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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2104019

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2104019

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2104019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 28 mai 2021 et le 11 janvier 2022, M. A B, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de l'assigner à résidence, ou à défaut la décision expresse résultant du courrier du préfet du 9 décembre 2021 ou du mémoire produit devant la juridiction en date du 10 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de l'assigner à résidence avec droit au travail dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication des motifs ;

- elles est irrégulière en l'absence de respect de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle a pour unique objectif de l'empêcher de soumettre l'examen de sa situation au juge pénal en vue d'obtenir le relèvement de son interdiction du territoire national alors que préfet a pourtant abrogé l'arrêté d'expulsion; elle procède en conséquence d'une violation combinée du droit à un recours effectif et à l'accès à un tribunal au sens des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle le prive de faire valoir une éventuelle violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et porte atteinte au principe constitutionnel de dignité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2021, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2022 par une ordonnance du 4 février 2022.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 août 2021, à l'encontre de laquelle l'intéressé a interjeté appel

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les observations de Me Lulé de la SCP Couderc-Zouine pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 21 mars 1962, a fait l'objet le 25 avril 1988 d'un arrêté ministériel d'expulsion. Par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 20 juin 1989, il a fait l'objet d'une peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français. Cet arrêté d'expulsion a été exécuté le 19 septembre 1988 à destination de l'Algérie. Après être à nouveau entré en France en 2013, l'intéressé a saisi le 20 octobre 2015 le préfet du Rhône d'une demande d'assignation à résidence et a sollicité l'abrogation de l'arrêté d'expulsion du 25 avril 1988, cette demande ayant fait l'objet d'un refus implicite. Par un jugement du 13 mars 2019, le tribunal administratif de Lyon a rejeté la requête de l'intéressé tendant à l'annulation de ce refus implicite. Par courrier du 25 avril 2019, M. B a sollicité les motifs de la décision du préfet du Rhône de ne pas abroger l'arrêté d'expulsion suite à l'absence de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans le cadre du réexamen prévu par les dispositions alors applicables de l'article L. 524-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises à l'article L. 632-6 du même code. A la suite de la réponse du préfet du 23 mai 2019 portant communication des motifs de ce rejet implicite, le tribunal administratif de Lyon a par un jugement du 16 septembre 2020 annulé la décision du préfet du Rhône portant refus d'abroger l'arrêté d'expulsion du 25 avril 1988 et enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Par courrier du 24 septembre 2020, M. B a sollicité d'une part l'exécution de ce jugement, et d'autre part le bénéfice d'une assignation à résidence afin qu'il puisse former une requête en relèvement de son interdiction du territoire national. M. B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de l'assigner à résidence, ou à titre subsidiaire d'annuler la décision expresse résultant du courrier du préfet du 9 décembre 2021 ou du mémoire produit devant le tribunal le 10 décembre 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une lettre du 9 décembre 2021 intervenue en cours d'instance, le préfet du Rhône a informé M. B qu'il avait décidé d'abroger l'arrêté d'expulsion du 25 avril 1988 mais qu'il refusait de l'assigner à résidence au motif qu'il ne justifie pas être dans l'impossibilité de quitter le territoire français au sens des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il était en conséquence tenu de quitter le territoire français dans un délai de 90 jours en application de l'interdiction judiciaire définitive du territoire national. Cette décision expresse de refus d'assignation à résidence s'étant substituée au rejet implicite de sa demande précédemment intervenu, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être regardées comme tendant exclusivement à l'annulation de la décision du 9 décembre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de l'assigner à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, M. B ne saurait utilement se prévaloir de l'absence de communication des motifs de la décision refusant implicitement de l'assigner à résidence dès lors que la décision expresse du 9 décembre 2021 s'y est substituée et que cette dernière, qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

5. Il est constant que la décision litigieuse a été prise sur demande de M. B et qu'il ne peut en conséquence utilement se prévaloir du non-respect de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration qui n'est pas applicable en l'espèce.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : ();7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ;"

7. Il appartient à l'étranger qui, à la suite d'un arrêté d'expulsion ou d'une décision de reconduite à la frontière prise à l'initiative de l'administration ou pour l'exécution d'une décision judiciaire d'interdiction du territoire, demande à être assigné à résidence en application des dispositions susvisées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier soit qu'il se trouve dans l'impossibilité matérielle ou juridique de quitter le territoire français soit que sa vie ou sa liberté sont menacées dans le pays de destination qui lui est assigné ou qu'il est exposé dans ce pays à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. D'une part, M. B soutient que la décision refusant son assignation à résidence porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses petits-enfants au regard notamment de l'importance de ses attaches familiales et de son insertion en France, de l'état de santé de son frère qui nécessite sa présence à ses côtés et de son absence d'attache en Algérie. Toutefois, les conséquences de l'éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale de M. B ou sur les conditions d'existence de ses petits-enfants résultent de la décision judiciaire d'interdiction définitive du territoire dont il a fait l'objet le 10 juin 1989 et non de la décision contestée par laquelle le préfet du Rhône a opposé un refus à sa demande d'une mesure d'assignation à résidence. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent être utilement invoqués.

9. D'autre part, si M. B fait valoir qu'il est atteint d'un diabète ayant généré des complications pulmonaires et nécessite en conséquence un suivi spécifique au niveau ophtalmologique, il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces du dossier que son état de santé caractériserait une impossibilité matérielle de quitter le territoire français.

10. Enfin, alors que M. B ne fait notamment valoir aucun élément caractérisant une impossibilité matérielle ou juridique de quitter le territoire français, ni n'allègue que sa vie ou sa liberté serait menacées dans son pays d'origine, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 641-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il ne peut être fait droit à une demande de relèvement d'une interdiction du territoire que si le ressortissant étranger réside hors de France. Toutefois, cette disposition ne s'applique pas : 1° Pendant le temps où le ressortissant étranger subit en France une peine d'emprisonnement ferme ; 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'un arrêté d'assignation à résidence pris en application des articles L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 " ;

12. Le requérant soutient que, du fait du refus d'assignation qui lui est opposé, il ne peut demander le relèvement de l'interdiction du territoire qui le frappe et qu'en conséquence, il serait privé de l'accès au tribunal et d'un recours effectif, au sens des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, le refus d'assignation ne prive M. B d'aucun accès au tribunal ni d'aucun recours dès lors que s'il est tenu de résider hors de France par application de la décision d'interdiction du territoire susmentionnée, les dispositions précitées de l'article L. 641-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettent de contester cette décision depuis le pays où il a été éloigné. Pour les mêmes motifs, et en l'absence d'autre élément, l'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'un détournement de pouvoir ou qu'elle porterait atteinte au principe constitutionnel de respect de la dignité de la personne humaine.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 décembre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de l'assigner à résidence. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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