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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2102755

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2102755

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2102755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOUHALASSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2021, M. C B, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 19 mars 2021 par laquelle le chef d'établissement de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas l'a placé à l'isolement à titre provisoire ;

3°) d'annuler la décision du 24 mars 2021 par laquelle la directrice de détention de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas l'a placé à l'isolement ;

4°) de mettre à la charge de de l'État au profit de son conseil une somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle par méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-73 du code de procédure pénale, dès lors que ni sa personnalité, ni son absence de dangerosité ni sa vulnérabilité particulière ni son état de santé n'ont été pris en compte ;

- il n'a pas pu présenter ses observations préalablement à la décision du 19 mars 2021 dans les conditions prévues par l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale ;

- les décisions attaquées sont disproportionnées et entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 19 mars 2021 par laquelle le chef d'établissement de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas l'a placé à l'isolement à titre provisoire ainsi que la décision du 24 mars 2021 par laquelle la directrice de détention de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas l'a placé à l'isolement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale en vigueur à la date des décisions attaquées : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. () ". L'article R. 57-7-62 du même code en vigueur à la date des décisions attaquées dispose : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. La personne détenue placée à l'isolement est seule en cellule. Elle conserve ses droits à l'information, aux visites, à la correspondance écrite et téléphonique, à l'exercice du culte et à l'utilisation de son compte nominatif. Elle ne peut participer aux promenades et activités collectives auxquelles peuvent prétendre les personnes détenues soumises au régime de détention ordinaire, sauf autorisation, pour une activité spécifique, donnée par le chef d'établissement. Toutefois, le chef d'établissement organise, dans toute la mesure du possible et en fonction de la personnalité de la personne détenue, des activités communes aux personnes détenues placées à l'isolement. La personne détenue placée à l'isolement bénéficie d'au moins une heure quotidienne de promenade à l'air libre. ". Aux termes de l'article R. 57-7-65 du même code en vigueur à la date des décisions attaquées : " En cas d'urgence, le chef d'établissement peut décider le placement provisoire à l'isolement de la personne détenue si la mesure est l'unique moyen de préserver la sécurité des personnes ou de l'établissement. Le placement provisoire ne peut excéder cinq jours. A l 'issue d'un délai de cinq jours, si aucune décision de placement à l'isolement prise dans les conditions prévues à la présente sous-section n'est intervenue, il est mis fin à l'isolement. La durée du placement provisoire à l'isolement s'impute sur la durée totale de l'isolement ". Aux termes de l'article R. 57-7-66 de ce code en vigueur à la date des décisions attaquées : " Le chef d'établissement décide de la mise à l'isolement pour une durée maximale de trois mois. Il peut renouveler la mesure une fois pour la même durée () ". L'article R. 57-7-73 de ce code en vigueur à la date des décisions attaquées prévoit enfin : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé () ".

3. Aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. Si la personne détenue ne comprend pas la langue française, les informations sont présentées par l'intermédiaire d'un interprète désigné par le chef d'établissement. Il en est de même de ses observations, si elle n'est pas en mesure de s'exprimer en langue française. Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle. Le chef d'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du ministre de la justice. La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue par le chef d'établissement. ".

4. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme F A, directrice de détention à la maison d'arrêt de Lyon Corbas, qui avait reçu délégation pour ce faire par une décision du chef d'établissement du 19 janvier 2021, publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 22 janvier 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de leur auteur doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les articles R. 57-7-62 à R. 57-7-78 du code de procédure pénale, et plus particulièrement s'agissant de la décision du 19 mars 2021 de placement à l'isolement provisoire de M. B, l'article R. 57-7-65 du même code. Elles mentionnent précisément les faits d'incitation à la participation à un mouvement collectif commis par le requérant et indiquent qu'ils mettent gravement en péril la sécurité de l'établissement. Ainsi, les décisions contestées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice de la détention de la maison d'arrêt de Lyon Corbas n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, et notamment n'aurait pas pris en compte sa personnalité, sa vulnérabilité et son état de santé.

7. En quatrième lieu, d'une part, aucune disposition législative, ni règlementaire, ni aucun principe général du droit n'oblige l'administration à recueillir les observations de l'intéressé, ni à le mettre à même de prendre connaissance de son dossier, préalablement à son placement à l'isolement provisoire. D'autre part, alors que le requérant reconnaît qu'il a été en mesure de présenter ses observations en vue de son maintien à l'isolement, il ressort des termes de la décision attaquée du 24 mars 2021, que le requérant a été informé le 20 mars 2021 de l'intention de l'administration de le placer en isolement et qu'il a présenté des observations écrites par l'intermédiaire de son avocat le 22 mars 2021 puis des observations orales le 23 mars 2021. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions contestées sont motivées par la circonstance que M. B a été identifié comme l'auteur d'une vidéo appelant les détenus au blocage des cours de promenade, qui circulait sur les réseaux sociaux. Si le requérant soutient qu'aucun trouble n'a été constaté à la suite de la mise en ligne de cette vidéo, ces faits, qu'il a au demeurant reconnus auprès d'un surveillant le 23 mars 2021, sont de nature à troubler le bon ordre et la sécurité au sein de l'établissement pénitentiaire. Par suite, les décisions l'ayant placé à l'isolement ne sont entachées d'aucune erreur d'appréciation.

9. En sixième et dernier lieu, les décisions contestées ne constituant pas une sanction mais une mesure destinée à prévenir tout incident en détention et de garantir le bon ordre au sein de l'établissement, le requérant n'est pas fondé à invoquer une éventuelle disproportion de la mesure litigieuse.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Deniel, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

C. D

Le président,

H. DrouetLa greffière,

M. E

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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