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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2101481

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2101481

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2101481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2021, Mme B D épouse C, représentée par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2021 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de faire droit à sa demande de regroupement familial, ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien et les dispositions de l'article R. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait sur ses conditions de logement et de ressources ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 17 mai 2022, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tocut, rapporteure,

- et les observations de Me Bescou, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, né le 14 mai 1982, de nationalité algérienne, a sollicité le regroupement familial au bénéfice de son époux le 22 mai 2018. Par une décision du 19 janvier 2021, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de faire droit à sa demande.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme F A, cheffe du bureau des examens spécialisés, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône en date du 2 décembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : () / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. ". L'article R. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, dont les dispositions, compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien susvisées, sont applicables aux ressortissants algériens, dispose : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : /- cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ".

4. Il résulte de la combinaison des stipulations précitées de l'accord franco-algérien et des dispositions des articles R. 411-4 et R. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. Toutefois, si ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours loisible au préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour estimer que les ressources de Mme C étaient insuffisantes au regard de ces dispositions, le préfet du Rhône a tenu compte de ses revenus perçus entre les mois de mai 2018 et mai 2019, ainsi qu'entre les mois de janvier et décembre 2019. Or, Mme C n'a produit à l'instance aucun bulletin de salaire au titre de l'année 2018, son avis d'imposition au titre de cette année faisant apparaître un montant total de revenus inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), ni aucun bulletin de salaire ni avis d'imposition au titre de l'année 2019 à l'exception de ses bulletins de salaire du mois de décembre 2019. Si elle se prévaut de ses bulletins de salaire relatifs à l'année 2020, qui font effectivement apparaître un revenu mensuel supérieur au SMIC sur la moyenne des douze mois de l'année, il résulte de l'examen de ces bulletins de salaire que si Mme C a perçu, au cours de l'année 2020, des revenus mensuels parfois nettement supérieurs au SMIC, en revanche, à partir du mois d'août 2020, son salaire mensuel était de nouveau inférieur au SMIC, et ce jusqu'au mois de décembre 2020 inclus. Ainsi, Mme C ne justifie pas qu'à la date de la décision attaquée, ses ressources étaient stables et suffisantes au sens et pour l'application de l'article 4 de l'accord franco-algérien. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 4 de l'accord franco-algérien ou est entachée d'erreur de fait quant au montant de ses revenus.

6. En troisième lieu, l'article R. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions, compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien susvisées, sont applicables aux ressortissants algériens, dispose : " Pour l'application du 2° de l'article L. 411-5, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / - en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m2 par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / - en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m2 par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / - en zone C : 28 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m2 par personne supplémentaire au-delà de huit personnes. () ". Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Rhône n'a pas considéré que le logement de Mme C était d'une dimension insuffisante pour accueillir son époux, et n'a pas refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial pour un motif lié à son logement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Il ressort des pièces du dossier que Mme C est mariée depuis le 22 décembre 2017, son époux résidant en Algérie alors qu'elle réside en France au moins depuis l'année 2006, date de naissance de son fils issu d'une précédente union. Si elle se prévaut de la durée de séparation d'avec son époux, elle ne produit aucun élément relatif à leur relation, notamment aucun justificatif de visites qu'elle lui rendrait, ou de leurs échanges à distance, ni aucune attestation de leurs proches. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra ainsi être écarté.

8. Il résulte de tout de ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête y compris celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

C. Tocut

Le président,

M. E

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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