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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2100465

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2100465

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2100465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2021, Mme H B épouse C, représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 août 2020 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé à 90 jours le délai de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative et, dans l'attente, de la munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet du Rhône de justifier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration a bien été destinataire d'un rapport médical établi par un médecin ne siégeant pas au sein de ce collège et émis un avis sur son état de santé après en avoir délibéré ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant à 90 jours le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2022.

Par courrier du 21 juillet 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions du 18 août 2020 par lesquelles le préfet du Rhône aurait obligé Mme C à quitter le territoire français et fixé un délai de départ volontaire de 90 jours, inexistantes en l'espèce.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport I Gros, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H B épouse C, de nationalité kosovienne, est entrée en France le 3 décembre 2013. Après le rejet de sa demande d'asile, elle a sollicité, le 5 février 2014, la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 28 mai 2015, dont la légalité a été confirmé par le tribunal et la cour administrative d'appel de Lyon, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 1er juin 2018, Mme C a, de nouveau, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du 18 août 2020 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que les décisions du même jour par lesquelles celui-ci l'aurait obligée à quitter le territoire français et aurait fixé un délai de départ volontaire de 90 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les raisons pour lesquelles Mme C ne peut obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 313-23 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. () Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du bordereau de transmission signé par le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 3 décembre 2018, que le docteur D a établi, le 21 août 2018, un rapport médical, transmis, le 24 septembre 2018, au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont le docteur D ne faisait pas partie. Ce collège de médecins a émis, le 3 décembre 2018, un avis sur l'état de santé I C, produit par le préfet du Rhône en défense. Cet avis est revêtu de la mention " Après en avoir délibéré, le collège de médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. En l'espèce, Mme C n'apporte aucun élément tendant à démontrer qu'il n'aurait pas fait l'objet d'une délibération collégiale. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des termes de la décision attaquée, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation I C avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et aurait, ainsi, entaché sa décision d'une erreur de droit.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre d'un syndrome anxiodépressif invalidant et de troubles du sommeil, évoquant un état de stress post-traumatique, pour lesquels elle bénéficie d'un suivi psychiatrique et d'un traitement médicamenteux associant deux anxiolytiques, un hypnotique, un antidépresseur et un " médicament du stress ". L'intéressée présente également des rachialgies/sciatalgies chroniques, ayant nécessité une infiltration épidurale lombaire en 2019, et fait l'objet d'un " suivi gynécologique spécifique ". Dans son avis du 3 décembre 2018, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé I C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié au Kosovo, pays à destination duquel elle peut voyager sans risques. Si, pour combattre cette appréciation, la requérante produit le rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) du 3 avril 2017 consacré aux traitements psychiatriques et psychothérapeutiques au Kosovo, les éléments généraux qu'il contient n'établissent pas que l'intéressée ne pourrait effectivement avoir accès à des soins appropriés dans son pays d'origine. Par ailleurs, le certificat établi par un médecin psychiatre dont elle se prévaut ne permet pas, dans les termes dans lesquels il est rédigé, de considérer qu'un retour au Kosovo entraînerait, par lui-même, une dégradation de son état de santé. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Mme C, entrée en France le 3 décembre 2013, s'y est maintenue en dépit de la mesure d'éloignement édictée à son encontre le 28 mai 2015, et dont la légalité a été confirmée par le tribunal et la cour administrative d'appel de Lyon. Elle ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française. Si elle se prévaut de la présence en France de sa cellule familiale, il ne ressort pas des pièces du dossier que son époux et ses deux fils majeurs, F et G, tous trois en situation irrégulière, remplissaient, à la date de la décision attaquée, les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, ni que son fils mineur, A, ne pourrait poursuivre sa scolarité au Kosovo. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme C, le préfet du Rhône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et, ainsi, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La circonstance que le fils mineur I C, A, ait été scolarisé en France du CM1 à la 3ème ne suffit pas, à elle seule, à faire regarder la décision attaquée comme contraire à l'intérêt supérieur de ce dernier, alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il ne pourrait poursuivre sa scolarité en Kosovo. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

12. En septième lieu, compte-tenu de ce qui précède, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme C, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une telle décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les prétendues décisions obligeant Mme C à quitter le territoire français et fixant à 90 jours le délai de départ volontaire :

13. La décision attaquée, après avoir exposé les raisons pour lesquelles Mme C ne peut prétendre à l'obtention d'un titre de séjour, l'" invite à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours à compter de [sa] notification ". Ce faisant, le préfet du Rhône ne peut être regardé comme ayant entendu prononcer à l'encontre de l'intéressée une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions du I et du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicable. Dès lors, les conclusions de l'intéressée tendant à l'annulation de telles décisions, inexistantes en l'espèce, sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit la production des extraits de l'application Themis.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie des frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête I C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H B épouse C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. ELa greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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