la délivrance de plein droit d’un titre de séjour sur le fondement de cet accord en raison de ses dix ans de présence en France, de sa qualité d’ascendant d’enfants français et de ses attaches en France ;
- la décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Sur le refus d’un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale en conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour et de l’obligation de quitter le territoire français ;
- il ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
cette décision est entachée d’erreur de droit ;
elle est illégale en conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale en conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour et de l’obligation de quitter le territoire français ;
- sa durée est disproportionnée ;
- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale et l’intérêt supérieur de ses enfants.
Sur le signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen :
- cette décision est illégale en conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour et de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Sur la remise du passeport :
cette décision n’est pas suffisamment motivée ;
elle est privée de base légale ;
elle est illégale en conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour et de l’obligation de quitter le territoire français ;
Sur l’assignation à résidence :
elle méconnaît les dispositions de l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle n’est pas suffisamment motivée ;
elle est illégale en conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2026, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Michel, magistrat honoraire inscrit sur la liste prévue à l’article L. 222-2-1 du code de justice administrative, en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Michel, magistrat désigné, a été entendu au cours de l’audience publique. Il a exposé, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision est susceptible d’être fondée sur les moyens relevés d’office tirés de ce que les conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, qui n’a pas la nature d’une décision susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir, et contre l’obligation de remise du passeport, qui n’est pas contenue dans les arrêtés attaqués, sont irrecevables.
Les parties régulièrement convoquées n’étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. E..., ressortissant algérien né le 26 mai 1975, est entré en France le 21 juillet 1977 à l’âge de deux ans. Il demande l’annulation des arrêtés du 13 mai 2026 par lesquels le préfet du Haut-Rhin, d’une part, a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et, d’autre part, l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l’application de ces dispositions : « (…) L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».
En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre M. E... au bénéfice de l’aide juridictionnelle, à titre provisoire, sur le fondement de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour :
S’agissant du moyen commun aux décisions attaquées :
Par un arrêté du 30 juin 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. Augustin Cellard, secrétaire général de la préfecture, à l’effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l’État dans le département, à l’exception d’actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.
S’agissant des moyens propres au refus d’admission au séjour :
En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La circonstance que la présence d’un étranger en France constitue une menace pour l’ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l’autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu’à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ». Aucune stipulation de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive l’administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l’admission au séjour d’un ressortissant algérien en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public.
Il ressort des pièces du dossier que M. E... a été condamné à neuf reprises entre 1998 et 2025 par la cour d’assises du Haut-Rhin et par plusieurs tribunaux correctionnels à des peines d’emprisonnement pour plusieurs faits de vol aggravé par différentes circonstances, de conduite d’un véhicule sans permis et sous l’empire d’un état alcoolique, d’outrage à personne chargée d’une mission de service public, de recel de bien provenant d’un crime ou d’un délit, de blessures involontaires par conducteur d’un véhicule à moteur ayant fait usage de stupéfiants et de rébellion et de violence avec arme et d’outrage à dépositaire de l’autorité publique. M. E... a ainsi, depuis l’âge de 23 ans, cumulé près de 15 années d’emprisonnement. Le requérant a aussi été mis en cause en 2020 pour des faits de violences conjugales et en 2023 pour des menaces de mort réitérées. Cette succession de troubles à l’ordre public pendant toute la vie d’adulte de M. E... et jusqu’à une période récente, les faits de rébellion, de violence avec arme et d’outrage à dépositaire de l’autorité publique ayant été commis le 28 décembre 2024, caractérise un ancrage dans un parcours délinquant marqué par la répétition des violences, le refus de l’autorité et l’incapacité à intégrer les normes sociales élémentaires. Dans ces conditions, eu égard à la dangerosité persistante de M. E... et au risque de réitération d’un comportement délictueux voire criminel, le préfet du Haut-Rhin a pu à bon droit estimer que l’intéressé constitue une menace réelle pour l’ordre public et refuser, pour ce motif, de lui délivrer un titre de séjour ou même une autorisation provisoire de séjour.
