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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2103065

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2103065

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2103065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés respectivement le 28 avril 2021 et les 11 et 31 mai 2022, M. E A D, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision du 6 juillet 2020 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est lui a refusé la délivrance d'une autorisation préalable en vue de suivre une formation aux métiers de la sécurité privée, et lui a refusé la délivrance de cette autorisation ; ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une autorisation préalable en vue de suivre une formation aux métiers de sécurité ;

3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité le versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié que les agents en charge de l'enquête administrative le concernant bénéficiaient d'une habilitation spéciale ni qu'ils étaient régulièrement désignés, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale et des dispositions de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure ;

- l'administration a également méconnu l'obligation posée par les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale de saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou de la gendarmerie avant toute décision défavorable, ainsi que le procureur de la République ;

- l'administration, qui a fondé la décision litigieuse sur des éléments non mentionnés dans son courrier en date du 6 juillet 2020, n'a pas respecté la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et il a ainsi été privé de la possibilité de formuler l'intégralité de ses observations et de produire l'intégralité des pièces nécessaires à sa défense ;

- l'administration a méconnu les dispositions des articles L 612-20 et L. 612-22 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'il n'est pas établi que sa responsabilité pénale ait été engagée, que son comportement et sa moralité sont compatibles avec l'exercice du métier d'agent de sécurité, que la décision contestée est fondée sur des considérations de fait matériellement inexactes ;

- l'administration a méconnu le principe de la présomption d'innocence.

Par un mémoires en défense et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 28 octobre 2021 et le 25 mai 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 juin 2022 par une ordonnance du 25 mai 2022.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, né le 20 août 1993, a sollicité, le 29 janvier 2020, une autorisation préalable en vue de suivre une formation aux métiers de la sécurité privée. Cette autorisation lui a été refusée par la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) par une décision du 6 juillet 2020. L'intéressé a alors saisi, le 4 septembre 2020, la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) d'un recours administratif préalable obligatoire. Par une décision du 27 octobre 2020, dont M. A D demande au tribunal de prononcer l'annulation, la commission nationale d'agrément et de contrôle a rejeté son recours tout en confirmant le rejet de sa demande d'autorisation préalable d'accès à la formation professionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents des commissions nationale et régionales d'agrément et de contrôle spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-22 du même code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées au 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20 () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 40-23 du code de procédure pénale : " Le ministre de l'intérieur (direction générale de la police nationale et direction générale de la gendarmerie nationale) est autorisé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel, dénommé "traitement d'antécédents judiciaires", dont les finalités sont celles mentionnées à l'article 230-6. ". Aux termes de l'article R. 40-28 du même code : " I. Ont accès à la totalité ou, à raison de leurs attributions, à une partie des données mentionnées à l'article R. 40-26 pour les besoins des enquêtes judiciaires : 1° Les agents des services de la police nationale exerçant des missions de police judiciaire individuellement désignés et spécialement habilités () ". Il résulte du 1° du I de l'article R. 40-29 du même code que les agents habilités selon les modalités prévues au 1° du I de l'article R. 40-28 peuvent consulter les données à caractère personnel figurant dans le traitement des antécédents judiciaires, qui se rapportent à des procédures judiciaires closes ou en cours, sans autorisation du ministère public, dans le cadre des enquêtes prévues à l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, applicable en particulier à l'instruction des demandes d'autorisation concernant les emplois privés relevant du domaine de la sécurité.

6. Toutefois, dès lors que les dispositions citées ci-dessus du code de la sécurité intérieure prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance d'un agrément individuel, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions également citées ci-dessus du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande d'agrément.

7. En l'espèce, il ressort, d'une part, des pièces versées au dossier par le directeur du CNAPS qu'au cours de l'instruction de la demande formulée par M. A D tendant à la délivrance d'une autorisation préalable d'accès à une formation aux métiers de la sécurité privée, les informations relatives à ses antécédents judiciaires ont été consultées le 10 septembre 2020 par Mme B, agent du CNAPS ayant pour matricule 750047C, qui a été régulièrement habilitée, aux termes d'un arrêté du préfet de police de Paris du 3 février 2020, à accéder " aux données à caractère personnel et aux informations enregistrées dans les traitements suivants : () - Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ) () ". Compte tenu de cette habilitation spéciale et limitative, cet agent faisait partie des personnels investis de missions de police administrative au sens et pour l'application de l'article 40-29 du code de procédure pénale. D'autre part, il est précisé en défense que c'est ce même agent, dont la qualité d'agent au siège du CNAPS est établie par ces mêmes pièces, qui a mené l'enquête administrative concernant l'intéressé, qualité qui n'est pas contestée en réplique. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté en ses deux branches.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le CNAPS avait saisi, préalablement à l'édiction de la décision en litige, le procureur de la République, par un courriel en date du 11 septembre 2020 ainsi que les services de police dans le cadre d'une demande d'enquête de moralité diligentée le 5 février 2020. Le moyen tiré du défaut de saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou de la gendarmerie ainsi que du procureur de la République, en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure doit, par suite, être écarté.

