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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102550

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102550

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102550
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE NEYRET AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 9 avril 2021 et 12 décembre 2022, la société Béton Lyonnais, représentée par Me Neyret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° DDPP-DREAL 2021-52 du 5 mars 2021 par lequel le préfet du Rhône liquide partiellement à la date du 14 décembre 2020, à hauteur de 10 650 euros, l'astreinte administrative journalière, concernant son établissement situé au lieudit " La Rubina " à Décines-Charpieu, qu'il avait prononcée le 3 février 2020 en application de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement ;

2°) d'annuler l'arrêté n° DDPP-DREAL 2021-51 du 5 mars 2021 par lequel le préfet du Rhône liquide partiellement à la date du 14 décembre 2020, à hauteur de 6 000 euros, l'astreinte administrative journalière, concernant ce même établissement, qu'il avait prononcée le 13 août 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Béton lyonnais soutient que :

- l'astreinte du 13 août 2020, sur quoi est fondé l'arrêté n° DDPP-DREAL 2021-51 du 5 mars 2021, est contestée au contentieux ;

- elle a régularisé sa situation en déposant un dossier de cessation partielle d'activité, sans pouvoir, en raison de la crise sanitaire et des obstacles posés par la famille B, par ailleurs dépositaire de produits dangereux sur la parcelle objet de cette cessation partielle, respecter le délai d'un mois qui lui était imparti pour ce faire par la mise en demeure du 3 février 2020 ;

- elle a produit les plans des emprises, notamment des bassins de récupération des eaux industrielles, et des zones de stockage ;

- elle a réalisé l'étude acoustique.

- elle a déféré à la demande de cessation du pompage en zone de protection rapprochée du captage d'eau potable de La Rubina et déposé un dossier de création de pompages en zone de protection éloignée ;

- elle a procédé au rebouchage de la fosse de vidange ;

- elle a établi un plan précis de l'ensemble des points d'accès à la nappe phréatique ;

- le montant des sommes liquidées doit être réduit très sensiblement car le montant de l'astreinte journalière - 50 euros - ne tient pas compte de la crise sanitaire ni des jours fériés et des jours d'intempérie ;

- l'administration n'a pas délimité les zones de protection rapprochée et éloignée du captage d'eau potable de La Rubina.

Par un mémoire enregistré le 29 avril 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable par défaut de moyens, à titre subsidiaire qu'elle est infondée.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 février 2023 :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Reniez, rapporteure publique,

- et les observations de Me Neyret, pour la société Béton Lyonnais.

Considérant ce qui suit :

1. La société Béton Lyonnais exploite, sous couvert d'un récépissé de déclaration que le préfet du Rhône lui a délivré le 16 mars 1993, une installation de broyage, concassage de produits minéraux artificiels et emploi de matériel vibrant, activités relevant désormais de la rubrique 2518 de la nomenclature des installations classées, au lieu-dit La Rubina sur le territoire de la commune de Décines-Charpieu. Ces activités sont régies par un arrêté préfectoral du 24 mars 2011 portant prescriptions spéciales, tenant notamment à la surveillance des eaux souterraines, vainement contesté par la société Béton Lyonnais devant la juridiction administrative, et par l'arrêté ministériel du 26 novembre 2011 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations de fabrication de béton prêt à l'emploi soumises à déclaration. Consécutivement à un contrôle sur site réalisé le 12 juillet 2019 par l'inspection des installations classées, le préfet du Rhône a, le 7 novembre suivant, mis en demeure cette société de, notamment, cesser immédiatement d'utiliser, et de reboucher, un forage, non déclaré, situé en zone de protection rapprochée du captage d'eau potable de la Rubina, zone que cette même autorité avait instituée le 23 mars 1976. La société Béton Lyonnais a vainement contesté cette mesure devant le tribunal de céans. Suite à un nouveau contrôle réalisé le 16 décembre 2019, le même préfet a, le 3 février 2020, mis en demeure la société de régulariser sa situation administrative, définir le périmètre de son installation, rendre conforme l'exploitation des forages et piézomètres autorisés, réaliser une étude acoustique. La société se voyait concomitamment infliger une amende de 1 500 euros, pour ne pas avoir déféré à la mise en demeure du 7 novembre 2019 et était rendue redevable d'une astreinte journalière de 50 euros jusqu'à satisfaction de cette mise en demeure. Après nouvelle visite du site, le 15 mai 2020, par l'inspection des installations classées, le préfet du Rhône, par trois décisions prises le 13 août 2020, liquide partiellement l'astreinte prononcée le 3 février 2020, à hauteur de 3 950 euros, inflige à l'intéressée une nouvelle amende de 1 500 euros pour non-respect de la mise en demeure prononcée également le 3 février 2020, rend la société redevable d'une astreinte de 50 euros jusqu'à satisfaction de cette mise en demeure. Après que l'inspection des installations classées a encore visité le site, le 14 décembre 2020, le préfet du Rhône, par deux décisions prises le 5 mars 2021, d'une part, poursuit la liquidation partielle, à hauteur de 10 650 euros, de l'astreinte administrative journalière qu'il avait prononcée le 3 février 2020, d'autre part, liquide partiellement, à hauteur de 6 000 euros, l'astreinte administrative journalière prononcée le 13 août 2020. La société Béton Lyonnais, dont la demande d'annulation des trois décisions du 13 août 2020 est rejetée ce jour par le tribunal de céans, demande l'annulation des deux décisions du 5 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement /

II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : () 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée () / Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement / L'amende ne peut être prononcée au-delà d'un délai de trois ans à compter de la constatation des manquements () " ;

