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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102002

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102002

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantWECKERLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2021, M. B C, représenté par Me Weckerlin demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire un point pour une infraction au code de la route commise le 16 septembre 2016, un point pour une infraction au code de la route commise le 28 février 2017, un point pour une infraction au code de la route commise le 13 août 2017, trois points pour une infraction au code de la route commise le 4 octobre 2017, deux points pour une infraction au code de la route commise le 9 août 2017, trois points pour une infraction au code de la route commise le 28 février 2020, ensemble la décision référencée " 48 SI " du 19 février 2021 par laquelle le ministre a retiré trois points de son permis de conduire à la suite d'une infraction le 28 février 2020, l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui restituer son titre de conduite doté des points illégalement retirés dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a jamais reçu notification régulière des décisions portant retrait de points ;

- il n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut d'une part, au non-lieu à statuer partiel concernant la décision " 48 SI " du 19 février 2021 en tant qu'elle invalide le permis de conduire du requérant, les décisions de retrait de point consécutives aux infractions du 28 février 2020 commises à 7 h 20 et 7 h 21 et la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 28 février 2017, d'autre part, au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les mentions afférentes aux infractions du 28 février 2020 et à la décision " 48 SI " du 19 février 2021 ont été supprimées du relevé d'information intégral de M. C de sorte que l'administration est réputée avoir retiré ces décisions ;

- le point retiré consécutivement à l'infraction du 28 février 2017 lui a été restitué le 5 mars 2018 ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément, président de la quatrième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732--1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. A, magistrat-désigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a commis une série d'infractions les 16 septembre 2016, 28 février 2017, 13 août 2017, 4 octobre 2017, 9 août 2017 et 28 février 2020. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 19 février 2021, suite à une infraction commise le 28 février 2020 ayant entrainé le retrait de trois points de son permis de conduire, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de ce permis. Par la présente requête, M C saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral produit en défense, que le point retiré consécutivement à l'infraction commise le 28 février 2017 a été restitué au requérant antérieurement à l'introduction de la requête, le 5 mars 2018. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de points consécutive à cette infraction sont irrecevables.

3. D'autre part, les décisions portant respectivement retrait de deux fois trois points, consécutives aux infractions commises le 28 février 2020 à 7h20 et 7h21, ainsi que la décision ministérielle référencée " 48 SI " du 19 février 2021, portant invalidation du permis de conduire de M. C n'apparaissent plus sur le relevé d'information intégral de l'intéressé édité le 29 juin 2021. Ainsi, l'administration doit être regardée comme ayant, postérieurement à l'introduction de la requête, procédé au retrait de ces décisions. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions du 28 février 2020 et de la décision référencée " 48 SI " du 19 février 2021 en tant qu'elle invalide le permis de conduire du requérant sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu pour le tribunal de se prononcer sur la légalité des décisions portant retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 16 septembre 2016, 13 août 2017, 4 octobre 2017 et 9 août 2017.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions :

5. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative ; que la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. C ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Ainsi, le moyen est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

6. En application des dispositions de l'article L. 222-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de point et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

7. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie, et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. C soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 16 septembre 2016, 13 août 2017, 4 octobre 2017 et 9 août 2017.

S'agissant des infractions commises les 16 septembre 2016, 9 août 2017 et 13 août 2017 :

8. Si le ministre produit un modèle d'avis de contravention, établi pour les infractions constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télé-transmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé, comportant l'ensemble des informations requises par le code de la route, l'administration n'apporte toutefois pas la preuve que M. C aurait été destinataire, concernant chacune de ces infractions, d'un avis de contravention comportant lesdites informations. Par ailleurs, le ministre produit un modèle de titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des informations requises par le code de la route. S'il se prévaut des mentions du relevé d'information intégral de l'intéressé pour attester de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée afférent à ces infractions relevées par radar automatique, il n'établit pas, à défaut de le produire à l'instance, que le formulaire d'amende forfaitaire majorée dont M. C a été destinataire était conforme à ce modèle. S'agissant de l'infraction commise le 9 août 2017, le ministre produit un avis de passage avisé le 28 février 2018 retourné avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Toutefois, l'administration n'établit pas que ce pli contenait le titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée afférent à cette infraction relevée par radar automatique, ni que le requérant, qui le conteste, en a effectivement été rendu destinataire. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que M. C aurait reçu l'ensemble de ces informations à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Dans ces conditions, l'administration ne peut être regardée comme ayant satisfait à son obligation d'information du contrevenant. Par suite, M. C est fondé à soutenir que les décisions de retraits de points relatives aux infractions susmentionnées ont été prises au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

S'agissant de l'infraction commise le 4 octobre 2017 :

9. Aux termes du II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale : " Sans préjudice de l'article R. 249-9, le procès-verbal peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique. ". En vertu des articles A. 37-1 et suivants du même code, lorsque le procès-verbal de constatation de l'infraction est dressé avec un appareil électronique sécurisé permettant de dresser un procès-verbal dématérialisé, il est adressé, par voie postale au domicile du contrevenant, un avis de contravention et une notice de paiement. L'avis de contravention adressé par voie postale au contrevenant comporte les informations requises par les dispositions L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

11. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 4 octobre 2017 qui a entraîné le retrait de trois points, a été constatée par l'établissement d'un procès-verbal électronique. Le ministre produit une copie du procès-verbal se rapportant à cette infraction, lequel revêt la signature de M. C, précise la qualification de l'infraction et comporte en annexe la mention selon laquelle un retrait de points est prévu. Ce procès-verbal comporte, en outre, la mention de l'existence d'un traitement automatisé des points, de la possibilité pour l'intéressée d'exercer un droit d'accès et de rectification et de ce que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme s'étant acquitté de l'obligation qui lui incombe de fournir les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur lui a retiré un total de quatre points suites aux infractions commises les 16 septembre 2016, 9 août 2017 et 13 août 2017.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

14. Eu égard aux motifs du présent jugement, il doit être enjoint au ministre de l'intérieur, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, de recréditer le permis de conduire de M. C des points illégalement retirés à la suite des infractions commises les 16 septembre 2016, 9 août 2017 et 13 août 2017. Il lui sera imparti à cet effet un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'Etat au titre des frais exposés par M C et non compris dans les dépens au sens des dispositions précitées.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions du 28 février 2020 à 7h20 et 7h21 et de la décision " 48 SI " du 19 février 2021.

Article 2 : Les décisions portant retrait d'un point pour une infraction au code de la route commise le 16 septembre 2016, de deux points pour une infraction au code de la route commise le 9 août 2017 et d'un point pour une infraction au code de la route commise le 13 août 2017 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M C les points illégalement retiré à la suite des infractions mentionnées à l'article 2, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis, et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le magistrat désigné

M. A

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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