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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2008315

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2008315

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2008315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2020, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) Bon Vent et M. A C, représentés par la selarl Bard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2020 par laquelle le préfet de l'Ardèche a retiré l'agrément n°072015014 délivré au GAEC Bon Vent à compter du 30 juin 2020, ensemble le rejet implicite de leur recours administratif préalable obligatoire né le 14 octobre 2020 du silence gardé par le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la pêche ;

2°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision préfectorale contestée est entachée d'incompétence ;

- le principe du contradictoire, prévu tant à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration qu'à l'article R. 323-21 du code rural et de la pêche maritime, n'a pas été respecté avant le retrait d'agrément contesté ;

- la mésentente entre associés ne constitue pas un motif légal de retrait d'agrément tels que fixés aux articles L. 323-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime, alors qu'ils continuent chacun à assurer une activité commune de production, par spécialité à savoir production porcine et production bovine, au sein du groupement ;

- le préfet a agi sous la pression de M. B C qui souhaite quitter le GAEC ;

- l'article L. 323-11 du code rural et de la pêche maritime ne classe pas parmi les priorités de l'autorité administrative l'obligation de vérifier le travail en commun.

Par un courrier enregistré le 18 décembre 2020, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation précise qu'il revient au préfet de l'Ardèche de représenter l'Etat en défense dans la présente instance.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2021, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 octobre 2021 par une ordonnance du 20 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bour, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 juillet 2020, le préfet de l'Ardèche a retiré à compter du 30 juin 2020 l'agrément n°072015014 dont bénéficiait le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) Bon Vent. Le recours administratif préalable obligatoire, prévu à l'article R. 323-22 du code rural et de la pêche maritime, exercé le 14 août 2020 par le GAEC et M. A C a fait l'objet d'un rejet implicite né le 14 octobre 2020 du silence gardé par le ministre de l'agriculture. Si le GAEC Bon Vent et M. A C demandent l'annulation tant de l'arrêté préfectoral initial que de la décision ministérielle implicite, leurs conclusions doivent être regardées comme étant seulement dirigées contre la décision ministérielle rejetant leur recours administratif préalable obligatoire, qui s'est substituée à la décision préfectorale initiale en application de l'article R. 323-22 du code rural et de la pêche maritime.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté préfectoral du 7 juillet 2020 doit être écarté comme inopérant, dès lors que cet arrêté a disparu de l'ordonnancement juridique et a été remplacé par la décision ministérielle implicite née le 14 octobre 2020. Par ailleurs, dès lors que la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l'agriculture sur le recours administratif formulé auprès de lui par le GAEC Bon Vent et M. A C est regardée comme émanant de ce ministre, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 323-21 du code rural et de la pêche maritime : " le préfet examine, à la suite de la déclaration du groupement prévue au premier alinéa de l'article R. 323-19, ou d'office, la situation des groupements qui, en raison d'une modification de leurs statuts ou du fait des conditions de leur fonctionnement, ne paraissent plus pouvoir être regardés comme des groupements agricoles d'exploitation en commun agréés. / Après avoir mis la société à même de présenter des observations écrites et, si elle le désire, des observations orales et lui avoir, s'il y a lieu, donné un délai pour régulariser sa situation, le préfet peut, par une décision motivée, prononcer le retrait de l'agrément accordé à un groupement ". Si le GAEC requérant soutient qu'il a été privé de contradictoire avant la prise de la décision préfectorale, il ressort des pièces du dossier que chacun des deux associés a été informé, par un courrier du 13 juin 2019, que le préfet de l'Ardèche envisageait de retirer l'agrément au GAEC sur le constat de l'absence de fonctionnement selon les conditions d'une exploitation commune, et les a invités à présenter d'éventuelles observations écrites ou orales dans un délai de 15 jours. Par deux courriers du 26 et du 28 juin 2019, les associés ont répondu à ce courrier en confirmant qu'ils souhaitaient mettre fin à leur association, qu'ils attendaient l'issue de la procédure judiciaire engagée, l'un d'eux sollicitant un délai d'un an avant la mise en œuvre du retrait d'agrément afin de lui permettre " de régulariser son dossier ou de réaliser les formalités de dissolution ou de transformation qui s'imposent ". Par un second courrier du 24 juillet 2019 dont il est justifié de la réception régulière par chacun des deux associés, et resté sans réponse, le préfet de l'Ardèche a pris acte de leurs observations et les a informés que la décision de retrait d'agrément serait prise au terme d'un délai fixé au 31 mars 2020, en leur laissant de nouveau explicitement la possibilité de faire valoir leurs observations. