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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2004276

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2004276

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2004276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP MAURICE RIVA VACHERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires, et des pièces complémentaires, enregistrés les 1er et 15 juillet 2020, le 22 décembre 2021, les 5 et 7 janvier 2022, la société Bati, représentée par la SCP Maurice, Riva et Vacheron, demande au Tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 14 avril 2020 par le département de l'Ardèche pour un montant de 82 249,36 euros, ainsi que la lettre de relance correspondante du 3 juin 2020 ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Ardèche une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société Bati est en redressement judiciaire depuis le 7 novembre 2019 ; le département de l'Ardèche n'a pas procédé à la déclaration de sa créance dans les délais légaux ; il ne pourra pas poursuivre l'exécution de son titre ; la demande de relevé de forclusion a été rejetée le 9 septembre 2020 ;

- le titre exécutoire et la lettre de relance ne comportent pas la signature de l'émetteur du titre et méconnaissent l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- le titre exécutoire et la lettre de relance ne comportent pas les bases de liquidation, ni les modalités de calcul de ces dernières et méconnaissent l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ; le titre de recettes ne fait pas référence au décompte général notifié ;

- la décision de résiliation du 6 septembre 2019 est irrégulière dès lors que le maître d'œuvre avait interdit à la société d'intervenir sur le chantier ;

- les déductions opérées au décompte de résiliation sont erronées : les éléments à reprendre ne sont pas justifiés ; les réserves à lever étaient mineures ; les prestations réalisées par la société Bati sont sous-évaluées ; les réfactions opérées ne tiennent pas compte de la moins-value souhaitée par le département.

Par des mémoires en défense enregistrés le 21 septembre 2020 et le 3 janvier 2022, le département de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la lettre de relance ne constitue pas un acte qui fait grief ;

- le bordereau de titre de recettes du 14 avril 2020 comporte la signature de l'ordonnateur ;

- la société s'est vue notifier le décompte général et définitif du marché le 23 décembre 2019, lui permettant de connaître les bases de liquidation et les modalités de calcul de la créance ;

- le décompte général est devenu définitif en l'absence de réponse de la société Bati dans le délai prescrit à l'article 13.4.5 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux ;

- le département n'a pas été informé de l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire ;

- la résiliation pour faute du marché, notifiée le 6 septembre 2019, n'a pas été contestée par la société ; les manquements répétés de la société justifiaient la résiliation.

Par une lettre du 20 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la lettre de relance du 3 juin 2020 ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Hosni, greffière :

- le rapport de M. Bertolo, rapporteur,

- les conclusions de M. A. rapporteur public ;

- les observations de Me Cadet, représentant la société Bati.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement du 12 janvier 2018, le département de l'Ardèche a confié à la société Bati le lot n° 6 " isolation extérieure-revêtement de façades " de l'opération de restructuration du collège " Les Trois Vallées " sur la commune de La-Voulte-sur-Rhône. Un procès-verbal de réception a fixé la date d'achèvement des travaux au 20 décembre 2018, ce procès-verbal comportant des réserves que la société Bati devait lever avant le 3 janvier 2019 pour celles nécessaires à l'ouverture du bâtiment, et au 1er mars 2019 pour les autres. Par un courrier du 6 septembre 2019, en l'absence de levée des réserves, le département a prononcé la résiliation du marché pour faute du titulaire. Par un courrier du 23 décembre 2019, le département a également adressé à la société le décompte de liquidation du marché, pour un montant de 82 249,36 euros. Un avis des sommes à payer a été émis le 14 avril 2020 par le département de l'Ardèche pour un montant de 82 249,36 euros. La société a également été destinataire d'une lettre de relance du 3 juin 2020. La société requérante demande l'annulation du titre de recettes et de la lettre de relance.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la lettre de relance du 3 juin 2020 :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais ". La lettre de relance du 3 juin 2020 ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours. Par suite, les conclusions dirigées à son encontre sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions :

3. D'une part, aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable : " En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

4. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 3, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures dont les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 4, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable (cf CE, 26 septembre 2018, 421481).

6. L'extrait du bordereau de recettes n° 165 produit en défense par le département de l'Ardèche, et concernant le titre n° 1047 en litige, mentionne qu'il a été signé par " délégation " du président du conseil départemental, sans préciser l'identité du signataire de ce bordereau. Par ailleurs, le titre de recettes contesté est signé par M. Laurent Ugheto, président du conseil départemental. Compte-tenu de cette discordance, et alors que l'identité du signataire réel du bordereau de recettes n'est pas mentionnée, la société requérante est fondée à soutenir que le titre exécutoire en litige méconnait les dispositions précitées des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la société requérante ni de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Bati est fondée à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer n° 1047 émis le 14 avril 2020 par le département de l'Ardèche.

Sur les frais de justice :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Ardèche la somme demandée par la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : L'avis des sommes à payer n° 1047 émis le 14 avril 2020 par le département de l'Ardèche est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Bati et au département de l'Ardèche.

Copie en sera adressée à la SCP Maurice, Riva et Vacheron.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Stillmunkes, président,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Monteiro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le rapporteur,Le président,

C. BertoloH. Stillmunkes

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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