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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2103755

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2103755

lundi 1 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2103755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 19 mai et 2 décembre 2021, Mme B D, représentée par Me Paquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite de refus née du silence conservé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur sa demande tendant au rétablissement du versement de l'allocation pour demandeur d'asile au bénéfice de sa fille A à compter du mois de juillet 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui verser la somme de 6 895,20 euros correspondant à l'allocation de demandeur d'asile qui lui est due entre le 1er août 2019 et le 26 avril 2021, assortie des intérêts légaux et de leur capitalisation, dans un délai de huit jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil, ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- le refus implicite en litige est entaché d'incompétence ;

- en l'absence de réponse à la demande de communication de ses motifs, cette décision est insuffisamment motivée ;

- le refus implicite critiqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'entretien de vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus en litige méconnait la directive du 26 juin 2013, résulte d'un défaut d'examen de la situation de sa fille aînée ainsi que de sa famille, et d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de ses deux filles ;

- le montant sollicité de 6 895,20 euros correspond au montant journalier de l'allocation pour demandeur d'asile pour deux puis trois personnes entre le 1er août 2019 et le 26 avril 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a produit un nouveau mémoire enregistré, le 4 juillet 2022, après la clôture de l'instruction.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Gros, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante nigériane, Mme D demande l'annulation de la décision implicite de refus née du silence conservé par le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur sa demande tendant au rétablissement du versement de l'allocation pour demandeur d'asile au bénéfice de sa fille A à compter du mois d'août 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. Il est constant que la demande de Mme D tendant au rétablissement du versement de l'allocation pour demandeur d'asile pour sa fille aînée a été reçue par les services de l'OFII le 16 mars 2020 et une décision implicite de rejet de cette demande est née du silence conservé par l'OFII à l'expiration du délai de deux mois mentionné au point 2, suspendu en l'espèce jusqu'au 24 juin 2020 en application de l'article 7 du décret du 25 mars 2020 visé ci-dessus. Si l'OFII fait valoir qu'il n'est pas justifié de la présentation d'une demande de communication des motifs de ce rejet, il résulte toutefois suffisamment des pièces du dossier, compte tenu en particulier des indications portées sur la demande d'accusé de réception remplie le 23 février 2021 et de l'attestation concordante des services postaux relative à la remise du pli concerné le 25 février suivant, que Mme D a effectivement demandé à cette date la communication des motifs de la décision implicite de rejet en litige. Aucune réponse n'ayant été apportée à cette demande, la décision implicite contestée doit être regardée comme ne répondant pas à l'exigence législative de motivation et Mme D est, pour ce motif, fondée à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

4. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de Mme D pour sa fille A, qu'il soit statué sur celle-ci et qu'il soit procédé, le cas échéant, au versement des sommes dues à l'intéressée. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens au directeur général de l'OFII et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Alors que l'admission de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 19 juillet 2022 prive d'objet les conclusions tendant à ce que ce bénéfice lui soit accordé à titre provisoire, et qu'il n'est pas fait état de dépens, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision implicite du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant rejet de la demande de rétablissement du versement de l'allocation pour demandeur d'asile de Mme D au profit de sa fille A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de la demande de Mme D, de statuer sur celle-ci et, le cas échéant, de procéder au versement des sommes dues à l'intéressée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme de Mecquenem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

J. Segado

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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