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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2007508

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2007508

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2007508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 octobre 2020 et 13 janvier 2021, M. A C, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 11 septembre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 11 septembre 2020 dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 17 et 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mai 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- et les conclusions de Mme Lacroix, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant camerounais né le 19 janvier 1987, demande au tribunal d'annuler la décision du 11 septembre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 novembre 2020. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ont perdu leur objet et il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 744-6 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ". Les dispositions du 3° du III de l'article L. 723-2, dans sa rédaction applicable au litige, mentionnent un délai de quatre-vingt-dix jours.

4. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 visée ci-dessus : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ". Aux termes de l'article 2 de la même ordonnance : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois () ". Ces dispositions sont applicables aux délais de recours prescrits par la loi ou le règlement ainsi que par la jurisprudence.

5. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 2° de l'article L. 744-8, et indique que M. C a présenté une demande d'asile le 11 septembre 2020, soit plus de 90 jours après son entrée en France, sans motif légitime. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise à l'issue d'un examen particulier de la situation de M. C, et notamment de sa vulnérabilité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'une erreur de droit, à défaut d'un tel examen.

7. En troisième lieu, les dispositions précitées du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé si le demandeur n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Cette hypothèse correspond à celle prévue par le paragraphe 2 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE. Dès lors, les dispositions du code transposent la directive du 26 juin 2013 en ce qui concerne le bénéfice des conditions d'accueil prévues par son article 17 qui peut ainsi être refusé au demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions de la directive doit être écarté.

8. En quatrième lieu, M. C déclare être entré en France au cours du mois de février 2020. Le délai de 90 jours dont il disposait pour présenter sa demande d'asile expirait ainsi pendant la période visée à l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020. En application de l'article 2 de cette ordonnance, il avait, dès lors, jusqu'au 24 août inclus pour déposer sa demande d'asile. M. C ne justifie pas avoir été dans l'impossibilité de présenter sa demande dans ce délai, alors que l'enregistrement des demandes d'asile a repris à compter du 11 mai 2020. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il est sans ressources et souffre de douleurs à la cheville gauche, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, l'intéressé, âgé de 33 ans et célibataire, se trouvait dans un état de particulière vulnérabilité. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 septembre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie de ses frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. BLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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