mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2103715 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | MEGAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mai 2021, M. B A, représenté par Me Megam, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mai 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 15 janvier 2021 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est a refusé de renouveler sa carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité, et lui a refusé le renouvellement de cette carte ;
2°) de mettre à la charge du Conseil national des activités de sécurité privée une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est et de la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité sont insuffisamment motivées ;
- elles portent atteinte au principe du non bis in idem ;
- elles sont entachées d'erreur d'appréciation et d'erreur de fait concernant sa mise en cause pour avoir aidé à l'entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d'un étranger en France, pour avoir employé un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié et pour avoir exécuté un travail dissimulé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2022 par une ordonnance du 26 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 12 janvier 1973, a obtenu, le 9 novembre 2015, la délivrance d'une carte professionnelle lui permettant d'exercer la profession d'agent de sécurité privée pendant une durée de cinq ans. Le 12 novembre 2020, il a sollicité le renouvellement de sa carte professionnelle. Par une décision du 15 janvier 2021, la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté sa demande. L'intéressé a alors saisi la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) d'un recours administratif préalable obligatoire. Par une décision du 5 mai 2021, dont M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation, la commission nationale d'agrément et de contrôle a rejeté son recours tout en confirmant le rejet de sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure dans sa version alors en vigueur : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission régionale d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. " Aux termes de l'article R. 633-9 du même code : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission régionale ou interrégionale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours. / Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission régionale ou interrégionale d'agrément et de contrôle. Une copie en est adressée à la commission régionale ou interrégionale d'agrément et de contrôle concernée. "
3. Il résulte de ces dispositions que le recours administratif auprès de la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure constitue un préalable obligatoire à la saisine du juge administratif, l'institution d'un tel recours ayant pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin de fixer définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de fait dont serait entachée la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est du 15 janvier 2021, à laquelle s'est entièrement substituée la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS en date du 5 mai 2021 ne peuvent être accueillis, cette décision initiale ayant disparu de l'ordonnancement juridique.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. (). ".
5. La décision attaquée vise les dispositions utiles du code de la sécurité intérieure et, en particulier, son article L. 612-20 sur lequel elle se fonde. En outre, elle mentionne que M. A a été mis en cause, le 26 mars 2018, en qualité d'auteur de faits d'aide à l'entrée, à la circulation, ou au séjour irréguliers d'un étranger en France, d'emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié et d'exécution d'un travail dissimulé commis à l'égard de plusieurs personnes du 17 janvier au 31 décembre 2017, et indique les raisons pour lesquelles ces faits paraissent de nature à justifier le refus de renouvellement de la carte professionnelle de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit, par suite, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents des commissions nationale et régionales d'agrément et de contrôle spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".
7. Il résulte de ces dispositions, que, lorsqu'elle est saisie d'une demande de renouvellement d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité ou en vue de l'accès à la formation préalable requise en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle à l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée, l'autorité administrative compétente doit apprécier si la personne qui sollicite ce renouvellement remplit toujours les conditions posées par les dispositions précitées en procédant à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
8. M. A soutient que la décision litigieuse est entachée d'erreurs de fait dès lors que les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas établis et d'erreur d'appréciation.
9. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et particulièrement du rapport d'enquête de moralité diligentée par le Conseil national des activités privées de sécurité établi le 20 novembre 2020, qu'il a été constaté en 2017 l'existence d'une situation de travail d'un étranger en situation irrégulière, faits pour lesquels le procureur a engagé des poursuites à l'encontre de M. A pour " aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'un étranger en France " et " emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail " et, concernant cet étranger et le salarié qu'il remplaçait, une situation de travail dissimulée en l'absence de déclaration de ces salariés au moment des faits. Si le requérant fait valoir que l'emploi de cet étranger en situation irrégulière aurait été réalisé à l'initiative d'un de ses salariés, ami de cet étranger, pour le dépanner sans " qu'il en soit prévenu " selon le témoignage de ces deux protagonistes, il a été aussi constaté, en rapprochant les données des bases de l'URSSAF avec les éléments fournis par son cabinet comptable, qu'il n'avait aussi pas déclaré l'emploi de trois autres employés et qu'il employait donc de manière récurrente des salariés non déclarés. Par ailleurs, le requérant, qui a, au cours de l'enquête, reconnu partiellement les faits en accusant sans l'établir que son cabinet comptable serait responsable des erreurs commises, ne produit pas d'élément probant de nature à remettre en cause la matérialité de ces faits constatés au cours de l'enquête en se bornant à alléguer que, dans le cadre de la procédure de retrait de sa carte professionnelle d'employé précédemment engagée à son encontre en octobre 2018 et qui n'a pas donné lieu à sanction, le seul manquement finalement retenu par les services du Conseil national des activités privées de sécurité aurait été celui du défaut de contrôle sur site et qu'en raison des éléments et observations qu'il aurait alors formulées devant cette commission aucune sanction n'aurait été ainsi prononcée.
10. Ainsi, ces agissements, relativement récents et qui ont été commis sur une période de près d'une année alors que M. A était soumis à une exigence particulière de déontologie en tant que gérant d'une entreprise de sécurité privée, révèlent, par leur nature, par la persistance de l'intéressé de ne pas respecter les règles en vigueur, notamment de la législation sociale, et leur gravité, un comportement incompatible avec l'exercice d'une activité professionnelle d'agent de sécurité. Par suite, la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité, en estimant, pour refuser l'autorisation sollicitée, que M. A ne remplissait pas les conditions pour exercer une activité privée d'agent de sécurité, n'a pas davantage entaché la décision litigieuse d'erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.
11. En dernier lieu, la décision attaquée ayant le caractère d'une mesure de police administrative et non d'une sanction, le moyen tiré de la violation du principe non bis in idem est inopérant.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre du Conseil national des activités privées de sécurité, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
La rapporteure,
C. Collomb
Le président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026