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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2008660

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2008660

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2008660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGALLETY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires enregistrés les 30 novembre et 21 décembre 2020 et les 26 octobre et 29 novembre 2021, la SCCV Bon Pasteur, représentée par Me Gallety, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2020 par lequel le maire de Lyon (Rhône) a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la réalisation d'un ensemble immobilier de vingt-neuf logements et bureaux et vingt-quatre aires de stationnement sur un terrain situé rue du Bon Pasteur ;

2°) d'enjoindre au maire de Lyon de lui délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Lyon la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

La société requérante soutient que :

- l'arrêté attaqué a été précédé d'une décision tacite ; le refus tacite de permis de construire est illégal faute d'avoir obtenu communication des motifs dans le délai prévu par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- une autorisation tacite étant née, l'arrêté attaqué vaut retrait du permis de construire tacite intervenu antérieurement ; ce retrait est illégal faute d'avoir été précédé de la procédure contradictoire ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que les recommandations formulées par l'architecte des bâtiments de France dans son avis du 2 juin 2020 pouvaient faire l'objet de simples prescriptions additionnelles à l'autorisation d'urbanisme ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article 5.1.1.2.2 des dispositions communes à toutes les zones du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon dès lors que l'accès positionné au droit de la montée du Lieutenant C présente des garanties de sécurité suffisantes pour les usagers de l'accès et de la voie ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article 2.2 des dispositions spécifiques à la zone UCe1 du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon dès lors que le projet a été pensé conformément à l'environnement bâti, qui comporte de nombreuses ruptures dans la continuité du bâti, notamment au droit de la rue du Bon Pasteur ; en tout état de cause, son projet relève de la règle alternative prévue par l'article 2.2.2.e des dispositions spécifiques à la zone UCe1 ; en outre, le droit de passage permettant l'accès aux caves du bâtiment édifié sur la parcelle contiguë à l'est fait obstacle à l'implantation du projet en limite parcellaire et justifie l'application de la règle alternative prévue par l'article 2.1.2 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait et méconnaît l'article 4.1.3 des dispositions spécifiques à la zone UCe1 ; l'amplitude des mouvements de sol de 3,40 mètres retenue par le maire est erronée, le plan de coupe AA rectifié permettant d'établir une amplitude de mouvements de sol de 1,92 mètre ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par deux mémoires enregistrés les 18 mai et 8 novembre 2021, la ville de Lyon, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 23 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 janvier 2022 à 16 h 30.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A B,

- les conclusions de Mme Marie Monteiro, rapporteure publique,

- les observations de Me Gallety, représentant la SCCV Bon Pasteur, société requérante,

- et les observations de Me Petit, représentant la ville de Lyon.

Une note en délibéré, enregistrée le 19 septembre 2022, a été produite pour la SCCV Bon Pasteur.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 juillet 2019, la société Bon Pasteur a déposé en mairie de Lyon une demande de permis de construire pour la réalisation d'un ensemble immobilier de vingt-neuf logements et bureaux et de vingt-quatre aires de stationnement sur un terrain situé rue du Bon Pasteur. La société Bon Pasteur demande l'annulation de l'arrêté du 1er octobre 2020 par lequel le maire de Lyon lui a refusé l'autorisation d'urbanisme sollicitée.

2. En premier lieu, d'abord, en vertu de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager. ". Aux termes de l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ". Selon l'article L. 423-22 de ce code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41. ". Cet article R. 423-38 dispose que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. " et l'article R. 423-39 du code prévoit que : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : () c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. ".

3. Ensuite, aux termes de l'article R. 424-3 du code de l'urbanisme : " Par exception au b de l'article R. 424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié, dans le délai mentionné à l'article R. 423-67, un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions.".

4. Enfin, aux termes de l'article 12 ter de l'ordonnance du 25 mars 2020 visée plus haut : " () les délais d'instruction des demandes d'autorisation et de certificats d'urbanisme et des déclarations préalables prévus par le livre IV du code de l'urbanisme, y compris les délais impartis à l'administration pour vérifier le caractère complet d'un dossier ou pour solliciter des pièces complémentaires dans le cadre de l'instruction, ainsi que les procédures de récolement prévues à l'article L. 462-2 du même code, qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus. Ils reprennent leur cours à compter du 24 mai 2020. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période comprise entre le 12 mars 2020 et le 23 mai 2020 est reporté à l'achèvement de celle-ci. / Les mêmes règles s'appliquent aux délais impartis aux collectivités territoriales et à leurs établissements publics, aux services, autorités ou commissions, pour émettre un avis ou donner un accord dans le cadre de l'instruction d'une demande ou d'une déclaration mentionnée à l'alinéa précédent ainsi qu'au délai dans lequel une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou une autorisation d'urbanisme tacite ou explicite peut être retirée, en application de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme.() / ".

