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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2001700

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2001700

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2001700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP MAURICE RIVA VACHERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2019 au greffe du tribunal administratif de Montreuil et transmise au tribunal administratif de Lyon par ordonnance de renvoi n° 1907766 du 2 mars 2020, où elle a été enregistrée sous le n° 2001700, la société Locam, représentée par la SCP Riva et associés, demande au Tribunal :

1°) de condamner le lycée professionnel Théodore Monod à lui verser :

- à titre principal, la somme de 42 653,95 euros, assortie des intérêts au taux de la principale facilité de refinancement de la Banque centrale européenne avant le premier jour de calendrier du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, soit à compter du 20 mars 2019, majoré de cinq points, et capitalisation des intérêts, l'ensemble au titre de l'indemnité contractuelle de résiliation ;

- à titre subsidiaire, la somme de 32 313,60 euros, sous les mêmes conditions, au titre du manque à gagner ;

- à titre infiniment subsidiaire, la somme de 2 589,84 euros, sous les mêmes conditions, au titre de l'enrichissement sans cause.

2°) de mettre à la charge du lycée professionnel Théodore Monod de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a conclu un contrat avec le lycée professionnel Théodore Monod pour la location d'un photocopieur ;

- le lycée n'a pas respecté ce contrat en ne réglant pas les loyers ;

- le contrat doit être considéré comme résilié ou, si ce n'est pas le cas comme devant être résilié ;

- elle peut prétendre, au titre de l'article 13 du contrat, au versement des loyers impayés et des loyers dus jusqu'au terme du contrat ainsi que la clause pénale, soit un montant total de 42 653,95 euros ;

- à titre subsidiaire, elle peut prétendre à l'indemnisation de son manque à gagner à hauteur de 32 313,60 euros du fait de l'absence d'exécution du contrat, dès lors qu'elle a financé le matériel loué ;

- à titre infiniment subsidiaire, elle a droit à la somme de 2 589,84 euros au titre de l'enrichissement sans cause, correspondant à la différence entre l'achat du matériel et le montant des loyers perçus.

Un mémoire en défense et des pièces complémentaires ont été enregistrées pour le lycée professionnel Théodore Monod le 19 mai et le 13 juin 2022.

Il fait valoir que :

- le contrat a été résilié au 1er avril 2018 ;

- les sommes permettant de couvrir les frais de résiliation n'ont pas pu être mandatées à la société Locam.

Des observations ont été enregistrées pour le recteur de l'académie de Créteil le 7 février 2022.

Les parties ont été informées par une lettre du l6 mai 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'illicéité des clauses indemnitaires de l'article 13 du contrat.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le décret n°2006-975 du 1er août 2006 portant code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Hosni, greffière :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. B,

- les observations de Me Cadet, représentant la société Locam.

Considérant ce qui suit :

1. Le proviseur du lycée professionnel Théodore Monod a signé le 27 novembre 2014 un contrat de fourniture de matériel de reprographie pour une durée de six ans, moyennant un loyer semestriel de 2 748 euros HT. Compte-tenu des impayés constatés par la société Locam depuis le 30 juin 2018, cette dernière a adressé le 5 février 2019 à l'établissement une décision prise en application de l'article 13 du contrat, portant " résiliation de contrat en vertu de la clause résolutoire de plein droit pour défaut de paiement ". Par une demande préalable du 20 mars 2019, la société requérante a sollicité le versement par l'établissement d'une indemnité de résiliation de 42 653,95 euros. En l'absence de réponse du lycée, la société Locam demande au Tribunal de condamner le lycée professionnel Théodore Monod à lui verser cette somme.

Sur le droit à indemnité de la société Locam :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le lycée professionnel Théodore Monod a résilié pour un motif d'intérêt général le contrat au 1er avril 2018. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à invoquer un droit à indemnité fondé sur l'article 13 du contrat de location, applicable uniquement en cas de résiliation de la part du loueur.

3. En deuxième lieu, en l'absence de faute de sa part, la société Locam a droit à la réparation intégrale du préjudice résultant pour elle de la résiliation anticipée du contrat, y compris des frais qu'elle établit avoir engagés en vue de l'exécution du marché et du bénéfice qu'elle aurait été en droit d'attendre si le marché n'avait pas été résilié.

4. La société Locam réclame une somme de 32 313,60 euros au titre de son manque à gagner. D'une part, il résulte de l'instruction que le profit global attendu par la société Locam, calculé en soustrayant du montant des loyers dus sur toute la durée prévue du contrat, soit 65 952 euros HT (2 748 x 24 trimestres), la somme engagée pour l'achat du matériel, soit 38 313,84 euros HT, s'élève à 27 638,16 euros. Il y a par ailleurs lieu de procéder à une réfaction globale, qui ne saurait être inférieure à 20%, correspondant aux frais généraux nécessairement supportés par l'entreprise pour un tel marché. Le bénéfice net de la société Locam peut par suite être évalué à la somme de 921,27 euros par trimestre. Dès lors que 11 trimestres restaient à échoir à la date de résiliation, la somme due au titre de la perte de bénéfices espérés en application du contrat ne pouvait être supérieure à la somme de 10 134 euros. D'autre part, alors que la dernière échéance de loyer était prévue au 30 décembre 2020, il résulte de l'instruction que le lycée professionnel Théodore Monod a résilié le contrat le 10 décembre 2017, laissant ainsi la possibilité à la société Locam, eu égard en particulier à la durée substantielle restant à courir ainsi qu'à la nature du matériel, de pouvoir éventuellement relouer ce matériel ou à tout le moins le vendre pour un montant résiduel, voire l'utiliser. Dans les circonstances de l'espèce, alors que la société Locam, n'établit pas ne pas avoir pu récupérer le matériel à compter de la date de résiliation, et qu'elle a été mise en mesure de disposer à nouveau d'un matériel doté d'une valeur résiduelle et susceptible d'être vendu, loué ou utilisé directement, il sera fait une juste appréciation du préjudice effectivement subi par elle en lui allouant une somme qui doit être évaluée au montant de 5 000 euros tous intérêts compris.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la société Locam est seulement fondée à demander que la somme de 5 000 euros tous intérêts compris lui soit versée.

Sur les conclusions présentées sur le terrain de l'enrichissement sans cause :

6. Le litige devant être réglé sur le terrain contractuel, les conclusions présentées à titre subsidiaire par la société requérante à l'encontre du lycée Théodore Monod sur le terrain de l'enrichissement sans cause doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du lycée Théodore Monod la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : Le lycée professionnel Théodore Monod est condamné à verser la somme de 5 000 euros à la société Locam.

Article 2 : Le lycée professionnel Théodore Monod versera à la société Locam la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Locam et au lycée Théodore Monod.

Copie en sera adressée à la SCP Riva et associés et au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Stillmunkes, président,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Monteiro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le rapporteur,Le président,

C. AH. Stillmunkes

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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