jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2102625 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CJA PUBLIC CHAVENT-MOUSEGHIAN-CAVROIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 9 avril et 17 décembre 2021 et le 16 février 2022 (non communiqué), Mme C F et M. A F, représentés par la SELARL BLT droit public, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Just-Saint-Rambert a délivré un permis de construire à M. A D et la décision du 8 février 2021 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Just-Saint-Rambert une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt à agir à l'encontre du permis de construire attaqué ;
- le dossier de demande de permis de construire, qui ne comprend aucune côte du terrain naturel lisible, aucun plan de coupe est-ouest du terrain et qui comporte des incohérences s'agissant de la hauteur de la construction, était incomplet et insuffisant, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- l'emprise au sol de la construction existante, comprenant l'ensemble des terrasses, l'abri de jardin et la piscine, excède le coefficient de 0,4 fixé à l'article UCa8 du règlement du plan local d'urbanisme ; la réalisation du projet aggrave la violation de cette règle, y compris en ne prenant en compte qu'une partie des terrasses ;
- le permis de construire a été obtenu par fraude.
Par deux mémoires, enregistrés le 10 septembre 2021 et le 24 janvier 2022, M. A D, représenté par la CJA public Chavent - Mouseghian - Cavrois, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en toutes hypothèses, à ce que soit mis à la charge de M. et Mme F le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, la commune de Saint-Just-Saint-Rambert, représentée par la SELARL Cabinet d'avocats Philippe Petit et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. et Mme F le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,
- et les observations de Me Thiry, représentant M. et Mme F, et G, représentant la commune de Saint-Just-Saint-Rambert et de Me Cavrois, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 septembre 2013, M. D s'est vu délivrer un permis de construire en vue de la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée AH n°452, située 7 impasse des Aubépines à Saint-Just-Saint-Rambert. Le 28 août 2020, il a déposé une demande de permis de construire en vue d'édifier une extension de la construction existante par extension de l'abri de jardin et du garage représentant une surface respectivement de 27,97 m² et 35,85 m². Le maire de Saint-Just-Saint-Rambert a délivré le permis sollicité par un arrêté du 15 octobre 2020. M. et Mme F demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision du 8 février 2021 rejetant leur recours gracieux.
Sur l'intérêt à agir des requérants :
2. L'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme subordonne l'intérêt d'une personne physique à agir contre une autorisation d'urbanisme à la condition que cette décision soit " de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ". Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme F, qui ont produit des pièces justifiant de leur qualité de propriétaires de la parcelle qui jouxte celle du pétitionnaire, sont voisins immédiats du terrain d'assiette du projet. En faisant état de la configuration des lieux et en invoquant les nuisances sonores que le projet serait susceptible d'occasionner ainsi que les préjudices de vue directe depuis leur habitation et leur terrasse, la destruction d'un espace vert d'un mètre jouxtant leur maison et le préjudice de valeur vénale en résultant, ils justifient d'un intérêt à demander l'annulation du permis de construire délivré le 15 octobre 2020. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la composition du dossier de demande de permis de construire :
4. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
5. Il ressort des plans produits par le pétitionnaire, et notamment de la coupe paysagère, que les côtes du terrain naturel comme celles du terrain rehaussé sont clairement précisées. Si les requérants soutiennent qu'en l'absence de coupe est-ouest, il était impossible au service instructeur de procéder à la vérification des règles de hauteur de construction, il ressort des documents produits par M. D, et notamment de la coupe paysagère et du plan de la façade ouest, que la hauteur de l'extension du garage est indiquée, respectivement par rapport au terrain fini à 3,05 m, et par rapport au terrain naturel à 3,17 m, et ne révèle, contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucune incohérence. Dans ces conditions, l'autorité administrative a été en mesure de porter, en connaissance de cause, son appréciation sur le respect des dispositions de l'article UCa 7 du règlement du plan local d'urbanisme imposant une hauteur maximale de 3,5 mètres par rapport au terrain naturel pour l'implantation des constructions en limite séparative. Par suite, les éléments du dossier de demande de permis de construire répondent aux exigences de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme et le moyen tiré de ce la méconnaissance de ces dispositions, doit être écarté.
