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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102432

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102432

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2021, M. A B, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros avec intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable et capitalisation des intérêts, en réparation de ses préjudices ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de faire droit à sa demande de regroupement familial dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ; en effet, les voies et délais de recours ne peuvent lui être opposées, les mentions figurant dans l'accusé de réception de la demande de regroupement familial n'étant pas conformes aux exigences de l'article R. 421-5 du code de justice administrative ; il disposait donc d'un délai raisonnable qui doit être, dans les circonstances de l'espèce, supérieur à un an, pour introduire son recours ;

- la décision n'est pas motivée en dépit de la demande de communication des motifs, en violation de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il remplit l'ensemble des conditions fixées par les articles L. 411-1 et L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour pouvoir bénéficier du regroupement familial ;

- l'illégalité dont la décision de refus est entachée est à l'origine de troubles dans les conditions d'existence dont il est fondé à demander réparation à hauteur de 2 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2021, le préfet du Rhône fait valoir qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête dès lors qu'il a été fait droit à la demande de regroupement familial de M. B.

Par ordonnance du 7 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience publique.

Le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

1. M. A B, de nationalité tunisienne, a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, enregistrée en préfecture du Rhône le 8 février 2018. Le préfet s'étant abstenu de répondre dans le délai de six mois fixé par les dispositions de l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable, une décision implicite de refus est née, dont M. B demande l'annulation par la présente requête.

2. Il ressort des pièces produites en défense par le préfet du Rhône que, par décision du 29 avril 2021 dont il n'est pas contesté qu'elle est devenue définitive, il a été fait droit à la demande de regroupement familial de M. B. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. () 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; () ".

4. En premier lieu, au soutien de sa demande de regroupement familial, M. B a joint un contrat de location pour un appartement à Villefranche-sur-Saône, conclu pour une durée d'un mois renouvelable tacitement. Eu égard à la très courte durée du bail, il n'était pas établi, à la date de la décision en litige, que l'intéressé aurait disposé d'un logement lors de l'arrivée en France de son épouse.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 411-4 du même code : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ". Il résulte de l'instruction que, sur les douze mois précédant la demande de regroupement familial, les revenus de M. B s'élevaient à la moyenne mensuelle de 1 036 euros, inférieure à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance fixé, pour l'année 2017, à 1 151,50 euros nets, alors qu'en outre, les ressources du requérant étaient constituées exclusivement, à partir du mois de septembre 2017, de l'allocation de retour à l'emploi. Par suite, il ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes, au sens de l'article R. 411-4 précité, pour subvenir aux besoins de sa famille.

6. Il s'en suit qu'à la date de naissance de la décision implicite rejetant sa demande de regroupement familial, M. B ne remplissait pas les conditions pour en bénéficier. Par ailleurs, si la décision en litige était dépourvue de toute motivation en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, cette seule illégalité ne peut être regardée comme étant à l'origine des troubles dans les conditions d'existence occasionnés par la séparation durable entre M. B et son épouse, dont il se prévaut.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Gros, premier conseiller,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le rapporteur,

E. de Lacoste Lareymondie

Le président,

T. Besse

La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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