9. En dernier lieu, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, pas davantage qu'aucune disposition du code de la sécurité intérieure ou aucun principe général n'imposaient dès lors la mise en œuvre d'une telle procédure préalablement à ce que la commission nationale d'agrément et de contrôle se prononce sur la demande dont l'avait saisi l'intéressé. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le CNAPS en invitant le requérant, dans son courrier d'accusé réception de son recours préalable en date du 10 septembre 2020, à présenter ses observations ou pièces pertinentes " concernant notamment les faits qui ont motivé la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle " a mis en œuvre la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Or, ainsi que le soutient M. A D, les faits ayant motivé la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle et sur lesquels il a été invité à présenter ses observations n'incluent pas sa mise en cause, le 30 juin 2015, en qualité d'auteur de faits de vol sur personne vulnérable, de violence sur personne vulnérable suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours pourtant retenus par la commission nationale du CNAPS aux termes de la décision attaquée.

10. Toutefois, une irrégularité commise dans le déroulement d'une procédure suivie à titre facultatif n'est susceptible de vicier la décision prise que dans la mesure où elle a exercé une influence sur une telle décision.

11. En l'espèce, pour fonder la décision attaquée, l'autorité administrative a également relevé que l'intéressé avait été mis en cause, le 4 novembre 2013, en qualité d'auteur des faits de vol avec violence pour lesquels il a été condamné à trois mois d'emprisonnement avec sursis ainsi que le 6 août 2014, en qualité d'auteur des faits de détention non autorisée de stupéfiants pour lesquels il a fait l'objet d'un rappel à la loi, et de dégradation ou de détérioration d'un bien appartenant à autrui et, enfin, le 15 février 2016, en qualité d'auteur des faits de vol à l'étalage, menace de crime ou délit contre des personnes ou des biens à l'encontre d'un chargé de mission de service public et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique pour lesquels il a fait l'objet d'une composition pénale le 9 juin 2016, ces faits ayant motivé la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle et pour lesquels il a été mis à même de pouvoir présenter ses observations dans le cadre de la procédure contradictoire mise en œuvre par le CNAPS.

12. D'une part, si le requérant conteste être l'auteur des faits commis le 15 février 2016 et le 6 août 2014 à Lyon, il ressort de l'enquête de moralité réalisée par la délégation territoriale Sud-Est du CNAPS que l'intéressé, qui a, au demeurant, lors de son interpellation en 2014 dans un véhicule stationné sur le parking de la société Europcar sur lequel des dégradations avaient été constatées, été trouvé porteur d'une quantité de 2,6 grammes de résine de cannabis, a reconnu être détenteur de stupéfiants. Lors de son interpellation et de son placement en garde à vue en 2016, le requérant a reconnu avoir commis le vol d'un pull et d'une paire de baskets dans un magasin du centre commercial de Lyon-Part-Dieu, avoir menacé de mort un agent de sécurité qui l'a retenu et avoir également outragé les policiers venus l'interpeler. Dans ces conditions, et alors que M. A D ne conteste pas les faits qui lui sont reprochés en 2013, la matérialité de ces trois mises en causes doit être regardée comme établie.

13. D'autre part, pour prononcer la décision litigieuse, la commission nationale du CNAPS pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation estimer, sur le fondement du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, au regard de la nature, de la gravité et de réitération sur une période de moins de trois ans de ces faits pour lesquels le requérant a été mis en cause en 2013, en 2014 et en 2016, que son comportement était contraire à l'honneur, à la probité et aux bonnes mœurs ou de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et des biens, à la sécurité publique et était donc incompatible avec l'exercice des fonctions envisagées. L'intégration socio-professionnelle dont se prévaut M. A D, qui serait selon lui de nature à justifier une évolution de son comportement depuis ces faits, ne suffit pas remettre en cause cette appréciation.

14. Il résulte enfin de l'instruction que la commission nationale du CNAPS aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que les seuls faits commis par le requérant en 2013, en 2014 et en 2016 pour refuser de lui délivrer une autorisation préalable en vue de suivre une formation aux métiers de la sécurité privée.

18. En dernier lieu, la décision attaquée relevant, non de la catégorie des sanctions mais des mesures de police administrative, le requérant en peut utilement se prévaloir du principe de la présomption d'innocence.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 octobre 2020.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre du conseil national des activités privées de sécurité, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Abdurahman A D et au directeur du conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

C. Collomb

Le président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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