5. La demande de permis de construire en litige, qui porte sur la création de deux bâtiments de logements, relève du c) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, prévoyant un délai d'instruction de trois mois. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 2 août 2019 réceptionné le 6 août suivant, la ville de Lyon a sollicité des pièces complémentaires en vue de l'instruction de la demande de permis de construire déposée le 18 juillet 2019, laissant à la société pétitionnaire un délai de trois mois à compter de la réception de cette lettre pour fournir les éléments demandés. Ces derniers ont été reçues en mairie le 6 novembre 2019 et le maire en a délivré récépissé à cette même date, en ajoutant que le délai d'instruction recommençant à courir était porté de 3 à 5 mois en application de l'article R. 423-28 du code de l'urbanisme. Si par lettre du 19 mars 2020, le service instructeur a informé la société pétitionnaire de ce que l'expiration du délai d'instruction était reportée au 2 août 2020 suite au dépôt de pièces complémentaires, le délai d'instruction courant à compter du 19 mars 2020 a par ailleurs été suspendu, par l'effet de l'article 12 ter de l'ordonnance du 25 mars 2020 visée plus haut. En tout état de cause, à supposer même qu'une décision tacite soit née antérieurement à la notification de l'arrêté en litige, cette décision ne peut valoir que décision implicite de rejet, en application de l'article R. 424-3, dès lors que le projet, soumis à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, a fait l'objet d'un avis favorable assorti de prescriptions dans le délai fixé par l'article R. 423-67 du code de l'urbanisme, tel que suspendu par le troisième alinéa de l'article 12 ter de l'ordonnance du 25 mars 2020. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalablement au retrait du permis de construire tacite ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de délivrance d'une autorisation d'urbanisme peut faire naître, dans certains cas, et notamment celui de l'espèce, une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Lorsqu'une décision expresse s'est substituée à une décision tacite, selon les modalités qui viennent d'être exposées, la décision expresse, seule en litige, ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration en ne communiquant pas au pétitionnaire les motifs de sa décision implicite dans le délai imparti. Le moyen tiré du défaut de communication des motifs de la décision tacite ne peut dès lors être utilement invoqué pour contester le refus exprès, qui est suffisamment motivé.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-4 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature, par sa localisation et ses caractéristiques, à compromettre la conservation ou la mise en valeur d'un site ou de vestiges archéologiques. ". L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

8. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe dans le périmètre d'une aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP), ensuite devenue un site du patrimoine remarquable, dont le règlement prévoit en son article 1-c. 2 que : " de manière générale, ces éléments, qu'ils soient remarquables ou exceptionnels, doivent être conservés, restaurés et restitués dans leurs dispositions d'origine. " et que " Les murs de soutènements identifiés ou non dans le document graphique doivent être préservés ou restaurés avec remise en valeur. () - Les travaux de restauration ou de restitution de ces murs doivent être réalisés selon les sujétions d'origine (dimensions, ordonnancement, dispositions constructives) - La création de nouveaux murs doit être effectuée en rapport avec les matériaux, teintes, dimensions et appareillage correspondant aux murs anciens en place ou voisins. ".

