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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102120

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102120

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantALLALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 mars 2021, 30 mai 2021, 6 octobre 2021, 24 février 2022 et 30 mars 2022, M. C A B, représenté par Me Allala, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 décembre 2019 par laquelle l'Agence de services et de paiement lui a refusé le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2019, la décision du 1er février 2021 par laquelle l'Agence de services et de paiement lui a refusé le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2020 ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'Agence de services et de paiement de lui accorder le bénéfice du chèque énergie pour les années 2019 et 2020, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il remplit les conditions pour bénéficier du chèque énergie au titre des années 2019 et 2020.

Par des mémoires en défense, enregistré les 9 février 2022 et 5 avril 2022, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors, d'une part, qu'elle ne comporte pas les décisions des 19 décembre 2019 et 1er février 2021 portant rejet du chèque énergie au titre des années 2019 et 2020, d'autre part, elle a été enregistrée après l'expiration du délai de recours contentieux et enfin, ses conclusions indemnitaires n'ont pas été précédées d'une liaison préalable du contentieux ;

- à titre subsidiaire, le moyen invoqué n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'énergie ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gagey, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gagey, première conseillère,

- et les observations de Me Allala, représentant le requérant.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B s'est vu refuser, par une décision du 19 décembre 2019 de l'Agence de services et de paiement, le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2019. Par une décision du 1er février 2021, l'Agence de services et de paiement a refusé à M. A B le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2020. Par un courrier du 16 janvier 2021, M. A B a formé un recours contre le refus de l'Agence de services et de paiement de lui faire bénéficier du chèque énergie 2019 et 2020, formalisé par les décisions des 19 décembre 2019 et 1er février 2021. Ce recours a été implicitement rejeté. M. A B doit être regardé comme demandant, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation des décisions des 19 décembre 2019 et 1er février 2021 ainsi que de la décision implicite rejetant son recours du 16 janvier 2021.

Sur la recevabilité :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit à peine d'irrecevabilité être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué, ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date du dépôt de la réclamation. ".

3. Contrairement à ce qu'affirme l'Agence de services et de paiement, la requête était accompagnée de la copie du recours formé par M. A B le 16 janvier 2021 à l'encontre du refus de lui faire bénéficier du chèque énergie 2019 et 2020. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que M. A B aurait été destinataire des décisions des 19 décembre 2019 et 1er février 2021, qui ont, quant à elles, été produites par l'Agence de services et de paiement en défense. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tiré du défaut de production des décisions attaquées doit être écartée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

5. Si l'Agence de services et de paiement oppose la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, elle ne produit toutefois aucun élément permettant d'établir la date de notification des décisions attaquées. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.

6. Enfin, M. A B a abandonné, en cours d'instance, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Agence de services et paiement à des dommages et intérêts. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de liaison préalable du contentieux ne peut qu'être écartée.

Sur le droit de M. A B au bénéfice du chèque énergie :

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'attribution du chèque énergie, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

8. Aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'énergie : " Le chèque énergie est un titre spécial de paiement permettant aux ménages dont le revenu fiscal de référence est, compte tenu de la composition du ménage, inférieur à un plafond d'acquitter tout ou partie du montant des dépenses d'énergie relatives à leur logement ou des dépenses qu'ils assument pour l'amélioration de la qualité environnementale ou la capacité de maîtrise de la consommation d'énergie de ce logement comprises parmi celles mentionnées à l'article 200 quater du code général des impôts. Le chèque énergie est émis et attribué à ses bénéficiaires par l'agence de services et de paiement mentionnée à l'article L. 313-1 du code rural et de la pêche maritime, qui en assure le remboursement aux personnes et organismes définis par décret en Conseil d'Etat (). L'administration fiscale constitue un fichier établissant une liste des personnes remplissant les conditions prévues au premier alinéa du présent article et comportant les éléments nécessaires au calcul du montant de l'aide dont elles peuvent bénéficier. Ce fichier est transmis à l'Agence de services et de paiement afin de lui permettre d'adresser aux intéressés le chèque énergie. L'agence préserve la confidentialité des informations qui lui sont transmises. ". Aux termes de l'article R. 124-1 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu fiscal de référence annuel par unité de consommation est inférieur à 7 700 euros, au titre de leur résidence principale 5 (). Ce montant peut être réévalué par arrêté des ministres chargés de l'économie et de l'énergie. / Au sens du présent chapitre, le ménage désigne une ou plusieurs personnes physiques qui ont, au 1er janvier de l'année de l'imposition, la disposition ou la jouissance d'un local imposable à la taxe d'habitation prévue à l'article 1407 du code général des impôts. Le revenu fiscal de référence du ménage est la somme des revenus fiscaux de référence des contribuables ayant la disposition ou la jouissance du local. La première ou seule personne du ménage constitue une unité de consommation. La deuxième personne est prise en compte pour 0,5 unité de consommation. Chaque personne supplémentaire est prise en compte pour 0,3 unité de consommation. (). ". L'article R. 124-3 du même code, dans sa rédaction applicable, prévoit une valeur faciale de 144 euros pour une unité de consommation ayant un revenu fiscal de référence inférieur à 5 600 euros.

9. Il résulte de l'instruction, et en particulier de l'avis d'impôt de M. A B sur les revenus de l'année 2017, que M. A B, qui vit seul, justifie d'un revenu fiscal de référence de 121 euros. En outre, il résulte de l'avis d'impôt de M. A B sur les revenus de l'année 2018, qu'il est dans la même situation et justifie d'un revenu fiscal de référence de 0 euros. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. A B réside dans un logement soumis à la taxe d'habitation. Dans ces conditions, c'est à tort que l'Agence de services et de paiement a refusé d'attribuer à M. A B le bénéfice du chèque énergie au titre des années 2019 et 2020.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A B est fondé à demander l'annulation des décisions des 19 décembre 2019 et 1er février 2021 lui refusant le bénéfice du chèque énergie au titre des années 2019 et 2020 ainsi que la décision implicite rejetant son recours du 16 janvier 2021. Compte tenu des dispositions citées au point 8, et eu égard à sa situation, M. A B a droit au chèque énergie au titre de l'année 2019 pour un montant de 144 euros et au chèque énergie au titre de l'année 2020 pour un montant de 144 euros.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 19 décembre 2019 et 1er février 2021 par lesquelles l'Agence de services et de paiement a refusé à M. A B le bénéfice du chèque énergie au titre des années 2019 et 2020 ainsi que la décision implicite rejetant son recours du 16 janvier 2021 sont annulées.

Article 2 : M. A B a droit au chèque énergie au titre de l'année 2019 pour un montant de 144 euros.

Article 3 : M. A B a droit au chèque énergie au titre de l'année 2020 pour un montant de 144 euros.

Article 4 : L'Agence de services et de paiement versera à M. A B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, l'Agence de services et de paiement et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La magistrate désignée,

N. Gagey La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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