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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2100945

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2100945

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2100945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BARDET LHOMME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête enregistrée le 9 février 2021 sous le n° 2100945, la société à responsabilité limitée (SARL) La Morcille, représentée par la SELARL Bardet Lhomme, agissant par Me Bardet, demande au tribunal :

1°) l'annulation de la décision du 6 août 2020 par laquelle le préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes l'a mise en demeure de cesser son exploitation irrégulière, ainsi que les décisions rejetant implicitement et expressément son recours gracieux à l'encontre de cette décision ;

2°) de mettre à la charge du préfet de région Auvergne Rhône-Alpes la somme de 3000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence en l'absence de justification de la délégation de signature accordée à M. B ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que seul M. C D E, en sa qualité de personne physique mettant en valeur directement ou indirectement l'ensemble des surfaces litigieuses, pouvait légalement faire l'objet de la mise en demeure en litige après avoir été mis en demeure de présenter une demande d'autorisation en application de l'article L. 331-7 du code rural.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2021, le préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il était tenu d'appliquer le jugement n°1900868 du 10 juillet 2020 revêtu de l'autorité absolue de chose jugée et que les moyens soulevés par la SARL La Morcille ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 17 février 2022 par une ordonnance du 31 janvier 2022.

II°) Par une requête enregistrée le 9 février 2021 sous le n° 2100946, la SCV des Pillets, représentée par la SELARL Bardet Lhomme, agissant par Me Bardet, demande au tribunal :

1°) l'annulation de la décision du 6 août 2020 par laquelle le préfet de région Auvergne Rhône-Alpes l'a mise en demeure de cesser son exploitation irrégulière, ainsi que les décisions rejetant implicitement et expressément son recours gracieux à l'encontre de cette décision ;

2°) de mettre à la charge du préfet de région Auvergne Rhône-Alpes la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence en l'absence de justification de la délégation de signature accordée à M. B ;

- -elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que seul M. C D E, en sa qualité de personne physique mettant en valeur directement ou indirectement l'ensemble des surfaces litigieuses, pouvait légalement faire l'objet de la mise en demeure en litige après avoir été mis en demeure de présenter une demande d'autorisation en application de l'article L. 331-7 du code rural.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2021, le préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il était tenu d'appliquer le jugement n° 1900868 du 10 juillet 2020 revêtu de l'autorité absolue de chose jugée et que les moyens soulevés par la SCV des Pillets ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 17 février 2022 par une ordonnance du 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique ;

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n° 1900868 du 10 juillet 2020, le tribunal administratif de Lyon a, d'une part, annulé la décision du 3 décembre 2018 par laquelle le directeur régional de l'agriculture et de la forêt a implicitement refusé de mettre en demeure la SVC Des Pillets et la SARL La Morcille de cesser d'exploiter un ensemble de parcelles de vignes de 17,42 hectares au titre duquel M. A bénéficie d'une autorisation tacite, et d'autre part, enjoint au préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes de mettre en demeure la SCV Des Pillets et la SARL de la Morcille de cesser d'exploiter cette surface dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. En exécution de ce jugement, le préfet de la région a adressé le 6 août 2020 à la SARL de La Morcille et à la SCV des Pillets une mise en demeure de cesser l'exploitation irrégulière des parcelles concernées. Par deux requêtes enregistrées sous les n°s 2100945 et 2100946, la SARL la Morcille et la SCV des Pillets demandent l'annulation de la mise en demeure du 6 août 2020 dont elles ont chacune été destinataire, ainsi que celle des décisions rejetant leur recours gracieux présenté à l'encontre de ces deux mises en demeure.

2. Ces deux requêtes présentent à juger de questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les deux décisions contestées ont été prises par le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes sur injonction du tribunal administratif de prendre une mesure dans un sens déterminé, conformément aux dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, résultant du jugement du tribunal administratif de Lyon n°1900868 du 10 juillet 2020 qui a annulé la décision du 3 décembre 2018 qui avait implicitement refusé de prononcer une telle mise en demeure et qui est ainsi revêtu de l'autorité absolue de la chose jugée et est exécutoire. Par suite, ainsi qu'il le fait valoir, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes était tenu d'édicter les mesures en litige en exécution des obligations résultant pour lui de ce jugement et les sociétés requérantes ne peuvent en conséquence utilement se prévaloir de l'incompétence de l'auteur de ces décisions. En tout état de cause, les mises en demeure en litige ont été signées par M. B, adjoint au chef du service régional d'économie agricole, qui bénéficiait d'une subdélégation de signature consentie par arrêté du 7 février 2020, régulièrement publié le même jour, par le directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt d'Auvergne Rhône-Alpes, lui-même bénéficiaire d'une délégation de signature du préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes consentie par arrêté du 31 décembre 2019, régulièrement publié le 7 janvier 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit en tout état de cause être écarté.

4. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, la SARL La Morcille et la SCV des Pillets, qui peuvent le cas échéant exercer les voies de recours ouverte contre la décision juridictionnelle qui a prononcé l'injonction, ne peuvent utilement faire valoir que les décisions contestées en litige seraient entachées d'une erreur d'appréciation au motif que n'étant pas soumises à la législation sur le contrôle des structures des exploitations agricoles, seul M. C D E en sa qualité de personne physique mettant en valeur directement ou indirectement l'ensemble des surfaces litigieuses pouvait être destinataire de cette mise en demeure dès lors que ce moyen tend à remettre en cause le bien-fondé des mesures d'exécution prescrites par le tribunal que le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes était tenu de prendre.

5. Il résulte de ce qui précède que la SARL La Morcille et la SCV des Pillets ne sont pas fondées à demander l'annulation des deux mises en demeure du 6 août 2020 dont elles ont été destinataires, ni en conséquence des décisions rejetant leur recours gracieux.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes de la SARL La Morcille et de la SCV des Pillets sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL La Morcille, à la SCV des Pilllets et au préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°s 2100945-2100946

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