En ce qui concerne le caractère frauduleux du permis de construire :
6. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le pétitionnaire aurait cherché à induire en erreur le service instructeur pour obtenir, par fraude, la délivrance du permis de construire sollicité, en omettant de mentionner dans la surface de la construction existante la piscine et le deuxième niveau de terrasse. Par ailleurs, le service instructeur disposait des informations notamment graphiques lui permettant de se prononcer en toute connaissance de cause sur la demande de permis de construire, lequel est, en tout état de cause, délivré sous réserve des droits des tiers.
En ce qui concerne la méconnaissance des règles de limitation de l'emprise au sol des constructions (article UCa9 du règlement du PLU) :
8. Aux termes de l'article DG3 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Just-Saint-Rambert : " () c) définition du Coefficient d'Emprise au Sol (CES). Le coefficient d'emprise au sol est le quotient de la surface construite au sol du terrain affecté ". Aux termes de l'article UCa9 du même règlement : " Dans l'ensemble de la zone, le coefficient d'emprise au sol est fixé à 0,4 () ".
9. Les requérants soutiennent que la surface d'emprise au sol de la construction existante de 302,53 m² telle que mentionnée dans le dossier de demande de permis de construire est erronée dès lors qu'elle ne prend pas en compte la surface des deux niveaux des terrasses, de la pergola climatique et de la piscine construits sur le terrain d'assiette du projet. Ils soutiennent que cette emprise excède en réalité la limite fixée par les dispositions précitées, soit en l'espèce, s'agissant d'une parcelle de 997 m², une emprise au sol ne pouvant dépasser 398,8 m² et que le projet aggrave la non-conformité du bâti initial à ces dispositions.
10. D'une part, le pétionnaire reconnaît dans ses écritures que, contrairement à ce qu'il a mentionné à l'occasion du dépôt de demande de permis de construite, la surface construite existante doit inclure, outre la maison d'habitation, l'abri de jardin et le garage, également la piscine, pour un total corrigé de 334,03 m² et produit à cet effet une nouvelle attestation d'emprise au sol établie le 3 septembre 2021 par le cabinet d'architectes. D'autre part, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que le premier niveau de terrasse qui borde la piscine, posé au niveau de la pelouse, doive être pris en compte dans la surface construite, il ressort de ces mêmes pièces que le deuxième niveau de terrasse, recouvert partiellement d'une pergola climatique, est construit sur une dalle béton implantée de manière sensiblement surélevée par rapport au niveau du sol, afin de corriger la pente naturelle du terrain et d'offrir une continuité de plein pied dans les abords extérieurs de la maison d'habitation. Dans ces conditions, ce second niveau de terrasse, qui ne constitue pas, contrairement à ce que soutient M. D, un simple revêtement de bois dans un objectif d'aménagement paysager, doit être comptabilisé dans la surface d'emprise au sol. Il ressort ainsi des pièces du dossier que, compte tenu de cette superficie, l'emprise au sol des constructions sur le terrain d'assiette, telles que prévues après réalisation du projet, dépasse celui autorisé par les dispositions de l'article UCa9 du règlement du PLU. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnait l'article UCa9 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Just-Saint-Rambert doit être accueilli.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme F sont seulement fondés à soutenir que l'arrêté du 15 octobre 2020 du maire de Saint-Just-Saint-Rambert et, par voie de conséquence, la décision du 8 février 2021 de rejet de recours gracieux, sont illégaux en ce qu'ils méconnaissent l'article UCa9 du règlement du plan local d'urbanisme.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
12. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. " Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que seul le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UCa 9 du règlement du plan local d'urbanisme est de nature à justifier l'annulation du permis de construire litigieux. Il résulte de l'instruction que le vice de légalité constaté est susceptible d'être régularisé par une modification du projet qui n'implique pas de lui apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme précité et de prononcer l'annulation partielle de l'arrêté du 15 octobre 2020 et de la décision du 8 février 2021 de rejet de recours gracieux, en tant qu'ils méconnaissent l'article UCa 9 du règlement du plan local d'urbanisme concernant l'emprise au sol des constructions.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 octobre 2020 du maire de Saint-Just-Saint-Rambert et la décision du 8 février 2021 de rejet de recours gracieux sont annulés en tant qu'ils méconnaissent l'article UCa9 du règlement du plan local d'urbanisme.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Saint-Just-Saint-Rambert et à M. A D.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Deniel, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
La rapporteure,
C. B
Le président,
H. Drouet
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026