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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102314

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102314

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2021, M. B, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande enregistrée le 24 avril 2019 sollicitant le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son épouse dans un délai de trente jours suivant la notification du présent jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de trente jours suivant la notification du présent jugement ;

3°) de condamner l'État à lui verser une somme de 5 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices subis du fait du refus illégal d'accorder le regroupement familial à son épouse ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est dépourvue de motivation, le préfet ayant refusé de communiquer les motifs de la décision implicite de refus malgré la demande qui lui en a été faite par courrier du 19 février 2021 reçu le 25 février 2021, en méconnaissance de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- en refusant d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son épouse, alors qu'ils remplissent toutes les conditions fixées par les dispositions des articles L. 411-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur d'appréciation et méconnu ces dispositions ;

- l'illégalité de la décision de refus de regroupement familial constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- l'État doit être condamné à lui verser une somme en réparation des troubles dans les conditions d'existence subis du fait du refus illégal de regroupement familial, en ce que la famille se trouve dans une situation complexe du fait de l'impossibilité pour son épouse de travailler à temps plein, des difficultés administratives liées à la précarité de la situation de son épouse et de l'impossibilité pour son épouse de voyager, à hauteur de 5 000 euros.

Le préfet du Rhône a transmis au tribunal le 1er août 2022 le courrier du 12 juillet 2021 par lequel il a informé M. A de sa décision de réserver une suite favorable à la demande d'admission au séjour de son épouse au titre du regroupement familial.

Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains ;

- l'arrêté du 1er août 2014 pris en application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant chinois né le 17 mai 1973, a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, par une demande enregistrée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 24 avril 2019. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision de rejet, en application des dispositions de l'article R. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, le 24 octobre 2019. M. A a sollicité la communication des motifs de cette décision implicite de refus, ainsi que l'indemnisation du préjudice subi du fait de l'illégalité de cette décision, par un courrier du 19 février 2021 reçu le 25 février suivant. Par sa requête, M. A sollicite l'annulation de la décision implicite de refus opposée à sa demande de regroupement familial ainsi que l'indemnisation des préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Il résulte de l'instruction qu'en cours d'instance, par une décision du 12 juillet 2021, le préfet du Rhône a fait droit à la demande de regroupement familial présentée par M. A, en admettant son épouse au séjour en France au titre du regroupement familial. Cette décision a pour effet, implicitement mais nécessairement, de retirer la décision implicite de refus contestée. Les conclusions aux fins d'annulation de la requête ont dès lors perdu leur objet.

3. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation, ni par voie de conséquence sur les conclusions à fin d'injonction qui y sont liées, de la requête de M. A.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

4. M. A soutient avoir subi un préjudice du fait de l'illégalité de la décision refusant d'accorder le regroupement familial au bénéfice de son épouse, en ce que la famille s'est trouvée dans une situation compliquée du fait de l'impossibilité pour son épouse de travailler à temps plein, des difficultés administratives liées à l'absence de détention d'un titre de séjour et de l'impossibilité de voyager, qui a causé des troubles dans ses conditions d'existence.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant d'accorder le regroupement familial à l'épouse de M. A :

5. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. " Aux termes de l'article L. 411-5 de ce code : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. () Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. () ; / 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Le demandeur ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l''article L. 411-6 : " Peut être exclu du regroupement familial : / 1° Un membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; / 2° Un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; / 3° Un membre de la famille résidant en France. "

6. Aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / () / - cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; / () ". Aux termes de l'article R. 441-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, également applicable : " Pour l'application du 2° de l'article L. 411-5, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / - en zone A : 22 m2 pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m2 par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m2 par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / () / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 411-6 du même code : " Le bénéfice du regroupement familial ne peut être refusé à un ou plusieurs membres de la famille résidant sur le territoire français dans le cas où l'étranger qui réside régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 411-1 et R. 411-2 contracte mariage avec une personne de nationalité étrangère régulièrement autorisée à séjourner sur le territoire national sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'un an. Le bénéfice du droit au regroupement familial est alors accordé sans recours à la procédure d'introduction. Peuvent en bénéficier le conjoint et, le cas échéant, les enfants de moins de dix-huit ans de celui-ci résidant en France, sauf si l'un des motifs de refus ou d'exclusion mentionnés aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-5 leur est opposé. "

