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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2604316

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2604316

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2604316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantELSAESSER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par M. B... d'un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du préfet du Bas-Rhin du 12 mai 2026 lui faisant obligation de quitter le territoire français. En cours d'instance, le préfet a retiré cet arrêté par une décision du 22 mai 2026. Le tribunal a constaté que ce retrait, devenu définitif, privait d'objet les conclusions principales de la requête. Il a en conséquence prononcé un non-lieu à statuer sur ces conclusions et rejeté les demandes d'injonction et de suspension, tout en condamnant l'État à verser 1 000 euros à l'avocat de M. B... au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 21 mai 2026, M. A... B..., alors retenu au centre de rétention de Geispolsheim, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 12 mai 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

2°) à défaut, de suspendre l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français jusqu’à la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui remettre ses effets personnels, en particulier ses documents d’identité et de procéder à l’effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
sa requête n’est pas tardive ;

Sur l’ensemble des décisions :
ces décisions sont entachées d’incompétence ;
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
cette décision n’est pas suffisamment motivée ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
elle méconnaît les articles L. 532-1 et L. 542-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle est dépourvue de base légale ;
elle est illégale en conséquence de l’illégalité du refus d’un délai de départ volontaire ;
elle est illégale en conséquence de l’illégalité de la décision fixant le pays de renvoi ;
elle méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

Sur le refus d’un délai de départ volontaire :
cette décision n’est pas suffisamment motivée ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :
cette décision n’est pas suffisamment motivée ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
elle méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
cette décision n’est pas suffisamment motivée ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
elle est illégale en conséquence de l’illégalité du refus d’un délai de départ volontaire ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;

Sur la demande de suspension de l’exécution de la mesure d’éloignement :
la décision doit être suspendue sur le fondement des dispositions de l’article L. 752-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d’asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen tiré de l’absence de tardiveté de la requête est inopérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d’annulation, de suspension et d’injonction et maintient le surplus de ses conclusions.

Il fait valoir qu’il a retiré, par un arrêté du 22 mai 2026, l’arrêté du 12 mai 2026 en litige.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Michel, magistrat honoraire inscrit sur la liste prévue à l’article L. 222-2-1 du code de justice administrative, en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Michel, magistrat désigné ;
et les observations de Me Elsaesser, avocate de M. B..., qui demande l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle, soutient qu’il y a toujours lieu à statuer dès lors, d’une part, que la décision de retrait n’est pas définitive et, d’autre part, que l’arrêté attaqué a reçu exécution pendant plusieurs jours, et maintient les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le préfet du Bas-Rhin n’était ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant ukrainien né le 16 avril 2005, est entré en France le
9 octobre 2024 pour y solliciter le statut de réfugié. Sa demande d’asile a été rejetée par une décision du 27 avril 2026, notifiée le 4 mai 2026, de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le 7 mai 2026, il a introduit une demande d’aide juridictionnelle auprès de la CNDA. Le 12 mai 2026, il a été interpelé à Strasbourg et placé en garde à vue pour des faits de violences en réunion. Il demande l’annulation de l’arrêté du même jour par lequel le préfet du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l’application de ces dispositions : « (…) L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».

En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d’annulation, de suspension et d’injonction :

Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n’a d’autre objet que d’en faire prononcer l’annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n’ait statué, l’acte attaqué est rapporté par l’autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d’être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l’ordonnancement juridique de l’acte contesté, ce qui conduit à ce qu’il n’y ait plus lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l’acte retiré aurait reçu exécution.

Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 22 mai 2026, le préfet du Bas-Rhin a retiré l’arrêté du 12 mai 2026 attaqué. Si le requérant soutient que l’arrêté du 22 mai 2026 n’est pas définitif, il n’a, en tout état de cause, aucun intérêt à agir contre cette décision. Dans ces conditions, les conclusions à fin d’annulation de la décision en litige, de suspension de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français et d’injonction ont perdu leur objet. Il s’ensuit qu’il n’y a plus lieu d’y statuer.

Sur les frais de l’instance :

M. B... étant admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve de l’admission définitive de l’intéressé à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Elsaesser, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Elsaesser de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B... à fin d’annulation, de suspension de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français et d’injonction.

Article 3 : L’État versera la somme de 1 000 euros, à Me Elsaesser, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que M. B... soit admis définitivement au bénéfice de l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Elsaesser renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Elsaesser et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.

Le magistrat désigné,

C. Michel
La greffière,

C. Lamoot


La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



C. Lamoot

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