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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102097

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102097

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantWECKERLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2021, Mme C A, représentée par Me Weckerlin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire un point pour une infraction au code de la route commise le 28 avril 2013, quatre points pour une infraction au code de la route commise le 17 août 2015, un point pour une infraction au code de la route commise le 28 mai 2016, un point pour une infraction au code de la route commise le 2 avril 2017, quatre points pour une infraction au code de la route commise le 13 septembre 2020, ensemble la décision du 26 février 2021 référencée " 48 SI " par laquelle le ministre a retiré un point de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 3 décembre 2020, l'a informée de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer la validité de son permis de conduire, en le dotant d'un capital de douze points, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions procédant aux retraits de points de son permis de conduire ne lui ont pas été notifiées ;

- elle n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- elle n'a pas souvenance d'avoir payé les amendes correspondantes de sorte que la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré du défaut de notification est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par courrier du 12 mai 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant retrait d'un point à la suite de l'infraction commise le 2 avril 2017.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément, président de la quatrième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. B, magistrat-désigné.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a commis une série d'infractions les 28 avril 2013, 17 août 2015, 28 mai 2016, 2 avril 2017 et 13 septembre 2020. Par une décision du 26 février 2021 référencée " 48 SI ", suite à une infraction commise le 3 décembre 2020 ayant entrainé le retrait d'un point de son permis de conduire, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de ce permis. Mme A saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral, que le point retiré suite à l'infraction commise le 2 avril 2017 a été restitué à Mme A le 5 novembre 2017. Eu égard à cette restitution, intervenue à une date antérieure à celle de l'introduction de la requête, les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de point consécutive à cette infraction sont irrecevables.

3. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu pour le tribunal de se prononcer sur la légalité des décisions portant retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 28 avril 2013, 17 août 2015, 28 mai 2016, 13 septembre et 3 décembre 2020.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Mme A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. En application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

6. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

7. Mme A soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 28 avril 2013, 17 août 2015, 28 mai 2016, 13 septembre et 3 décembre 2020.

S'agissant des infractions commises les 28 avril 2013, 28 mai 2016 et 3 décembre 2020 :

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral de la requérante, que cette dernière a payé les amendes forfaitaires relatives aux infractions commises les 28 avril 2013, 28 mai 2016 et 3 décembre 2020 relevées par radar automatique, ainsi que le prouvent les mentions " tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) ". Il découle de cette seule constatation que la requérante a nécessairement reçu les avis de contravention afférents à ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressée n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. La requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre a retiré au total trois points de son permis de conduire à la suite de ces infractions auraient été prises au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant des infractions commises les 17 août 2015 et 13 septembre 2020 :

9. Aux termes du II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale : " Sans préjudice de l'article R. 249-9, le procès-verbal peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique. ". En vertu des articles A. 37 1 et suivants du même code, lorsque le procès-verbal de constatation de l'infraction est dressé avec un appareil électronique sécurisé permettant de dresser un procès-verbal dématérialisé, il est adressé, par voie postale au domicile du contrevenant, un avis de contravention et une notice de paiement. L'avis de contravention adressé par voie postale au contrevenant comporte les informations requises par les dispositions L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral, que Mme A s'est acquittée, les 2 septembre 2015 et 19 octobre 2020 des amendes forfaitaires relatives aux infractions du 17 août 2015 et du 13 septembre 2020. Eu égard à la date de ces infractions, lesquelles ont été constatées au moyen d'un appareil électronique sécurisé. En application des dispositions susmentionnées du code de procédure pénale, Mme A doit être regardée comme ayant nécessairement reçu à son domicile les avis de contravention afférents à ces infractions. Eu égard aux mentions dont ces avis de contravention doivent être revêtus, il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers elle de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement des amendes forfaitaires, les informations requises en vertu des dispositions des articles L 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dès lors qu'elle ne démontre pas avoir été destinataire d'avis inexacts ou incomplets, la preuve du respect par l'administration de son obligation d'information préalable doit être regardée comme apportée.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

11. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points dont est affecté le permis de conduire est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. Il résulte du même article que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive.

12. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

13. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier que Mme A a réglé les amendes forfaitaires correspondant aux infractions commises les 28 avril 2013, 17 août 2015, 28 mai 2016, 13 septembre et 3 décembre 2020. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressée de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 28 avril 2013, 17 août 2015, 28 mai 2016, 13 septembre et 3 décembre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022

Le magistrat désigné

M. B

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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