7. Il ressort des pièces produites par M. A que celui-ci, résidant en France depuis plusieurs années, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " entrepreneur " valable du 30 août 2018 au 29 août 2022. Il a contracté mariage en France le 7 avril 2018 avec Mme A, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 1er décembre 2017 au 30 novembre 2018, dont elle a sollicité le renouvellement. Le couple a donné naissance en France à deux enfants, en mars 2017 et en septembre 2020. M. A justifie être locataire depuis le 1er novembre 2018 à Lyon, commune classée en zone A pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation, d'un appartement de trois pièces d'une superficie de 102 mètres carrés, soit une superficie supérieure à celle requise par les dispositions de l'article R. 441-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, le requérant justifie d'une activité professionnelle en tant que gérant d'une société à responsabilité limitée de restauration immatriculée au RCS de Lyon depuis le 12 mars 2015, de laquelle il tire des revenus salariaux d'environ 2 000 euros nets mensuels, supérieurs au salaire minimum interprofessionnel de croissance. Par suite, dès lors que M. A remplit l'ensemble des conditions pour prétendre au bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, y compris celles permettant pour elle d'en bénéficier alors qu'elle réside en France, c'est en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 411-1 et suivants et R. 411-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a implicitement refusé de faire droit à sa demande.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité de l'État :

8. L'illégalité entachant la décision implicite refusant d'accorder le regroupement familial à l'épouse de M. A constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État. M. A est par suite fondé à solliciter l'indemnisation des préjudices en lien direct avec cette faute.

En ce qui concerne les préjudices indemnisables et le droit à indemnité :

9. Une période de vingt mois et demi s'est écoulée entre le refus implicite de regroupement familial, né le 29 octobre 2019 à l'expiration d'un délai de six mois à compter de l'enregistrement de la demande, et la décision du 12 juillet 2021 faisant droit à la demande de regroupement familial.

10. Le requérant fait valoir qu'il a subi des troubles dans ses conditions d'existence, en ce que la situation de la famille a été rendue compliquée du fait de l'impossibilité pour son épouse de travailler à temps plein, des difficultés administratives liées à l'absence de délivrance d'un titre de séjour à son épouse et de l'impossibilité pour elle de voyager. Il résulte de l'instruction que, durant la période d'octobre 2019 à juillet 2021, les époux A n'étaient pas physiquement séparés, puisque Mme A séjournait en France, sous couvert de récépissés de la demande de renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Ce titre de séjour et les récépissés délivrés ensuite à Mme A l'autorisaient à travailler à titre accessoire. Si M. A indique qu'il souhaitait embaucher son épouse à plein temps et que le refus implicite de regroupement familial a fait obstacle à ce projet durant près de deux ans, il n'établit pas l'existence d'un préjudice en lien direct avec le refus de regroupement familial. Quant à l'impossibilité alléguée d'acheter un bien immobilier, ni sa réalité ni le lien avec le refus de regroupement familial ne sont établis par le requérant, qui se borne à des allégations. Il en va de même des ruptures de droit aux prestations sociales familiales. L'impossibilité de voyager en Chine, alors que Mme A possède la nationalité chinoise, n'est pas davantage établie. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à solliciter la condamnation de l'État à lui verser une somme en réparation des préjudices subis du fait du refus illégal de regroupement familial.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande de regroupement familial de M. A, ni sur celles à fin d'injonction qui y sont liées, de la requête n° 2102314.

Article 2 : L'État versera une somme de 1 000 (mille) euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Deniel, première conseillère,

Mme Maubon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

La rapporteure,

G. CLe président,

H. Drouet

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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