9. Pour refuser le permis de construire en cause, le maire a estimé que les prescriptions de l'architecte des bâtiments de France remettant en cause les matériaux utilisés étaient de nature à impacter sensiblement le projet et ne pouvaient faire l'objet d'une simple prescription. Toutefois, par un avis du 2 juin 2020, l'architecte des bâtiments de France a donné son accord pour le projet sous réserve des prescriptions suivantes : " pour la qualité paysagère du site patrimonial remarquable des Pentes, les sols prévus en grés, matériau n'appartenant pas au vocabulaire traditionnel du lieu, devront être remplacés par des dalles calcaires. / De même, les murs existants conservés et renforcés en phase travaux (restanques hautes et clôtures sur montées C), ainsi que la restanque basse créée devront être réparés ou construits, pour l'harmonie d'ensemble, en pierre dorée comme l'existant ". La commune, qui se borne à faire valoir que l'aspect des murs et de la restanque modifiés après prise en compte de cet avis méritait d'être réexaminé, n'allègue pas que la restauration des murs en pierre dorée existants, ainsi que la réalisation de murs en pierre dorée, seraient irréalisables sans modifier l'économie générale du projet. Au surplus, il ressort du document graphique de l'AVAP que la portion identifiée comme soutènement remarquable ne sera pas impactée par l'implantation des bâtiments projetés. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même allégué par la commune, que de simples prescriptions n'auraient pas permis d'inscrire le projet en conformité avec l'avis de l'architecte des bâtiments de France. A cet égard, il appartient au maire, soit de définir une prescription aussi précisément que nécessaire pour assurer la conformité du projet à la réglementation urbanistique, soit de reprendre les prescriptions de l'architecte des bâtiments de France dans le cas d'un accord de ce dernier. Le maire ne peut ainsi, dans un tel cas, s'exonérer de la possibilité d'assortir l'autorisation d'urbanisme de prescriptions en se prévalant de la volonté de soumettre à une nouvelle instruction le projet une fois celui-ci modifié par la pétitionnaire. Dès lors, la société pétitionnaire est fondée à soutenir que ce motif de refus de l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.2 des dispositions de la zone UCe1 du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon : " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives. 2.2.1 - Règle générale 2.2.1.1 - Dans la bande de constructibilité principale. Les constructions sont implantées sur les deux limites séparatives latérales*. Afin de créer un rythme des façades et de volumétrie des constructions, une césure* ou un fractionnement* peut être mis en œuvre, selon les modalités prévues au chapitre 4 du présent règlement, si la construction développe, en limite de référence* ou en limite de la marge de recul*, une longueur de façade* importante au regard des caractéristiques des façades environnantes (). ". Aux termes de l'article 2.2.2 des dispositions spécifiques à cette zone : " - Règles alternatives. Une implantation différente de celle prévue par la règle peut être appliquée dans les conditions et cas suivants : a. l'implantation d'une construction qui s'inscrit dans une séquence urbaine significative dont l'organisation morphologique particulière ne correspond pas à la règle, dès lors que le choix d'implantation de la construction permet l'inscription de cette dernière en harmonie avec l'organisation urbaine et celle du front bâti constitué dans lequel elle s'insère. / () / c. L'implantation d'une construction au sein d'un périmètre d'intérêt patrimonial* délimité aux documents graphiques du règlement ou identifiée en tant qu'élément bâti patrimonial* aux documents graphiques du règlement, dès lors que le choix d'implantation de la construction est fait de façon à mettre en valeur les caractéristiques dudit élément ou ensemble patrimonial./ () / e. l'implantation d'une construction qui, en raison des caractéristiques particulières du terrain* telles qu'une configuration irrégulière ou atypique, une topographie accidentée, une situation en décalage altimétrique par rapport au niveau de la voie, une localisation au contact de plusieurs limites de référence* (terrain d'angle notamment), ne peut pas être conforme à la règle. / f. l'implantation d'une construction, dans la bande de constructibilité principale*, en retrait* d'une limite séparative latérale* lorsqu'une servitude ne permet pas une implantation en limite séparative afin de répondre aux contraintes liées à ladite servitude. ()".

11. Le maire de Lyon a également refusé le permis de construire au motif que l'implantation du projet en retrait de la limite séparative est ne peut se justifier par la servitude de passage existante au profit des propriétaires du bâtiment voisin, l'obligation d'implantation en limite séparative latérale imposée par les dispositions précitées étant justifiée, s'agissant de la limite séparative est, par les caractéristiques particulières de la séquence urbaine présentant un linéaire urbain continu. Si la société requérante soutient d'abord que la règle prévue par l'article 2.2.1.1 n'impose pas une continuité du bâti, les césures étant permises, et d'ailleurs en l'espèce justifiées par la séquence urbaine des Pentes du quartier de la Croix Rousse, qui se caractérise par des espaces de respiration et des perspectives ouvertes sur la ville de Lyon en contrebas, ces dispositions générales ne permettent pas pour autant de déroger à l'obligation d'implantation du projet sur les deux limites séparatives, sauf à relever de la dérogation prévue par le a) de l'article 2.2.2 précité. Or, le front bâti au droit de la rue Bon Pasteur, dans la continuité duquel s'inscrira le projet, apparaît comme suffisamment continu pour que la respiration prévue entre les bâtiments A et B permette, à elle seule, d'assurer le respect de la séquence urbaine environnante. Il n'est au demeurant pas soutenu par la société requérante, qui se borne à invoquer les règles dérogatoires prévues par les c) et e) de cet article, que son projet relèverait de la dérogation prévue au a).

