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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102302

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102302

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 1er avril 2021 et le 12 janvier 2023, Mme B C, représentée par Me Couderc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé oralement d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui fixer, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un nouveau rendez-vous sous quinze jours et de lui remettre à cette occasion un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une personne incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du recours exclusif à la dématérialisation pour la prise de rendez-vous en préfecture ;

- elle est entachée de discrimination à raison de sa nationalité étrangère et du fondement sur lequel est présentée la demande de titre de séjour.

Le préfet du Rhône a produit une pièce le 6 septembre 2021.

Par une décision du 6 mai 2021, la demande d'aide juridictionnelle de Mme C a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,

- et les observations de Me Lefevre, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante kosovare, a sollicité, le 17 novembre 2020, un rendez-vous auprès des services de la préfecture du Rhône pour déposer une première demande de titre de séjour. Par un courriel du 24 novembre 2020, les services de la préfecture lui ont fixé un rendez-vous au 9 mars 2021 à 14 heures. Elle demande l'annulation de la décision du 9 mars 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé oralement d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour en application de l'article L. 311-3, est tenu de se présenter, à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient. (). ". Aux termes de l'article R. 311-4 du même code : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. (). ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

4. Mme C soutient qu'elle avait pris un rendez-vous en ligne pour déposer une demande de titre de séjour de plein droit et que l'agent du guichet du service des étrangers de la préfecture du Rhône qui l'a reçue le 9 mars 2021 a refusé d'enregistrer sa demande au motif qu'elle souhaitait régulariser sa situation administrative au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Le préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 29 juin 2021, est réputé, en application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, avoir acquiescé aux faits tels qu'ils sont ainsi présentés par Mme C. Or il ne ressort pas des pièces du dossier, que le dossier présenté par Mme C à l'appui de sa demande de titre de séjour serait incomplet, ni que sa demande présenterait un caractère dilatoire. Par suite, en refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour le 9 mars 2021 et de lui en délivrer récépissé, le préfet du Rhône a méconnu les dispositions de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle attaque, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement de prescrire à la préfète du Rhône d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme C, dans la mesure où cette dernière l'aura déposée au guichet de la préfecture, et de délivrer à l'intéressée un récépissé de demande de titre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

7. La demande d'aide juridictionnelle de Mme C a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 mai 2021. Par suite, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : la décision du 9 mars 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé oralement d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme C et de lui délivrer un récépissé de demande de titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Couderc.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

C. Michel

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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