mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2100581 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 janvier 2021 et le 10 novembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme A B, représentée par Me Couderc, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, révélées lors du rendez-vous qui lui a été fixé le 15 janvier 2021, par lesquelles le préfet du Rhône a refusé l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, a refusé de lui fixer un nouveau rendez-vous aux fins de procéder à cet enregistrement, a assigné de fait à résidence dans le département de Mayotte son enfant de nationalité française ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande de délivrance de titre de séjour et de lui délivrer le récépissé afférent dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence et de défaut de motivation ;
- ces décisions méconnaissent les articles 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le dossier de demande de titre étant complet rien ne s'opposait à l'enregistrement de la demande ;
- le refus d'enregistrement de la demande ne pouvait être fondé sur l'appréciation du bien-fondé de la demande ;
- le refus d'enregistrement révèle une discrimination contraire aux articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'à l'article 1er de son protocole n° 12 ; ce refus constitue également une violation du principe d'égalité devant le service public et du principe d'égalité devant la loi ; la situation imposée à la requérante relève de traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention précitée ;
- le refus de donner un nouveau rendez-vous démontre un refus de procéder à un examen particulier de son dossier ;
- les refus opposés conduisent à assigner à résidence à Mayotte l'enfant français mineur de la requérante, dont elle représente les intérêts dans cette instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2022, le préfet du Rhône conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête.
Il soutient que la requérante a pu déposer une demande de titre de séjour le 6 avril 2021.
Par une lettre du 11 janvier 2022, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision révélée portant assignation à résidence dans le département de Mayotte comme dépourvues d'objet, dès lors que cette décision n'existe pas.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son protocole n° 12 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa demande, de présenter ses conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,
- et les observations de Me Zouine, suppléant Me Couderc, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante comorienne née le 14 août 1996, déclare être arrivée en compagnie de son fils, de nationalité française, en France métropolitaine en provenance du département de Mayotte au cours de l'année 2019. Sur convocation, elle s'est présentée auprès des services de la préfecture du Rhône le 15 janvier 2021, accompagnée de son conseil. Elle s'est alors vue opposer un refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour ainsi qu'un refus d'établissement d'un nouveau rendez-vous. Elle estime par ailleurs que ces décisions verbales révèlent une décision assignant de fait son fils français à résidence dans le département de Mayotte. Mme B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions du préfet du Rhône.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. Si le préfet du Rhône soutient en défense que les conclusions à fin d'annulation de la requête sont dépourvues d'objet dès lors que la requérante a pu déposer une demande de titre de séjour le 6 avril 2021, la décision initiale de refus d'enregistrement de demande de titre de séjour, opposée le 15 janvier 2021, n'apparaît pas avoir été dépourvue d'effet sur la situation de Mme B. L'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit, dans ces conditions, être écartée.
Sur l'étendue du litige :
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la convocation et l'attestation de présence du 15 janvier 2021 produites, que l'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme B a été refusée ce même jour et que lui a également été refusé la fixation d'un nouveau rendez-vous. Toutefois, ces décisions n'ont ni pour objet ni pour effet de révéler une " décision d'assignation à résidence de fait de son fils français dans le département de Mayotte ", les conclusions dirigées contre cette prétendue décision devant ainsi être rejetées comme dépourvues d'objet.
Sur les autres conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
4. D'une part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. D'autre part, sous la qualification de " visa ", les dispositions des articles L. 832-2 et R. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois. Les dispositions de l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et en particulier de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable.
6. Il ressort des pièces du dossier que, pour opposer le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme B, les agents de la préfecture du Rhône ont relevé que le dossier de l'intéressée était incomplet, dès lors qu'il ne comprenait pas l'autorisation spéciale prévue par l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, outre que le titre de séjour de l'intéressée délivré par le préfet de Mayotte était expiré depuis le 20 décembre 2019, sa situation ne relevant ainsi plus des dispositions de cet article, la demande de Mme B était également fondée, ainsi qu'il ressort de la demande écrite qu'elle entendait déposer et du formulaire de renseignement rempli à cette occasion, sur les dispositions de l'article L. 313-14 du même code, relevant de la sous-section intitulée " Admission exceptionnelle au séjour " du même code et non des conditions de délivrance de droit commun. Dans ces conditions, et dès lors qu'il n'apparaît pas que la demande de l'intéressée aurait été incomplète, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, celle lui refusant la fixation d'un nouveau rendez-vous pour procéder à cet enregistrement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites en défense, que Mme B a vu sa demande de titre de séjour enregistrée le 6 avril 2021. Le présent jugement n'implique ainsi pas, pour son exécution, qu'il soit fait droit aux conclusions à fin d'injonction de la requête.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du préfet du Rhône révélées le 15 janvier 2021 refusant à Mme B l'enregistrement d'une demande de titre de séjour et lui refusant de fixer un nouveau rendez-vous pour l'enregistrement de sa demande sont annulées.
Article 2 : L'État versera à Me Couderc, avocat de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 3 : Le surplus de conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à A B, à Me Couderc et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Deniel, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026