12. Ensuite, si la société requérante se prévaut du c), elle ne justifie aucunement de son application, se bornant à faire valoir que la règle dérogatoire autorise les césures ou fractionnements lorsque la longueur de façade projetée est plus importante que celle des constructions existantes dans le voisinage. Par ces allégations, elle ne justifie pas d'un choix d'implantation du projet en vue de mettre en valeur les caractéristiques d'un élément bâti patrimonial ou d'un ensemble patrimonial identifié aux documents graphiques. La circonstance selon laquelle le conseil municipal aurait, dans le cadre de la consultation organisée à l'origine du programme, implicitement validé le parti retenu pour l'intégration des futurs bâtiments dans l'environnement urbain est sans incidence sur l'appréciation de la régularité du projet au regard des règles d'urbanisme applicable. La société pétitionnaire ne justifie ainsi pas que le projet relèverait de la règle dérogatoire prévue par le c).

13. Enfin, il résulte des dispositions du e) que la seule circonstance que le terrain d'assiette d'un projet est situé à l'angle de deux rues ne permet pas, à elle seule, de déroger à la règle d'implantation sur les limites séparatives, ces dispositions imposant par ailleurs une impossibilité pour le projet de se conformer à la règle principale. En l'espèce, contrairement à ce que fait valoir la société requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que le respect de la règle principale impliquerait d'occuper la totalité de la surface du terrain d'assiette. En revanche, si l'implantation du projet en limite séparative nord apparaît impossible, notamment en raison de la présence du mur de soutènement au droit de la montée du Lieutenant C identifié comme élément de patrimoine remarquable, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'implantation du projet en limite séparative est serait impossible. A cet égard, aucun élément ne fait obstacle à ce que la servitude de passage consentie au syndicat de copropriétaires de l'immeuble voisin, permettant l'accès aux caves de celui-ci, dont les portes se situent sur le mur pignon implanté sur la limite séparative en cause, soit préservée par la prise en compte de cette servitude dans la construction, notamment au moyen d'un porche. Par suite, le bâtiment B projeté ne relevant pas de la dérogation prévue par le e) précité, le maire pouvait légalement se fonder sur le motif tiré de la méconnaissance de l'obligation d'implantation en limite séparative est.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4.1.3 des dispositions spécifiques à la zone UCe1 : " Les mouvements de terrain (affouillements, exhaussements). Les mouvements de terrain (affouillements, exhaussements), réalisés dans le cadre d'une opération d'aménagement ou de construction et nécessaires à l'implantation de constructions, sont limités aux stricts besoins techniques et ne doivent pas conduire à une transformation importante du site. / En outre, l'amplitude de mouvements de terrain d'assiette de la construction, hors emprise au sol* de celle-ci, y compris les niveaux en sous-sol et non compris les terrasses d'une hauteur supérieure à 1,20 mètre, ne doit pas excéder : - 1 mètre pour les terrains dont la pente naturelle moyenne, est inférieure à 15 % ; () / Toutefois, une amplitude de mouvements de terrain plus importante peut être mise en œuvre dès lors qu'elle a pour objet : - une meilleure insertion de l'opération d'aménagement ou de construction dans le site compte tenu de leurs caractéristiques respectives ; () ".

