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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2100406

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2100406

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2100406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE NEYRET AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 20 janvier 2021 et 12 décembre 2022, la société Béton Lyonnais, représentée par Me Neyret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2020 par lequel le préfet du Rhône liquide partiellement, à hauteur de 3 950 euros, l'astreinte administrative journalière, concernant son établissement situé au lieudit " La Rubina " à Décines-Charpieu, qu'il avait prononcée le 3 février 2020 en application de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2020 par lequel le préfet du Rhône lui inflige une amende administrative de 1 500 euros pour non-respect de son autre arrêté pris le 3 février 2020 portant mise en demeure ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2020 par lequel le préfet du Rhône la rend redevable d'une astreinte journalière de 50 euros jusqu'à satisfaction de cette mise en demeure du 3 février 2020 ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Béton lyonnais soutient que :

- les arrêtés en litige sont entachés d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est titulaire d'un récépissé de déclaration l'autorisant à exercer l'activité déclarée ;

- elle a contesté la mise en demeure du 7 novembre 2019 de cesser le pompage en zone de protection rapprochée du captage d'eau potable de La Rubina, ne pouvait pas déclarer d'inexistants pompages en zone de protection éloignée, avait déjà produit un plan précis de l'ensemble des points d'accès à la nappe, a été informée par la préfecture de la levée le 21 janvier 2020 de la mesure concernant le suivi de la qualité des eaux souterraines, n'a pas pu, en raison de la crise sanitaire, procéder dans le délai d'un mois qui lui était imparti pour ce faire, au comblement de la fosse d'entretien des engins et de la cuve de récupération des huiles, équipements qui n'ont pas généré de pollution des sols, alors qu'elle avait satisfait à une mise en demeure du 23 août 2019 de nettoyer et rendre étanche ces fosse et cuve ;

- elle a réalisé les actions prescrites par l'arrêté de mise en demeure du 3 février 2020, notamment l'étude de bruit le 24 septembre 2020, malgré les obstacles dressés par la famille B qui, elle-même, procède à des forages non autorisés et non sanctionnés par l'administration ;

- l'inspection des installations classées, dans son rapport du 8 avril 2022, propose la levée des mises en demeure des 7 novembre 2019 et 3 février 2020.

Par un mémoire enregistré le 29 avril 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Béton Lyonnais sont infondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le décret n° 2020-383 du 1er avril 2020 portant dérogation au principe de suspension des délais pendant la période d'urgence sanitaire liée à l'épidémie de covid-19 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 février 2023 :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Reniez, rapporteure publique,

- et les observations de Me Neyret, pour la société Béton Lyonnais.

Le préfet du Rhône quant à lui n'était pas présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La société Béton Lyonnais exploite, sous couvert d'un récépissé de déclaration que le préfet du Rhône lui a délivré le 16 mars 1993, une installation de broyage, concassage de produits minéraux artificiels et emploi de matériel vibrant, activités relevant désormais de la rubrique 2518 de la nomenclature des installations classées, au lieu-dit La Rubina sur le territoire de la commune de Décines-Charpieu. Ces activités sont régies par un arrêté préfectoral du 24 mars 2011 portant prescriptions spéciales, tenant notamment à la surveillance des eaux souterraines, vainement contesté par la société Béton Lyonnais devant la juridiction administrative, et par l'arrêté ministériel du 26 novembre 2011 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations de fabrication de béton prêt à l'emploi soumises à déclaration. Consécutivement à un contrôle sur site réalisé le 12 juillet 2019 par l'inspection des installations classées, le préfet du Rhône a, le 7 novembre suivant, mis en demeure cette société de, notamment, cesser immédiatement d'utiliser, et de reboucher, un forage, non déclaré, situé en zone de protection rapprochée du captage d'eau potable de la Rubina, zone que cette même autorité avait instituée le 23 mars 1976. La société Béton Lyonnais a vainement contesté cette mesure devant le tribunal de céans. Suite à un nouveau contrôle réalisé le 16 décembre 2019, le même préfet a, le 3 février 2020, mis en demeure la société de régulariser sa situation administrative, définir le périmètre de son installation, rendre conforme l'exploitation des forages et piézomètres autorisés, réaliser une étude acoustique. La société se voyait concomitamment infliger une amende de 1 500 euros, pour ne pas avoir déféré à la mise en demeure du 7 novembre 2019 et était rendue redevable d'une astreinte journalière de 50 euros jusqu'à satisfaction de cette mise en demeure. Après nouvelle visite du site, le 15 mai 2020, par l'inspection des installations classées, le préfet du Rhône, par trois décisions prises le 13 août 2020, liquide partiellement l'astreinte prononcée le 3 février 2020, à hauteur de 3 950 euros, inflige à l'intéressée une nouvelle amende de 1 500 euros pour non-respect de la mise en demeure prononcée également le 3 février 2020, rend la société redevable d'une astreinte de 50 euros jusqu'à satisfaction de cette mise en demeure. La société Béton Lyonnais demande au tribunal d'annuler ces trois décisions.