En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
L’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne garantit pas le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l’espèce, M. E... se prévaut de la durée de sa présence en France où résident ses frères et sœurs ainsi que de sa relation avec une ressortissante française, dont sont issus deux enfants mineurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. E... est séparé de la mère de ses enfants, avec laquelle il a interdiction d’entrer en relation en application d’un jugement du 23 mai 2025 du tribunal judiciaire de Mulhouse. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas de la réalité et de l’intensité des liens qu’il soutient avoir avec ses enfants ou de sa participation à leur entretien et à leur éducation par la production d’attestations, d’ailleurs peu circonstanciées, établies pour les besoins de la cause et, par suite, dépourvues de caractère probant, ainsi que de pièces relatives à une instance devant le juge aux affaires familiales, desquelles il résulte, implicitement mais nécessairement, qu’à la date de la décision attaquée, il ne versait à la mère des enfants aucune pension alimentaire. Dans ces conditions, la présence en France depuis 1977 de M. E..., les liens allégués avec des frères et sœurs qui ont constitué, eu égard à leur âge, leur propre cellule familiale et l’exercice d’une activité professionnelle intermittente ne peuvent suffire à démontrer, eu égard, au surplus, au comportement de l’intéressé, qui manifeste son absence d’intégration réelle dans la société française, qu’en décidant son éloignement, le préfet du Haut-Rhin a porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel la décision a été prise ou méconnu l’intérêt supérieur de ses enfants. Il s’ensuit que les moyens tirés de la violation des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ainsi que de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences du refus d’admission au séjour sur la situation de l’intéressé, ne peuvent pas être accueillis.
S’agissant des moyens propres à l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. E... n’est pas fondé à soutenir que cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation du refus de titre de séjour.
En second lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (…) ».
Il ressort des termes de la décision attaquée, qui vise l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, que le préfet du Haut-Rhin a vérifié, contrairement à ce qui est soutenu, le droit au séjour du requérant et tenu compte de sa durée de présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de sa situation familiale.
S’agissant des moyens propres au refus d’un délai de départ volontaire :
En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. E... n’est pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour ou de l’obligation de quitter le territoire français.
En second lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision (…) ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public (…) ».
Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que c’est à bon droit que le préfet du Haut-Rhin a estimé que le comportement de M. E... constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le préfet pouvait légalement lui refuser pour ce motif un délai de départ volontaire en application du 1° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
S’agissant des moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :
En premier lieu, le moyen tiré de ce que cette décision est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les motifs exposés aux points 9 à 11.
En second lieu, aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».
L’arrêté attaqué, dont l’article 3 reprend exactement les termes du premier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, n’est par suite, contrairement à ce qui est soutenu, entaché d’aucune erreur de droit.
S’agissant des moyens propres à l’interdiction de retour sur le territoire français :
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article l. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».
En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français ou de la décision refusant un délai de départ volontaire ne peut être accueilli pour les motifs exposés aux points 9 à 14.
En second lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 6 et 8 qu’eu égard au comportement de M. E..., le préfet du Haut-Rhin a pu, sur le fondement des dispositions précitées, sans erreur d’appréciation ni méconnaissance du droit de l’intéressé au respect de sa vie privée et familiale ou de l’intérêt supérieur de ses enfants, prononcer à l’encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans.
En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :
Aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ». Aux termes de l’article R. 733-1 du même code : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ».
En premier lieu, par un arrêté du 9 février 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin du 12 février 2026, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme D... A..., cheffe du bureau de l’asile et de l’éloignement et signataire de la décision en litige, pour signer, en cas d’absence ou d’empêchement de M. F... B..., directeur de l’immigration, de la citoyenneté et de la légalité, notamment la décision attaquée. Il n’est pas établi ni même allégué que M. B... n’aurait pas été absent ou empêché à la date d’édiction des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du vice d’incompétence doit être écarté comme manquant en fait.
En second lieu, l’arrêté du 13 mai 2026 ordonnant l’assignation à résidence de M. E... comporte toutes les indications prévues par l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l’insuffisance de motivation de cet arrêté et de la méconnaissance de l’article R. 733-1 ne peuvent pas être accueillis.
En ce qui concerne le signalement aux fins de non admission dans le système d’information Schengen :
Lorsqu’elle prend à l’égard d’un ressortissant étranger une décision d’interdiction de retour sur le territoire français, l’autorité administrative se borne à informer l’intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d’interdiction de retour et n’est, dès lors, pas susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l’annulation du signalement de M. E... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen sont irrecevables.
En ce qui concerne l’obligation de remise du passeport :
Si une telle obligation est prévue, contrairement à ce que soutient le requérant, par l’article L. 814-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, aucun des deux arrêtés attaqués ne l’oblige à remettre son passeport. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre une telle décision, qui est inexistante, sont irrecevables.
Il résulte de tout ce qui précède que M. E... n’est pas fondé à demander l’annulation des arrêtés du 13 mai 2026 du préfet du Haut-Rhin. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction sous astreinte et celles tendant à l’application des articles
L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
M. E... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Le surplus des conclusions de la requête de M. E... est rejeté.
Le présent jugement sera notifié à M. C... E..., à Me Gaible et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
Le magistrat désigné,
C. Michel
La greffière,
C. Lamoot
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot