lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2100933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GILLIOEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2021, M. B A, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 20 janvier 2021 par laquelle la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'une carte de résident ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de résident dans un délai de trente jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- les motifs du refus ne lui ont pas été communiqués en méconnaissance de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le refus n'a pas été pris après examen de sa situation, dès lors que la décision ne mentionne pas qu'elle intervient à la suite d'un recours gracieux ; pour les mêmes motifs, la décision est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée de vice de procédure en l'absence de la consultation prévue par l'article L. 314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 10 de l'accord franco-tunisien et les articles L. 314-2 et L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur de droit en l'absence de mention de sa base légale ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2021, la préfète de l'Ain conclut :
1°) au non-lieu à statuer partiel compte tenu de la substitution de sa décision expresse à une décision tacite ;
2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête au motif que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, modifié, fait à Paris le 17 mars 1988, ensemble l'accord-cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, du protocole relatif à la gestion concertée des migrations (ensemble deux annexes) et du protocole en matière de développement solidaire (ensemble trois annexes) entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signés à Tunis le 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Hosni, greffière, le rapport de M. Stillmunkes, président.
Considérant ce qui suit :
Sur l'objet du litige :
1. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
2. M. A, de nationalité tunisienne, a sollicité en octobre 2020 la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien susvisé du 17 mars 1988. En admettant qu'une décision implicite de rejet soit née du silence gardé sur cette demande, la décision expresse du 20 janvier 2021 s'est en tout état de cause substituée à cette décision implicite, que le requérant ne peut dès lors utilement contester, ses conclusions devant être regardées, pour leur donner un effet utile, comme dirigées contre la seule décision expresse.
Sur le fond :
3. En premier lieu, en soutenant que la décision est entachée d'erreur de droit en l'absence d'indication de ses motifs, le requérant doit être regardé comme invoquant le défaut de motivation. La décision attaquée mentionne toutefois sa base légale, sous la forme de l'article 10 de la convention franco-tunisienne qui définit le cas de délivrance d'une carte de résident de dix ans qui était invoqué, ainsi que les éléments de fait sur lesquels le refus se fonde, qui correspondent à des motifs d'ordre public. L'article 10 de l'accord franco-tunisien précité, cité par le préfet, ne prive pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant tunisien la délivrance de la carte de résident de dix ans lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Le préfet a donc pu se borner à citer cet article de la convention et sa décision est, ainsi, suffisamment motivée. Le requérant ne peut par ailleurs utilement invoquer le défaut de communication des motifs du refus implicite antérieur auquel le refus exprès s'est substitué.
4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle procède effectivement de l'examen particulier de la situation du requérant. Ce dernier ne peut sérieusement soutenir que le préfet n'aurait pas examiné sa situation au seul motif qu'il n'a pas rappelé dans la décision attaquée que le refus implicite antérieur avait fait l'objet d'un recours gracieux. Le fait de ne pas avoir mentionné cette circonstance purement procédurale, sans incidence utile sur le droit au séjour, ne constitue pas davantage une erreur de fait.
5. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de la consultation prévue par l'article L. 314-2, alors que l'article 10 de l'accord franco-tunisien ne conditionne pas la délivrance de la carte de résident qu'il prévoit à l'intégration républicaine de l'étranger au sens de cet article, qui vise uniquement certains des cas prévus par les dispositions législatives du code.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français () ".
7. Le préfet a relevé que le requérant a été condamné le 16 novembre 2015 à deux ans et demi d'emprisonnement pour port, sans motif légitime, d'arme blanche de catégorie D, et pour des faits de violence aggravée par trois circonstances, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Compte tenu de la gravité et de la répétition de ces comportements délictueux, le préfet n'a en l'espèce pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que les exigences de l'ordre public faisaient obstacle à ce que l'intéressé puisse bénéficier de la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 10 de l'accord franco-tunisien doit, ainsi, être écarté. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation. Enfin, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas la base légale du refus, ni, comme il a été dit, la méconnaissance de l'article L. 314-2 du même code.
8. En quatrième lieu, la décision précise expressément que, si le bénéfice d'une carte de résident de dix ans est refusé au requérant, son droit au séjour n'est pour autant pas remis en cause, alors qu'il bénéficie à la date de la décision d'un titre de séjour d'un an valable jusqu'au 2 août 2021, qui n'est pas retiré ni abrogé. Ainsi, la décision en litige est en réalité sans incidence sur le droit au séjour du requérant, dont seules les modalités sont en question. Dans ces conditions, eu égard au comportement du requérant et au droit au séjour qui lui est conservé, le préfet ne peut avoir méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions afférentes à fin d'injonction et concernant les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la préfète de l'Ain.
Copie en sera adressée à Me Gillioen.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Stillmunkes, président,
Mme Monteiro, première conseillère,
M. Bertolo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
H. Stillmunkes
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. C
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026