Sur les arrêtés du 13 août 2020, l'un portant liquidation d'astreinte, l'autre infligeant une amende administrative de 1 500 euros à la société Béton Lyonnais :

2. Les arrêtés en litige du 13 août 2020 ont été signés par Mme Cécile Dindar, secrétaire générale de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait pour ce faire d'une délégation que lui avait consentie le préfet du Rhône par arrêté du 24 janvier 2020, publié le 30 janvier suivant au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Doit par suite être écarté le moyen tiré du vice d'incompétence soulevé à l'encontre de ces arrêtés.

3. Aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement /

II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : () 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée () / Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement / L'amende ne peut être prononcée au-delà d'un délai de trois ans à compter de la constatation des manquements () " ;

4. D'une part, concernant l'arrêté litigieux du 13 août 2020 portant liquidation partielle d'astreinte administrative, il résulte de l'instruction qu'il est fondé sur l'astreinte décidée par le préfet du Rhône le 3 février 2020 aux fins de faire respecter, par la société requérante, la mise en demeure prononcée le 7 novembre 2019, laquelle imposait à l'intéressée, parmi autres mesures, la cessation immédiate d'utilisation d'un forage non déclaré situé en zone de protection rapprochée du captage d'eau potable de la Rubina, son rebouchage, ainsi que le rebouchage immédiat d'une fosse d'entretien des engins et d'une cuve de récupération des huiles. La société requérante n'adresse pas de critiques à la décision d'astreinte du 3 février 2020, base légale de la décision de liquidation en litige. Par ailleurs, la société requérante n'a pas obtenu du tribunal de céans l'annulation de la mesure concernant le forage non déclaré, contenue dans l'arrêté de mise en demeure du 7 novembre 2019, base légale de l'astreinte du 3 février 2020, son appel est dépourvu d'effet suspensif et elle n'a pas contesté alors les autres mesures que contient cet arrêté, devenues définitives. Ensuite, face au constat fait le 15 mai 2020 par l'inspection des installations classées de la poursuite de l'utilisation du forage et de la fosse, non rebouchés, la société Béton Lyonnais se borne à faire état de la crise sanitaire justifiant selon elle, la remise le 5 octobre 2020, par le bureau d'études Iddea, du diagnostic de pollution des sols préalable au comblement de cette fosse à vidanges. Toutefois, et alors que l'arrêté en litige prend en compte la suspension des délais liée à l'épidémie de Covid 19, dans les conditions définies par le décret du 1er avril 2020 susvisé, une telle circonstance ne peut pas justifier à elle seule l'inexécution constatée, à la date de liquidation de l'astreinte, de la mise en demeure du 7 novembre 2019. La société requérante n'est ainsi pas fondée à se plaindre de ce que le préfet du Rhône décide, par l'arrêté du 13 août 2020 en litige, de liquider partiellement l'astreinte du 3 février 2020, à hauteur de 3 950 euros, soit le produit de 50 euros, montant journalier de cette astreinte, par 79 jours s'étant écoulés à compter de la notification de cette décision d'astreinte.

