mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2100953 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BERTHIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2021, M. A B, représenté par Me Berthier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 7 septembre 2020 et lui a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;
2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer une carte d'agent de sécurité privée ou de réexaminer sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors qu'il a exercé le recours administratif préalable obligatoire dans les deux mois suivant la notification de la décision du 6 juillet 2020 ;
- le refus de renouvellement de son agrément est entaché d'une erreur d'appréciation et d'une violation de la présomption d'innocence, alors qu'il a été relaxé des poursuites pour violences à l'encontre de son épouse, que ces accusations mensongères ont été proférées dans un contexte de divorce conflictuel, et qu'il exerce son activité d'agent de sécurité privée depuis 1996 sans aucun reproche de la part de ses employeurs.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2021, le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté du recours administratif préalable obligatoire, et conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- alors qu'un recours gracieux n'a pas pour effet de prolonger le délai dans lequel un recours administratif préalable obligatoire peut être formé, le recours administratif formé le 7 septembre 2020 était tardif pour contester la décision initiale du 16 juin 2020 ;
- les faits reprochés à M. B, dont il a reconnu au moins une partie, sont incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité, alors même qu'il a fait l'objet d'une relaxe au pénal, ce jugement de relaxe n'étant au demeurant pas connu de la commission nationale à la date à laquelle elle a examiné le recours de l'intéressé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2022 par une ordonnance du 25 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative et l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Segado, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cherif pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, titulaire d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité depuis 1996, en a sollicité le renouvellement le 15 janvier 2020. La commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) ayant rejeté sa demande par une décision du 16 juin 2020, il a formé le 24 juin un recours gracieux devant cette commission, qui a confirmé son rejet le 6 juillet 2020. Il a alors formé le 7 septembre 2020, par l'intermédiaire de son conseil, un recours administratif préalable obligatoire devant la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS, qui l'a rejeté par la décision contestée du 9 décembre 2020.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux ", et aux termes de l'article R. 633-9 du même code : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission locale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-3 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision soumise à recours administratif préalable obligatoire est notifiée avec l'indication de cette obligation ainsi que des voies et délais selon lesquels ce recours peut être exercé ", et aux termes de l'article L. 412-4 du même code : " La présentation d'un recours gracieux ou hiérarchique ne conserve pas le délai imparti pour exercer le recours administratif préalable obligatoire non plus que le délai de recours contentieux ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la saisine de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS, préalable obligatoire à l'exercice de tout recours contentieux à l'encontre d'actes pris par une commission locale d'agrément et de contrôle à peine d'irrecevabilité de ce dernier, est seule de nature à conserver le délai de recours contentieux, et que, si la personne intéressée conserve la faculté d'adresser un recours gracieux, hors de la procédure prévue par le code de la sécurité intérieure, un tel recours de droit commun n'a pas pour effet de conserver le délai du recours contentieux ni le délai de deux mois pour saisir la commission nationale d'agrément et de contrôle. Pour rendre opposable le délai de recours contentieux, conformément à ce que prévoit l'article R. 421-5 du code de justice administrative, l'administration est tenue de faire figurer dans la notification de ses décisions la mention des délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais des recours administratifs préalables obligatoires. Elle n'est pas tenue d'ajouter d'autres indications, comme notamment les délais de distance, la possibilité de former des recours gracieux et hiérarchiques facultatifs ou la possibilité de former une demande d'aide juridictionnelle. Si des indications supplémentaires sont toutefois ajoutées, ces dernières ne doivent pas faire naître d'ambiguïtés de nature à induire en erreur les destinataires des décisions dans des conditions telles qu'ils pourraient se trouver privés du droit à un recours effectif.
5. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 16 juin 2020 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est a rejeté la demande de M. B mentionnait qu'il disposait d'un délai de deux mois à compter de la notification de la décision " pour former un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privés de sécurité (CNAPS) ", précisant que ce recours était " obligatoire avant tout recours contentieux ", et que le recours contentieux pourrait être exercé auprès du tribunal administratif du lieu de résidence dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision expresse prise par la commission nationale ou de la naissance d'une décision implicite de rejet dans le délai de deux mois à compter de la date de réception du recours administratif préalable obligatoire. Cette décision lui ayant été notifiée le 19 juin 2020, le délai de deux mois pour exercer le recours administratif préalable obligatoire a commencé à courir le 24 juin 2020, compte tenu des règles de prorogation fixées à l'article 2 de l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020, et expirait le 25 août 2020. Toutefois, alors que M. B a saisi la commission locale d'un recours gracieux le 24 juin 2020, la décision du 6 juillet 2020 rejetant ce recours gracieux lui a été notifiée avec la même mention des voies et délais de recours que la première décision qu'elle confirmait, comportant ainsi une ambiguïté de nature à induire son destinataire en erreur sur les effets du recours gracieux sur le cours du délai de recours contentieux, et à faire ainsi obstacle à l'exercice de son droit à un recours contentieux effectif. Alors que M. B a exercé son recours administratif préalable obligatoire le 7 septembre 2020, dans le délai de recours mentionné dans la seconde décision, ce recours était dès lors recevable, de même que la présente requête enregistrée dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision du 9 décembre 2020. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions en annulation :
6. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, () que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée se fonde sur la mise en cause de M. B pour des faits de violence habituelle et harcèlement à l'égard de sa conjointe sur la période du 14 décembre 2002 ou 31 mai 2019, suite à la plainte déposée à son encontre par son épouse le 15 octobre 2019, de tels faits commis sur une longue période étant incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a été relaxé de ces chefs d'accusation par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Lyon du 7 octobre 2020, qu'il expose que les accusations portées par son épouse ont été formulées dans un contexte de séparation très conflictuelle, et qu'il établit avoir d'ailleurs déposé lui-même dans ce contexte une main courante le 11 octobre 2019, quelques jours avant la plainte de son épouse le 15 octobre, pour déclarer qu'elle était suivie en psychiatrie, qu'elle mentait sans arrêt et inventait des histoires de violence et menaces contre elle, et qu'il craignait qu'elle ne vienne déposer des plaintes contre lui pour des faits non fondés, puis avoir déposé plainte le 15 octobre 2019 contre son beau-frère pour menaces de mort, et avoir enfin déposé une main courante le 16 octobre 2019 pour signaler qu'il quittait le domicile conjugal pour éviter les problèmes. Il produit par ailleurs à l'instance de nombreuses attestations de ses employeurs attestant de son comportement irréprochable en service. En défense, le CNAPS soutient sans l'établir que M. B aurait admis une partie des faits qui lui sont reprochés, alors que leur seule mention au fichier TAJ ne suffit pas à établir leur véracité, et n'apporte en défense aucun élément de nature à accréditer la matérialité des griefs sur lesquels il a fondé la décision contestée, ni aucun autre élément de nature à justifier cette décision. Ni ces éléments, ni les autres pièces du dossier ne permettent de regarder comme étant établie la réalité du comportement de M. B reproché par le CNAPS pour lui refuser le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision du 9 décembre 2020 lui refusant le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée est entachée d'une erreur d'appréciation de son comportement au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du 9 décembre 2020.
Sur les conclusions en injonction :
9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le CNAPS délivre une carte professionnelle d'agent privé de sécurité à M. B, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait le concernant. Il sera enjoint au directeur général du CNAPS de procéder à une telle délivrance dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du CNAPS, partie perdante dans la présente instance, le versement à M. B d'une somme de 1 400 euros au titre des frais de l'instance
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 9 décembre 2020 par laquelle le CNAPS a refusé le renouvellement de la carte professionnelle de M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur général du CNAPS de délivrer à M. B une carte professionnelle d'agent privé de sécurité, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le CNAPS versera à M. B une somme de 1400 (mille quatre cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Flechet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
J. Segado
L'assesseur le plus ancien,
L. DelahayeLe président-rapporteur,
J. Segado
L'assesseur le plus ancien,
L. Delahaye
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026