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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2103032

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2103032

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2103032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLOUVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2021, Mme A B épouse C, représentée par Me Louvier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 19 octobre 2020 par laquelle la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de regroupement familial, présentée le 14 juin 2019 au profit de sa fille E B(/F) ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de faire droit à sa demande de regroupement familial dans le délai d'un mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou subsidiairement de procéder à un nouvel examen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation au titre de l'article 4 de l'accord franco-algérien, compte tenu de l'évolution de sa situation financière postérieurement à sa demande et jusqu'à la décision ;

- le refus méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait l'article 3, 1° de la convention relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2021, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la décision peut en tout état de cause se fonder sur le motif, substitué, tiré de ce que la demande a été déposée alors que la requérante était présente en France depuis moins d'un an et ne remplissait dès lors pas cette condition posée par l'article 4 de l'accord franco-algérien ;

- pour le surplus, les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique, ensemble le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Hosni, greffière, le rapport de M. Stillmunkes, président.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, de nationalité algérienne, a demandé le 14 juin 2019 le bénéfice du regroupement familial pour sa fille E B(/F), née le 28 juillet 2002 d'un précédent mariage. Par un jugement du 17 septembre 2020, le Tribunal a annulé le refus opposé le 16 septembre 2019 par le préfet de l'Ain et lui a enjoint de réexaminer la demande. Par la décision contestée du 19 octobre 2020, la préfète de l'Ain a opposé un nouveau refus.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien susvisé : " Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1. Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance () ".

3. La préfète relève, sans être sérieusement contestée, qu'à la date de la demande la requérante n'exerçait pas d'activité professionnelle et justifiait, sur l'année précédant la demande, d'un revenu mensuel moyen de 802,73 euros, pour un minimum requis de 1 194,57 euros. S'il est vrai que les revenus de la requérante étaient ainsi, à la date de la demande, nettement insuffisants, toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, intervenue sur réexamen près d'un an et demi après la demande, la situation du couple s'était sensiblement améliorée, l'époux de la requérante justifiant d'un contrat à durée indéterminée et ayant perçu un montant moyen de plus de 1 300 euros dans l'année précédant la décision, la requérante ayant elle-même eu des activités ponctuelles pour un montant annuel moyen de plus de 400 euros dans l'année précédant la décision. Dans ces conditions, la préfète doit être regardée comme ayant entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en se fondant à nouveau sur l'insuffisance des ressources à la date de la demande, alors que sa décision intervenait dans un délai significatif après cette date et que la situation financière s'était sensiblement améliorée.

4. L'administration peut toutefois, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. La préfète de l'Ain relève, sans être contredite, que la requérante est entrée en France le 21 octobre 2018. Dès lors, sa demande a été présentée en méconnaissance de la règle de présence en France depuis au moins un an, prévue par les stipulations précitées, aucune circonstance de force majeure n'étant invoquée. Cette demande est en conséquence irrégulière, la requérante n'ayant au demeurant pas contesté cette irrégularité. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce motif. Enfin, il ne prive la requérante d'aucune garantie procédurale.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la fille de la requérante est née en Algérie et y a toujours vécu. Elle est majeure à la date de la décision. Le préfet relève sans être contredit que tous ses frères et sœurs nés du même mariage demeurent également en Algérie, où ils sont restés, alors que la requérante n'est elle-même arrivée en France que très récemment. Dans ces conditions particulières, la décision n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

7. En troisième lieu, la fille de la requérante étant devenue majeure à la date de la décision attaquée, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 3, 1° de la convention relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions afférentes à fin d'injonction et concernant les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B épouse C et à la préfète de l'Ain.

Copie en sera adressée à Me Louvier.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Stillmunkes, président,

Mme Monteiro, première conseillère,

M. Bertolo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

H. Stillmunkes

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

M. D

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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