5. D'autre part, par une autre décision prise également le 3 février 2020, le préfet du Rhône a mis en demeure la société Béton Lyonnais de, sous un mois, régulariser sa situation administrative, en déclarant une cessation partielle d'activité et l'informant de la mise en place de bassins de récupération des eaux industrielles, définir le périmètre de son installation via un bornage et maintenir le site en bon état de propreté, rendre conforme l'exploitation des forages et piézomètres autorisés, et de, sous deux mois, réaliser une étude acoustique, laquelle n'a été réalisée que le 24 septembre 2020. Pour procéder à la régularisation demandée, la société requérante devait déclarer sa cessation d'activité sur la parcelle AE 248, acquise en 2001 par M. B, et sur une partie de la parcelle AE 249, l'une et l'autre supportant des habitations, déclaration estimée nécessaire par l'inspection des installations classées à l'occasion de ses visites du site des 12 juillet et 16 décembre 2019, et dont elle a relevé le manque le 15 mai 2020. Face à cette carence, la société Béton lyonnais, qui n'a adressé au préfet du Rhône la " notification de la cessation d'activité " prévue par l'article R. 512-66-1 du code de l'environnement que le 6 avril 2022, se borne à invoquer la crise sanitaire et le confinement de 2020, ainsi que des refus qu'aurait opposés la famille B à la réalisation de sondages de sols devant être réalisés sur la parcelle AE 248 dans le cadre de la cessation partielle d'activité, alors que ce n'est que le 29 octobre 2020 que l'avocat de la société a saisi son confrère avocat de la famille B pour obtenir l'accès à la parcelle en question. La société requérante ne peut ainsi pas être regardée, contrairement à ce qu'elle soutient, comme ayant satisfait, au 13 août 2020, date du prononcé de l'amende administrative en litige, à la mise en demeure du 3 février 2020.

6. Il résulte de ce qui précède que la société Béton Lyonnais n'est pas fondée à demander l'annulation des deux arrêtés préfectoraux du 13 août 2020 susmentionnés qu'elle attaque.

Sur l'arrêté du 13 août 2020 rendant la société Béton Lyonnais redevable d'une astreinte de 50 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure du 3 février 2020 :

7. Pour les mêmes raisons exposées au point 2 supra, cet arrêté n'est pas entaché d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte.

8. Comme il est disposé par l'article L. 171-11 de ce code, les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 du code de l'environnement, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants et sur l'exécution par ces derniers des mesures dont ils ont été destinataires, au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue. Lorsque le juge administratif est amené à constater que les mesures mises à la charge de l'exploitant, légalement justifiées lorsqu'elles ont été prises, ne sont plus nécessaires à la date où il statue dès lors que cet exploitant a satisfait à ses obligations, il lui appartient, s'il est saisi d'une demande dirigée contre un arrêté appliquant une astreinte administrative à un exploitant jusqu'à ce que celui-ci mette en œuvre les mesures prescrites, non pas d'annuler cet arrêté rétroactivement à compter de son édiction, mais seulement d'annuler cette astreinte pour l'avenir à compter de la date à laquelle la société a justifié de sa mise en règle avec ses obligations.

9. Il ressort du rapport de l'inspection des installations classées du 8 avril 2022, constatant notamment que l'exploitant a transmis le 8 avril 2022 le dossier de cessation partielle d'activité, qu'est proposée la levée de l'arrêté de mise en demeure du 3 février 2020. L'astreinte du 13 août 2020, prise sur ce fondement, n'étant dès lors plus nécessaire, il y a lieu d'en prononcer l'abrogation à cette date.

Sur les frais de procès :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de l'Etat la somme que réclame la société Béton Lyonnais au titre des frais, non compris dans les dépens, qu'elle a exposés dans les présentes instances.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Rhône du 13 août 2020 rendant la société Béton Lyonnais redevable d'une astreinte de 50 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure du 3 février 2020 est abrogé au 8 avril 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Béton Lyonnais et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Gros, premier conseiller,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

B. A

Le président,

T. Besse

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

No 2100406

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