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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2101169

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2101169

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2101169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL CABINET CHAMPAUZAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 février et 18 juin 2021, la SCI Résidence du Bac, représentée par la SELARL Champauzac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2020 par lequel le maire de Ruoms (Ardèche) a refusé de proroger la durée de validité du permis de construire délivré le 15 février 2017 pour la réalisation d'un immeuble de sept logements et celle du permis de construire modificatif délivré le 6 juin 2017 pour le même projet, ensemble la décision du 22 décembre 2020 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Ruoms de lui accorder la prorogation sollicitée dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge la commune de Ruoms la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- la décision attaquée doit être regardée comme superfétatoire ou inexistante, la durée de validité initiale des permis de construire en cause, de trois années, n'ayant pas expiré à la date de l'acte critiqué ; en application de l'article R. 424-19 du code de l'urbanisme, les deux permis de construire ayant fait l'objet d'une action contentieuse devant la juridiction administrative, la durée de validité de ces autorisations d'urbanisme a été suspendue jusqu'au 20 février 2020, date à laquelle l'arrêt de la cour du 19 décembre 2019 est devenu définitif ; par ailleurs, en application de l'article R. 424-20 du code de l'urbanisme, les travaux de construction ou d'aménagement ne peuvent pas être entrepris avant l'exécution des opérations d'archéologie préventive, lesquelles n'ont pas encore été entamées ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dans l'application de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme dès lors que le maire ne pouvait refuser la prorogation sollicitée, aucun changement dans les règles d'urbanisme applicables au territoire communal n'étant survenu ;

- le motif de refus fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que la parcelle d'assiette du projet comprend une borne à incendie ;

- ce motif est entaché d'erreur de droit, ce point ayant été purgé par la délivrance de l'autorisation d'urbanisme ;

- la décision de rejet de son recours gracieux est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet a été déposé en tenant compte d'un hydrant ayant une capacité de débit de 80 m3 / h ;

- le motif opposé par la décision de rejet du recours gracieux tenant à la méconnaissance de l'article R. 417-9 du code de la route est entaché d'erreur de droit, ce point ayant été purgé par la délivrance de l'autorisation d'urbanisme ;

- ce même motif est entaché d'erreur d'appréciation ;

- le motif opposé par la décision de rejet du recours gracieux tenant à l'incohérence au regard du plan vigipirate est entaché d'erreur de droit ; en tout état de cause, la question de la localisation des places de stationnement a été purgée par la délivrance de l'autorisation d'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 3 mai 2021, la commune de Ruoms, représentée par Me Lamamra, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée a un caractère superfétatoire et ne fait donc pas grief ;

- au motif de la décision attaquée doit être substitué celui tiré de l'évolution défavorable des règles locales d'urbanisme applicables en matière d'implantation des construction au regard des voies et emprises publiques.

Par lettre du 5 janvier 2023, le tribunal a informé les parties de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le maire de Ruoms pour rejeter la demande de seconde prorogation de la durée de validité du permis de construire délivré le 15 février 2017 et du permis de construire modificatif délivré le 6 juin 2017, le délai de validité supplémentaire d'un an accordé par le premier arrêté de prorogation n'ayant pas commencé à courir à la date de la demande de la seconde prorogation.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A B,

- les conclusions de Mme Marie Monteiro, rapporteure publique,

- les observations de Me Lavisse, substituant Me Champauzac, représentant la SCI Résidence du Bac.

Une note en délibéré, enregistrée le 13 janvier 2023, a été produite pour la société Résidence du Bac.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Résidence du Bac a déposé le 5 décembre 2016 une demande de permis de construire portant sur la réalisation d'un immeuble collectif de sept logements sur un terrain situé sur le territoire de la commune de Ruoms. Par arrêté du 15 février 2017, le maire de Ruoms a accordé le permis de construire ainsi sollicité. Un permis de construire modificatif concernant ce projet a été accordé par arrêté du 6 juin 2017. Le 12 août 2017, un recours contentieux a été formé contre ces deux autorisations d'urbanisme, lequel a été rejeté par un jugement n° 1706379 du 15 novembre 2018, confirmé par un arrêt n° 19LY00077 de la cour administrative d'appel de Lyon du 19 décembre 2019. Sur demande de la société pétitionnaire, le maire de Ruoms a, en application de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme, accordé une prorogation d'un an de la durée de validité des autorisations d'urbanisme en cause par arrêté du 23 janvier 2020. Par arrêté du 17 novembre 2020, cette même autorité a rejeté la deuxième demande de prorogation formée par la société pétitionnaire le 12 octobre précédent. Cette dernière demande l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2020 ainsi que de la décision du 22 décembre 2020 de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

2. Aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. / (). ". L'article R. 424-19 du même code prévoit que : " En cas de recours devant la juridiction administrative contre le permis ou contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable ou de recours devant la juridiction civile en application de l'article L. 480-13, le délai de validité prévu à l'article R. 424-17 est suspendu jusqu'au prononcé d'une décision juridictionnelle irrévocable. / () ". Aux termes de l'article R. 424-20 de ce code : " Lorsque le commencement des travaux est subordonné à une autorisation ou à une procédure prévue par une autre législation, le délai de trois ans mentionné à l'article R. 424-17 court à compter de la date à laquelle les travaux peuvent commencer en application de cette législation si cette date est postérieure à la notification visée à l'article R. 424-10 ou à la date à laquelle la décision tacite est intervenue. ". Aux termes de l'article R. 424-21 du même code : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir ou la décision de non-opposition à une déclaration préalable peut être prorogé deux fois pour une durée d'un an, sur demande de son bénéficiaire si les prescriptions d'urbanisme et les servitudes administratives de tous ordres auxquelles est soumis le projet n'ont pas évolué de façon défavorable à son égard. " En vertu de l'article R. 424-22 du même code : " La demande de prorogation est établie en deux exemplaires et adressée par pli recommandé ou déposée à la mairie deux mois au moins avant l'expiration du délai de validité. ". Enfin, l'article R. 424-23 du même code précise que : " La prorogation est acquise au bénéficiaire du permis si aucune décision ne lui a été adressée dans le délai de deux mois suivant la date de l'avis de réception postal ou de la décharge de l'autorité compétente pour statuer sur la demande. La prorogation prend effet au terme de la validité de la décision initiale. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire délivré le 15 février 2017, ainsi que le permis de construire modificatif du 6 juin 2017, ont fait l'objet d'un recours en excès de pouvoir le 12 août 2017, qui a été rejeté, en dernier lieu, par l'arrêt précité de la cour administrative d'appel de Lyon du 19 décembre 2019, lequel est devenu définitif en l'absence de pourvoi en cassation. Le délai de validité initial de trois ans de ces autorisations d'urbanisme a ainsi été suspendu du 12 août 2017 au 19 décembre 2019, en application de l'article R. 424-19 précité. A supposer même que des opérations d'archéologie préventive, nécessaires sur le terrain d'assiette du projet, auraient eu une incidence sur la durée de validité initiale des autorisations d'urbanisme, en application de l'article R. 424-20 du code de l'urbanisme, cette circonstance n'aurait eu pour effet que de reporter d'autant plus la date d'expiration de cette durée de validité. Dans ces conditions, dès lors que, en application de l'article R. 424-23 précité, le délai de validité supplémentaire d'un an accordé par le premier arrêté de prorogation du 23 janvier 2020 n'avait donc pas commencé à courir à la date de la demande de la seconde prorogation, présentée le 12 octobre 2020, le maire était tenu de rejeter cette demande. Par suite, en raison de cette compétence liée du maire, les moyens soulevés par la société Résidence du Bac contre la décision attaquée de refus de seconde prorogation sont inopérants.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2020 et de la décision du 22 décembre 2020 de rejet du recours gracieux présentées par la société Résidence du Bac doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que la société Résidence du Bac demande au titre des frais qu'elle a exposés soit mise à la charge de la commune de Ruoms, qui n'est pas partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Résidence du Bac le versement de la somme demandée par la commune de Ruoms sur le même fondement.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Résidence du Bac est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Ruoms au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Résidence du Bac et à la commune de Ruoms.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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