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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2100405

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2100405

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2100405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2021, Mme A B, représentée par Me Dehan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours gracieux du 26 novembre 2019 tendant au retrait de la décision d'invalidation de son permis de conduire ;

2°) de créditer de quatre points son permis de conduire.

Elle soutient que les infractions du 16 février et 9 septembre 2016 doivent être extraites du relevé d'information intégral au motif qu'elle a formé une réclamation auprès de l'officier du ministère public en application de l'article 530 du code de procédure pénale ayant eu pour effet d'annuler le titre exécutoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2021, le ministre de l'intérieur conclut, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du recours gracieux doivent être regardées comme dirigées contre la décision référencée 48SI qui lui a été notifiée le 6 novembre 2019 ;

- la requête formée contre cette décision 48SI régulièrement notifiée, qui comportait les délais et voies de recours, doit être considérée comme tardive et par conséquent, irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, il a été donné lecture du rapport en l'absence des parties ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a commis une série d'infractions notamment les 16 février et 9 septembre 2016. Par une décision 48 SI régulièrement notifiée le 6 novembre 2019, le ministre de l'intérieur lui a retiré un point pour une infraction commise le 21 avril 2019, lui a rappelé les retraits de points précédents, l'a informée de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département. Par un recours gracieux reçu par le ministre de l'intérieur le 27 novembre 2019, la requérante a contesté les retraits de points consécutifs aux infractions des 16 février et 9 septembre 2016 et demandé le retrait de la décision référencée 48SI. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours gracieux.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, mais contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé intégral d'information, que Mme B a commis notamment deux infractions en date du 16 février et 9 septembre 2016 pour lesquelles deux points ont été successivement retirés de son permis de conduire. Alors qu'il n'est pas établi que Mme B a eu connaissance desdits retraits de points avant la notification de la décision 48SI réceptionnée le 6 novembre 2019, laquelle comportait la mention des délais et voies de recours, elle a, par un recours gracieux reçu par le ministre de l'intérieur le 27 novembre 2019, soit dans le délai de recours contentieux, contesté les retraits de points en litige et demandé le retrait de la décision d'invalidation du permis de conduire qui lui a été régulièrement notifiée le 6 novembre 2019. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B dirigées formellement contre la seule décision implicite de rejet de son recours gracieux doivent être regardées comme étant également dirigées contre les décisions initiales de retrait de points et contre la décision référencée 48 SI notifiée le 6 novembre 2019.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :

4. Le ministre de l'intérieur soutient que la requête est tardive Il fait valoir que la décision 48 SI qui mentionnait les voies et délais de recours a été valablement notifiée le 6 novembre 2019 de sorte que la requête enregistrée le 20 janvier 2021, soit au-delà du délai de deux mois prévu à l'article R.421-1 du code de justice administrative, serait tardive.

5. Aux termes du 1er alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". En outre, aux termes de l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent chapitre les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées aux autorités administratives. / () ". Aux termes de l'article L.112-3 du même code : " Toute demande adressée à une autorité administrative fait l'objet d'un accusé de réception délivré dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () " . Aux termes de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ". Le dernier alinéa de l'article R. 112-5 du même code dispose que : " L'accusé de réception prévu par l'article L.112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / () / L'accusé de réception indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ".

6. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'en l'absence d'accusé de réception comportant les mentions prévues par ces dernières dispositions, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont, en principe, pas opposables à son destinataire et, d'autre part, qu'un recours gracieux constituant une demande, ce principe s'applique aux décisions rejetant implicitement un tel recours gracieux.

7. Il résulte de l'instruction que Mme B a formé, le 27 novembre 2019, contre les décisions de retraits de points consécutives aux infractions des 16 février 2016 et 9 septembre 2016 et contre la décision d'invalidation du permis de conduire référencée 48 SI du 6 novembre 2019, un recours gracieux, qui a interrompu le délai de recours contentieux. Ce recours gracieux n'a pas fait l'objet d'un accusé de réception comportant les mentions rappelées au point 5 ci-dessus, et informant donc Mme B des conditions de naissance d'une décision implicite. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la connaissance de la décision prise sur ce recours puisse résulter de ce que l'intéressée l'aurait mentionnée expressément au cours de ses échanges avec l'administration. Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède qu'aucun délai de recours n'est opposable à l'encontre de la décision implicite rejetant son recours gracieux et des décisions visées par ce recours. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête dirigée contre la décision 48SI doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".

9. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. L'article 529-10 du même code subordonne par ailleurs la recevabilité de la réclamation à son envoi par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et à l'envoi simultané de différents documents.

10. Aux termes de l'article R. 49-5 du code de procédure pénale : " La majoration de plein droit des amendes forfaitaires prévues par le deuxième alinéa de l'article 529-2 () est constatée par l'officier du ministère public qui la mentionne sur le titre exécutoire prévu par l'alinéa premier de l'article 530./ ()/ Le titre exécutoire, signé par l'officier du ministère public, est transmis au comptable principal du Trésor " .Aux termes du premier alinéa de l'article R. 49-6 du même code : " Le comptable de la direction générale des finances publiques adresse au contrevenant un extrait du titre exécutoire le concernant sous forme d'avis l'invitant à s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire majorée. Cet avis contient, pour chaque amende, les mentions prévues par le deuxième alinéa de l'article R. 49-5 et indique le délai et les modalités de la réclamation prévue par les deuxièmes et troisièmes alinéas de l'article 530 ". Aux termes de l'article R. 49-8 du même code : " L'officier du ministère public saisi d'une réclamation recevable informe sans délai le comptable de la direction générale des finances publiques de l'annulation du titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée ".

11. Il résulte des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévus par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. En vertu de l'article R. 49-8 du même code, l'officier du ministère public saisi d'une réclamation recevable porte sans délai cette annulation à la connaissance du comptable de la direction générale des finances publiques. Il appartient ensuite à l'officier du ministère public soit de diligenter des poursuites devant la juridiction pénale au titre de l'infraction contestée, soit de classer l'affaire sans suite. Eu égard aux dispositions de l'article L. 123-1 du code de la route, l'annulation du titre exécutoire a pour conséquence que la réalité de l'infraction ne peut plus être regardée comme établie. Par suite, l'autorité administrative doit rétablir sur le permis de conduire les points qui avaient pu être retirés, sans préjudice d'un nouveau retrait si le juge pénal est saisi et prononce une condamnation.

12. Enfin, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé "bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

13. Il résulte de l'instruction notamment du relevé d'information intégral produit en défense que les infractions au code de la route relevée les 16 février et 9 septembre 2016 ont donné lieu respectivement à l'émission les 6 juillet 2016 et 18 janvier 2017 d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée à l'encontre de Mme B, de sorte que la réalité de ces infractions est établie en application des dispositions de l'article L.223-1 du code de la route. Toutefois, Mme B indique avoir formé, devant l'officier du ministère public, une réclamation contre ces titres exécutoires ayant engendré leur annulation, et produit à l'appui de ses allégations, un bordereau de situation établi par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes sur lequel est mentionné l'annulation des titres exécutoires émis pour le recouvrement des amendes forfaitaires majorées relatives aux infractions en litige. Il résulte de ce qui précède que la réclamation formée devant l'officier du ministère public a effectivement engendré l'annulation des titres exécutoires susvisés de sorte que la réalité des infractions relevées les 16 février et 9 septembre 2016 ne peut plus être considérée comme établie. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions litigieuses doit être accueilli.

14. Compte tenu de l'illégalité des décisions de retrait de points à la suite des infractions relevées les 16 février et 9 septembre 2016, le solde du permis de conduire de Mme B ne pouvait être regardé comme nul lorsque lui a été notifiée son invalidation à la suite de la nouvelle infraction du 21 avril 2019.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision 48SI notifiée le 6 novembre 2019 en tant qu'elle l'a informée de la perte de validité de son titre de conduite pour solde de points nul, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

17. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de son titre de conduite et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, de restituer à Mme B le total de quatre points illégalement retirés de son permis de conduire à la suite des infractions relevées les 16 février et 9 septembre 2016. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision 48 SI notifiée le 6 novembre 2019 est annulée en tant qu'elle invalide le permis de conduire de Mme B, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à Mme B les points illégalement retirés à la suite des infractions des 16 février et 9 septembre 2016, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La présidente

G. Verley-Cheynel

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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