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils auraient été privés de contradictoire préalablement au retrait de l'agrément du GAEC, et ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 323-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les groupements agricoles d'exploitation en commun sont des sociétés civiles de personnes régies par les chapitres Ier et II du titre IX du livre III du code civil et par les dispositions du présent chapitre. Ils sont formés entre personnes physiques majeures ". Aux termes de l'article L. 323-2 du même code : " Un groupement agricole d'exploitation en commun est dit total quand il a pour objet la mise en commun par ses associés de l'ensemble de leurs activités de production agricole correspondant à la maîtrise et à l'exploitation d'un cycle biologique de caractère végétal ou animal et constituant une ou plusieurs étapes nécessaires au déroulement de ce cycle () ". Aux termes de l'article L. 323-3 de ce code : " Les groupements agricoles d'exploitation en commun ont pour objet de permettre la réalisation d'un travail en commun dans des conditions comparables à celles existant dans les exploitations de caractère familial et en application des dispositions prévues à l'article L. 312-6. Ces groupements peuvent également avoir pour objet la vente en commun, à frais communs, du fruit du travail des associés, mais gardant l'avantage des réglementations en ce qui concerne les volumes de production ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 323-4 du même code : " Le décès, la faillite personnelle, la liquidation ou la procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaires de l'un des associés, ou la volonté de l'un ou plusieurs d'entre eux de n'être plus dans la société, ne met pas fin au groupement. / Tout associé peut être autorisé par les autres associés ou, le cas échéant, par le tribunal à se retirer du groupement pour un motif grave et légitime. Il peut également en demander la dissolution, conformément à l'article 1844-7 du code civil ". Enfin, aux termes de l'article L. 323-11 de ce code : " Les groupements agricoles d'exploitation en commun sont agréés par l'autorité administrative. / Avant de délivrer un agrément, l'autorité administrative vérifie, sur la base des déclarations des intéressés et des informations dont elle dispose, la conformité du groupement aux dispositions du présent chapitre. Elle vérifie, en particulier, la qualité de chef d'exploitation des associés, l'adéquation entre la dimension de l'exploitation commune et le nombre d'associés ainsi que l'effectivité du travail en commun. / Lorsqu'elle délivre un agrément, l'autorité administrative décide des modalités d'accès des membres du groupement aux aides de la politique agricole commune, en application de l'article L. 323-13 ", et aux termes de l'article R. 323-21 de ce code : " le préfet examine, à la suite de la déclaration du groupement prévue au premier alinéa de l'article R. 323-19, ou d'office, la situation des groupements qui, en raison d'une modification de leurs statuts ou du fait des conditions de leur fonctionnement, ne paraissent plus pouvoir être regardés comme des groupements agricoles d'exploitation en commun agréés ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la réalisation d'un travail en commun est l'objet même d'un GAEC, et que l'effectivité du travail en commun des associés d'un GAEC est une condition de l'agrément du groupement, comme de son maintien, par l'autorité administrative, cette dernière pouvant fonder le retrait de l'agrément sur le constat, qu'elle peut porter d'office, de l'absence d'un tel travail en commun. Il ressort des pièces du dossier, comme des termes mêmes de la décision préfectorale initiale, que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le retrait d'agrément n'est pas fondé sur la mésentente des deux seuls membres du groupement, l'oncle et son neveu, mais sur le constat de leur absence de travail en commun. Le préfet a ainsi relevé que, depuis l'engagement d'une procédure judiciaire de dissolution du GAEC en mai 2017, M. B C n'a plus participé à l'assemblée générale du groupement, que les deux ateliers de production bovin et porcin ont été séparés et que les deux associés ne travaillent plus en commun, ce qui n'est matériellement contesté ni par M. A C, qui reconnaît, par l'intermédiaire de son avocat dans ses courriers du 8 mars 2018 et 26 juin 2019, que " le travail en commun n'est plus possible et que les bêtes sont en danger ", estimant qu'une telle situation est uniquement imputable à son neveu, ni par M. B C dans son courrier du 28 juin 2019 qui estime pour sa part que cette situation est imputable à son oncle. Dans ces conditions, le préfet n'a pas fondé sa décision sur un motif non prévu par les dispositions précitées, et n'a pas méconnu ces dispositions, en retirant son agrément au GAEC Bon Vent sur le constat, porté d'office, de l'absence de travail en commun de ses deux associés. Ce moyen doit dès lors être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet aurait agi sous la pression d'un des deux associés dans le cadre de la querelle judiciaire qui les oppose, et le moyen tiré du détournement de pouvoir doit, par suite, être écarté.

7. En dernier lieu, si les requérants font valoir que les dispositions de l'article L. 323-11 du code rural et de la pêche maritime ne classeraient pas parmi les priorités de l'autorité administrative l'obligation de vérifier le travail en commun d'un groupement, une telle circonstance est dépourvue de toute incidence sur le pouvoir que le préfet tient de ces dispositions de constater d'office qu'une telle condition de fonctionnement du groupement n'est plus remplie et de lui retirer, pour ce motif, son agrément. Ce moyen doit dès lors être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le GAEC Bon Vent et M. A C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision de retrait d'agrément prise à son encontre.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du GAEC Bon Vent et de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au GAEC Bon Vent, à M. A C, au préfet de l'Ardèche et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bour, première conseillère,

M. Delahaye, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

A-S. Bour

Le président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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