15. Si la société requérante soutient que l'acte attaqué est entaché d'erreur de fait, l'amplitude du décaissement étant non de 3,40 mètres mais de 1,92 mètres, elle ne l'établit pas en se bornant à produire un plan topographique daté du 3 octobre 2019 transmis à la ville de Lyon postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, lequel est fondé sur les plans joints à la demande de permis de construire, qui indiquent une amplitude de décaissement de 3,40 mètres. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de cet arrêté, le maire aurait été en possession d'éléments de nature à révéler que les cotes des plans joints à la demande auraient été erronées. En tout état de cause, la société pétitionnaire n'établit pas, en se bornant à invoquer la position du conseil municipal, favorable au projet lors de la consultation préalable organisée dans le cadre de la vente du terrain d'assiette, que le dépassement d'une amplitude de mouvements de terrain d'un mètre maximum applicable pour les terrains dont la pente naturelle moyenne, comme en l'espèce, est inférieure à 15 %, serait effectivement justifié par une meilleure insertion de la construction dans le site. Par conséquent, à supposer même que le maire ait entaché son arrêté d'une erreur de fait quant à l'amplitude du décaissement hors emprise de la construction, cette erreur est sans incidence sur la légalité du motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées. Par suite, et alors en outre que la société requérante ne conteste pas, s'agissant des amplitudes de mouvements de terrain dans l'emprise de la construction, que les travaux excèdent les stricts besoins techniques du projet, le maire de Lyon pouvait légalement se fonder sur la méconnaissance des dispositions précitées pour refuser le permis de construire en litige.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5.1.1.2.2 des dispositions générales du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon : " () b. Caractéristiques des accès. Une opération comporte un nombre d'accès sur les voies publiques limité au strict nécessaire. / Les accès : - sont conçus en tenant compte de la topographie et de la configuration des lieux dans lesquels s'insère l'opération, en cherchant d'une part à réduire leur impact sur la fluidité de la circulation des voies de desserte, d'autre part la mutualisation des accès ; - présentent des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet ; - prennent en compte la nature des voies sur lesquelles ils sont susceptibles d'être aménagés afin de préserver la sécurité des personnes (visibilité, vitesse sur voie, intensité du trafic) ; - permettent d'assurer la sécurité des usagers des voies de desserte et de ceux utilisant ces accès. / Cette sécurité est appréciée compte tenu : - de la position des accès et de leur configuration ; - de la nature des voies de desserte, du type de trafic et de son intensité. / Lorsque le terrain est desservi par plusieurs voies, l'accès est aménagé sur la voie présentant le moindre risque ou gêne pour la circulation. / () ".

17. Le maire de Lyon a opposé un refus à la demande de la société requérante au motif que l'accès des véhicules par un ascenseur, localisé dans un virage de la montée du Lieutenant C, dont la nature et la configuration ne sont pas prises en compte, ne permet pas d'assurer la sécurité des usagers de cette voie et de cet accès. Les photographies versées au débat révèlent l'insuffisante visibilité depuis l'accès, positionné à proximité immédiate d'un virage prononcé, pour permettre à un automobiliste sortant de l'accès d'apprécier la circulation descendante. De même, en raison de ce virage, les usagers de la voie circulant dans le sens descendant ne seront pas en mesure de voir, avec suffisamment d'anticipation, les véhicules entrant dans l'accès. A cet égard, la configuration des lieux impliquera notamment, comme le révèle le document joint à la demande de permis de construire schématisant la trajectoire de giration, que les automobilistes provenant de la rue Bon Pasteur souhaitant accéder à l'ascenseur à voitures se déportent sur la voie opposée en sortie de virage. Dans ces conditions, la seule circonstance que la montée du Lieutenant C, étroite et en lacets, contraint les automobilistes à adopter une vitesse modérée ne saurait suffire à garantir la sécurité des usagers tant de la voie que de l'accès. Enfin, si le service de voirie de la métropole de Lyon a émis un avis favorable, le maire de Lyon n'est pas lié par cet avis. Le maire de Lyon n'a dès lors commis aucune erreur d'appréciation en opposant à la demande de permis de construire le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5.1.1.2.2 précité.

18. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, fondé sur des motifs légaux de non-conformité du projet aux règles d'urbanisme, serait entaché d'un détournement de pouvoir. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

19. Si le motif tiré de l'impossibilité d'assurer le respect des prescriptions de l'architecte des bâtiments de France sans impacter sensiblement le projet ne peut légalement justifier le refus de permis de construire attaqué, il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que les motifs tirés de la méconnaissance des articles 2.2, 4.1.3 et 5.1.1.2.2 des dispositions générales du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er octobre 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, celles présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du même code. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la ville de Lyon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SCCV Bon Pasteur est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la ville de Lyon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Bon Pasteur et à la ville de Lyon.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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