jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2102651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | BOUILLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2021, et un mémoire enregistré le 10 mai 2022, Mme D E, épouse B, représentée par Me Bouillet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2019, confirmée par une décision du 19 février 2020, par laquelle le maire de Lyon a rejeté sa demande de reconnaissance d'une maladie professionnelle ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Lyon une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Mme E soutient que la détérioration de son état de santé est imputable aux montées d'escaliers répétitives dans le cadre de l'exercice de ses fonctions.
Par un mémoire enregistré le 10 mai 2022, la ville de Lyon conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que le moyen invoqué par Mme E n'est pas fondé.
Par une ordonnance du 12 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2022.
Par lettres du 3 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de substituer d'office à l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, les dispositions de 2° de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, seules en vigueur à la date de déclaration de la maladie litigieuse.
La ville de Lyon a répondu à ce moyen par un mémoire enregistré le 7 juin 2022.
Elle fait valoir que :
- le diagnostic de la maladie n'ayant été établi que par un certificat du 19 novembre 2018, postérieur aux dispositions de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017, les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, qui en sont issues, sont applicables ;
- à tout le moins, les conditions d'une substitution de base légale sont remplies.
Mme E a répondu au même moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 8 juin 2022.
Elle soutient qu'il convient de procéder à une substitution de base légale.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Lyon du 12 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;
- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Deniel, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A, représentant la ville de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, adjointe technique territoriale de la ville de Lyon exerçant les fonctions d'agent de service des écoles primaires (ASEP), a adressé à son administration un certificat médical daté du 19 novembre 2018, portant déclaration d'une maladie professionnelle constatée pour la première fois le 10 juin 2015. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du 5 novembre 2019, confirmée par une décision du 19 février 2020, par laquelle le maire de Lyon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cette maladie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 visée ci-dessus a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires un article 21 bis aux termes duquel : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / () IV. Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / () / VI. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités du congé pour invalidité temporaire imputable au service mentionné au premier alinéa et détermine ses effets sur la situation administrative des fonctionnaires. Il fixe également les obligations auxquelles les fonctionnaires demandant le bénéfice de ce congé sont tenus de se soumettre en vue, d'une part, de l'octroi ou du maintien du congé et, d'autre part, du rétablissement de leur santé, sous peine de voir réduire ou supprimer le traitement qui leur avait été conservé. / (). "
3. L'application de ces dispositions était manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 visé ci-dessus, par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017.
4. Il en résulte que les dispositions du 2° de l'article 57 de la loi du 11 janvier 1984 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 21 février 2019.
5. En outre, aux termes des dispositions transitoires figurant au deuxième alinéa de l'article 15 du décret du 10 avril 2019 : " Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 37-2 à 37-7 du décret du 30 juillet 1987 précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret. ".
6. Il résulte de ces dispositions que les conditions de forme et de délai prévues aux articles 37-1 et suivant du décret du 30 juillet 1987, dans sa rédaction issue du décret du 10 avril 2019, sont uniquement applicables aux demandes initiales de congé pour invalidité temporaire imputable au service motivées par un accident ou une maladie dont la déclaration a été déposée après cette date. Dès lors, les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 sont inapplicables à la maladie de Mme E, déclarée par un certificat daté du 19 novembre 2018, reçu par l'administration le 5 décembre suivant.
7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
8. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa rédaction antérieure à l'ordonnance du 19 janvier 2017, aux termes desquelles : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. () ". Ces dispositions peuvent être substituées à celles de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.
9. En deuxième lieu, il ressort du certificat médical établi le 19 novembre 2018 que Mme E, qui a la qualité de travailleuse handicapée, souffre de brûlures avec brides et chéloïdes du pubis et des racines des cuisses très inflammatoires, favorisées par la position debout prolongée et les montées et descentes d'escaliers, ainsi que d'un syndrome anxio-dépressif. Toutefois, le médecin agréé qui a examiné la requérante le 26 février 2019 a estimé difficile de reconnaître une maladie professionnelle. Réunie le 1er octobre 2019, la commission de réforme a émis un avis défavorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle, au motif que la pathologie, hors tableau, était sans lien direct et essentiel avec l'activité professionnelle de l'agent. Il ressort des autres pièces du dossier que la requérante, victime de graves brûlures à l'âge de cinq ans, souffre de tensions cicatricielles importantes, entraînant des douleurs et des irritations cutanées, qui se manifestent à l'occasion des activités physiques impliquant la flexion de hanche, telles que les montées d'escaliers, sans que ces activités soient la cause des maladies déclarées. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni méconnaître les dispositions du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 que le maire de Lyon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des pathologies dont Mme E est affectée. La requérante n'est par suite pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que le tribunal mette à la charge de la ville de Lyon la somme que l'avocat de Mme E réclame au titre des frais non compris dans les dépens que celle-ci aurait exposés si elle n'avait pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, épouse B, et à ville de Lyon.
Copie en sera adressée à Me Bouillet.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Chenevey, président,
M. Arnould, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
J. C
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026