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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102362

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102362

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantMAAMOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 avril 2021, M. A B, représenté par Me Maamouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 janvier 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités de privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui accorder le renouvellement de sa carte en qualité d'agent de sécurité privée ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée dans un délai de cinq jours à compter de la date de notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge du Conseil national des activités de sécurité privée à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le CNAPS ne pouvait consulter le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) faisant état d'une affaire classée sans suite et il a, dès lors, méconnu les dispositions de l'article 230-8 du code de procédure pénale ; la décision contestée est donc entachée d'un vice de procédure qui l'a privé d'une garantie ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article 40-29 du code de procédure pénale dès lors que :

* la saisine, par l'agent instructeur, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demande d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents, n'est pas établie ;

* le CNAPS se devait de vérifier l'inexistence de poursuites pénales à l'unique mention figurant dans le fichier TAJ ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste au regard des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2021, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2022 par une ordonnance du 26 avril 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité, le 24 septembre 2020, le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. Par une décision du 18 novembre 2020, la commission locale d'agrément et de contrôle sud-est a rejeté sa demande. L'intéressé a alors saisi, le 31 décembre suivant, la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) d'un recours administratif préalable obligatoire. Par une décision du 14 janvier 2021, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la commission nationale d'agrément et de contrôle a rejeté son recours et confirmé le rejet de sa demande tendant au renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " Les décisions administratives () d'habilitation, prévues par les dispositions législatives ou réglementaires, concernant soit des emplois publics participant à des missions de souveraineté de l'Etat, soit des emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité () peuvent être précédés d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : (.) 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

3. Aux termes de l'article 230-8 du code de procédure pénale : " Le traitement des données à caractère personnel est opéré sous le contrôle du procureur de la République territorialement compétent, qui, d'office ou à la demande de la personne concernée, ordonne qu'elles soient effacées, complétées ou rectifiées, notamment en cas de requalification judiciaire, ou qu'elles fassent l'objet d'une mention. La rectification pour requalification judiciaire est de droit. Le procureur de la République se prononce dans un délai de deux mois sur les suites qu'il convient de donner aux demandes qui lui sont adressées. La personne concernée peut former cette demande sans délai à la suite d'une décision devenue définitive de relaxe, d'acquittement, de condamnation avec dispense de peine ou dispense de mention au casier judiciaire, de non-lieu ou de classement sans suite. Dans les autres cas, la personne ne peut former sa demande, à peine d'irrecevabilité, que lorsque ne figure plus aucune mention de nature pénale dans le bulletin n° 2 de son casier judiciaire. En cas de décision de relaxe ou d'acquittement devenue définitive, les données à caractère personnel concernant les personnes mises en cause sont effacées, sauf si le procureur de la République en prescrit le maintien, auquel cas elles font l'objet d'une mention. Lorsque le procureur de la République prescrit le maintien des données à caractère personnel relatives à une personne ayant bénéficié d'une décision de relaxe ou d'acquittement devenue définitive, il en avise la personne concernée. En cas de décision de non-lieu ou de classement sans suite, les données à caractère personnel concernant les personnes mises en cause font l'objet d'une mention, sauf si le procureur de la République ordonne l'effacement des données à caractère personnel. Lorsque les données à caractère personnel relatives à la personne concernée font l'objet d'une mention, elles ne peuvent faire l'objet d'une consultation dans le cadre des enquêtes administratives prévues aux articles L. 114-1 et L. 234-1 à L. 234-3 du code de la sécurité intérieure et à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Les décisions du procureur de la République prévues au présent alinéa ordonnant le maintien ou l'effacement des données à caractère personnel ou ordonnant qu'elles fassent l'objet d'une mention sont prises pour des raisons liées à la finalité du fichier au regard de la nature ou des circonstances de commission de l'infraction ou de la personnalité de l'intéressé. " L'article R. 40-29 du même code dispose : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code ".

4. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle les informations relatives aux antécédents judiciaire de M. B ont été consultées par la commission nationale d'agrément et de contrôle, à savoir le 4 janvier 2021, aucune mention de classement sans suite ne figurait au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ). Ce fichier, qui avait été mis à jour le 6 octobre 2020, portait, au contraire, la mention " infraction (s) éligible(s) à la consultation administrative ". Ensuite, contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance qu'il a fait l'objet, le 30 juin 2020, d'un rappel à la loi pour les faits d'escroquerie commis le 12 octobre 2019, le substitut du procureur ayant décidé de ne pas " donner de suite judiciaire " à cette procédure " à la condition qu'il ne commette pas une autre infraction dans le délai d'un an ", ne fait pas obstacle à la consultation du fichier TAJ par un agent habilité, sur autorisation du ministère public. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le CNAPS a saisi, préalablement à la décision en litige, le procureur de la République par un courriel en date du 28 septembre 2020 ainsi que les services de police dans le cadre d'une demande d'enquête de moralité diligentée le 28 septembre 2020. En outre, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article 40-29 du code de procédure pénale que le CNAPS se devait de vérifier, ainsi que le soutient le requérant, l'inexistence de poursuite pénale à l'unique mention figurant sur le fichier de traitement des antécédents judiciaires. Par suite, les moyens soulevés par le requérant tirés de la méconnaissance des articles 230- 8 et R. 40-20 du code de procédure pénale doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, le 30 juin 2020, d'un rappel à la loi pour avoir commis, le 12 octobre 2019, en qualité d'auteur, des faits d'escroquerie consistant à avoir échangé l'étiquette d'une doudoune de marque Diesel contre celle d'un pull de la même marque afin de tromper l'enseigne Galerie Lafayette située à Bron pour la conduire à vendre cet article à un prix inférieur à son montant d'origine engendrant un préjudice d'un montant de cent-cinquante euros. Si le requérant conteste la matérialité des faits, il ressort des pièces produites par le CNAPS, et notamment de l'enquête de moralité, que l'intéressé a été interpellé, avec un autre client, par la sécurité du magasin, lors de leur passage en caisse, après avoir inversé les étiquettes des vêtements et qu'ils ont été placés en garde à vue, sans qu'ait d'incidence la circonstance que les faits litigieux aient donné lieu à la mise en œuvre d'une mesure alternative aux poursuites. Par suite et contrairement à ce que soutient le requérant, la décision ne repose pas sur des faits matériellement inexacts.

10. D'autre part, si ces faits revêtent un caractère isolé, il ressort des pièces du dossier qu'eu égard à la nature des agissements ainsi reprochés au requérant, à leur caractère récent et à ce qu'ils ont été commis alors que l'intéressé était titulaire d'une carte professionnelle d'agent de sécurité depuis plus de quatre ans, de tels agissements sont de nature à révéler un comportement de M. B contraire à l'honneur et à la probité et sont donc incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée. Il s'ensuit que, pour refuser le renouvellement de la carte professionnelle de l'intéressé, la Commission nationale d'agrément et de contrôle n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. B ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

11. En dernier lieu, le requérant soutient que la décision en litige emporte des conséquences disproportionnées sur sa situation financière dès lors qu'étant engagé dans une procédure de divorce, il doit s'acquitter d'une pension alimentaire mensuelle de deux-cent-quatre-vingt euros pour ses deux enfants et son épouse. Toutefois, de telles circonstances sont sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué et le requérant ne peut ainsi utilement soutenir que le CNAPS aurait commis, en raison de ces circonstances, une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 janvier 2021.

Sur les conclusions en injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions présentées à cette fin par le requérant.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

C. Collomb

Le président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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