3. En premier lieu, l'arrêté n° DDPP-DREAL 2021-52 du 5 mars 2021 liquide à hauteur de 10 650 euros, au 14 décembre 2020, l'astreinte administrative journalière de 50 euros prononcée le 3 février 2020 par le préfet du Rhône aux fins de faire respecter, par la société requérante, la mise en demeure du 7 novembre 2019, laquelle imposait à l'intéressée, parmi autres mesures, la cessation immédiate d'utilisation d'un forage non déclaré, situé en zone de protection rapprochée du captage d'eau potable de la Rubina, le rebouchage immédiat de ce forage et celui d'une fosse d'entretien des engins et d'une cuve de récupération des huiles, la transmission, sous un mois, du plan précis des points d'accès à la nappe. Si, au 14 décembre 2020, la fosse à vidanges était rebouchée, l'inspection des installations classées, lors de cette visite de site, a encore constaté la poursuite de l'utilisation du forage, non rebouché. La société requérante, qui n'avait pas alors contesté la décision d'astreinte du 3 février 2020, base légale de la décision de liquidation en litige, ne peut pas s'exonérer de sa carence, constatée le 14 décembre 2020 et qui témoigne d'un mauvais vouloir de sa part, en se prévalant de l'obtention, début février 2021, du récépissé de dépôt d'un dossier de création d'un forage en zone de protection éloignée du captage d'eau potable de la Rubina, document réalisé par le cabinet Iddea qui confirme l'existence du forage en zone de protection rapprochée, et par la proposition de levée de la mise en demeure du 7 novembre 2019 faite le 8 avril 2022 par l'inspection des installations classées au constat du rebouchage de ce forage situé en zone de protection rapprochée. La société requérante n'est ainsi pas fondée à se plaindre de ce que le préfet du Rhône décide, par l'arrêté du 5 mars 2021 en litige, de reprendre, à partir du 16 mai 2020, la liquidation partielle de l'astreinte du 3 février 2020, cette fois-ci à hauteur de 10 650 euros, soit le produit de 50 euros, montant journalier de cette astreinte, par 213 jours compris dans la période s'étendant du 16 mai 2020 au 14 décembre 2020, date du contrôle.

4. En deuxième lieu, l'arrêté n° DDPP-DREAL 2021-51 du 5 mars 2021 liquide partiellement, à hauteur de 6 000 euros, l'astreinte administrative journalière de 50 euros que le préfet du Rhône avait prononcée le 13 août 2020 aux fins de faire respecter, par la société requérante, la mise en demeure du 3 février 2020. Le préfet imposait à l'intéressée de, sous un mois, régulariser sa situation administrative, en déclarant une cessation partielle d'activité et l'informant de la mise en place de bassins de récupération des eaux industrielles, définir le périmètre de son installation via un bornage et maintenir le site en bon état de propreté, rendre conforme l'exploitation des forages et piézomètres autorisés, et de, sous deux mois, réaliser une étude acoustique. Pour procéder à la régularisation demandée, la société requérante devait déclarer sa cessation d'activité sur la parcelle AE 248, acquise en 2001 par M. B, et sur une partie de la parcelle AE 249, l'une et l'autre supportant des habitations, déclaration estimée nécessaire par l'inspection des installations classées à l'occasion de ses visites du site des 12 juillet et 16 décembre 2019, et dont elle a relevé le manque le 15 mai 2020 puis encore le 14 décembre 2020. Face à cette carence, la société requérante, qui n'a adressé au préfet du Rhône la " notification de la cessation d'activité " prévue par l'article R. 512-66-1 du code de l'environnement que le 6 avril 2022, se borne à faite état de la crise sanitaire de 2020 et à alléguer le retard qu'aurait mis la famille B à autoriser le bureau d'études mandaté par la requérante dans le cadre de la cessation partielle d'activité à accéder à sa parcelle AE 248. Toutefois, la requérante ne justifie pas avoir entrepris en temps utile des démarches auprès de ses voisins ni que ces derniers auraient opposé à celles-ci une opposition justifiant le retard constaté. La société Béton lyonnais ne justifie pas non plus avoir transmis une étude acoustique avant le 14 décembre 2020. Dans ces conditions, et même si la société requérante indique avoir mis en place des bassins de récupération des eaux industrielles et transmis les plans demandés, à des dates d'ailleurs non précisément déterminées, elle n'est pas fondée à se plaindre de ce que le préfet du Rhône décide, par l'arrêté du 5 mars 2021 en litige, de liquider partiellement l'astreinte du 13 août 2020, à hauteur de 6 000 euros, soit le produit de 50 euros, montant journalier de cette astreinte, par 120 jours s'étant écoulés de la notification de cette décision d'astreinte au 14 décembre 2020, date du contrôle.

5. Enfin, en se bornant à alléguer que les astreintes journalières de 50 euros ne tiennent pas compte de la crise sanitaire ni des jours fériés et des jours d'intempérie, la société requérante n'établit pas que ce montant journalier, qui peut, en application de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, atteindre 1 500 euros, serait excessif, et que devraient être en conséquence abaissées les sommes mises à sa charge par les arrêtés du 5 mars 2021 en litige.

6. Il résulte de ce qui précède, sans besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que la société Béton Lyonnais n'est pas fondée à demander l'annulation des deux arrêtés préfectoraux du 5 mars 2021 qu'elle attaque.

Sur les frais de procès :

7. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, partie perdante, il ne saurait être mis à sa charge le versement des sommes réclamées par la société Béton Lyonnais, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2102550 présentée par la société Béton Lyonnais est rejetée.

Article 2nd : Le présent jugement sera notifié à la société Béton Lyonnais et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Gros, premier conseiller,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

B. A

Le président,

T. BesseLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

No 2102550

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