mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2104114 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mai 2021, M. B C, représenté par la SELARL Bescou et D avocats associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet du Rhône du 29 mars 2021 refusant de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- le refus d'admission au séjour a été pris par une autorité incompétente ;
- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur de fait quant à sa contribution à l'éducation et l'entretien de son fils ;
- il contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il ne respecte pas les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est à tout le moins entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 29 juin 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les observations de Me Guillaume, pour M. C, requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 3 janvier 1980, déclare être entré en France en 2013. Il indique être le père d'un enfant né le 2 août 2016 de sa liaison avec un ressortissante algérienne titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans. Les décisions du 28 décembre 2017 du préfet de la Haute Savoie lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai ont été annulées par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 1er mars 2018. Il a alors sollicité le 12 avril 2018 la délivrance d'un titre de séjour auprès des services de la préfecture du Rhône. La décision implicite de rejet de sa demande a été annulée par un jugement du 1er octobre 2020 de ce tribunal qui a enjoint au préfet du Rhône de procéder au réexamen de sa situation. Il demande l'annulation du refus d'admission au séjour qui lui a été opposé par décision du 29 mars 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
2. En premier lieu, par un arrêté du 1er février 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône, accessible au juge comme aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation à M. A D, chef de la section instruction, à l'effet de signer les actes établis par la direction des migrations et de l'intégration en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, non contestés ici. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / (). ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; / () ".
4. M. C fait valoir qu'il réside en France depuis près de huit ans, après avoir vécu de nombreuses années en Italie où il est titulaire d'un certificat de résident longue durée UE, qu'il est le père d'un enfant né le 2 août 2016, qu'il participe tant à son éducation qu'à son entretien et qu'il justifie d'une réelle insertion, notamment professionnelle, sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C ne résidait plus avec la mère de son fils, ressortissante algérienne qui vit régulièrement en France, avant même la naissance de celui-ci. Eu égard aux très grandes difficultés relationnelles entre ses parents et à la fragilité de sa mère, l'enfant, qui souffre par ailleurs de troubles autistiques, a fait l'objet d'un jugement d'assistance éducative en milieu ouvert en février 2018 avec interdiction de sortie du territoire, puis d'un placement en foyer en Savoie à partir de janvier 2019. Si un rapport d'enquête sociale du 11 juin 2019 relevait que les conditions matérielles et morales d'accueil de l'enfant par son père méconnaissaient son intérêt voire sa sécurité, ce dernier a obtenu, par un jugement du 5 décembre 2019, eu égard à son implication, le placement de son enfant dans un foyer du Rhône où il réside, d'avril 2020 à fin août 2020 avec augmentation des droits de visite et d'hébergement, dans la perspective d'obtenir à l'issue le droit d'hébergement du garçon. Néanmoins, une ordonnance du 12 février 2020 en a suspendu l'exécution, à la suite de violences sur sa mère dont l'enfant aurait été témoin. Les documents les plus récents versés à l'instance par le requérant, datés de mars 2021, attestent du maintien du placement de l'enfant en foyer en Savoie, sans aucun autre élément permettant d'établir les relations que M. C entretient depuis février 2020 avec son fils. Par ailleurs, si l'intéressé démontre avoir travaillé quelques mois par an entre 2014 et 2019 puis avoir bénéficié d'un contrat à durée déterminée du 25 mars au 30 juin 2021, en qualité de chauffeur livreur, ces éléments ne suffisent pas à justifier de sa réelle insertion sur le territoire français. Enfin, il apparaît que M. C est marié avec une ressortissante tunisienne et père d'une enfant née en avril 2017 en Tunisie. Ainsi, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Rhône, qui n'a commis aucune erreur de fait, n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions précitées de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 ci-dessus, et alors que la décision en litige n'implique aucune séparation de M. C et son enfant vivant en France, le refus d'admission au séjour contesté n'a pas été pris en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. En dernier lieu, aux termes des dispositions alors applicables de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / () ".
8. Pour les motifs indiqués précédemment, M. C ne démontre l'existence d'aucune circonstance particulière susceptible de justifier la délivrance d'un titre de séjour en application de ces dispositions. Le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut ainsi être accueilli. Pour les mêmes raisons, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vincent-Marie Picard, président,
Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,
Mme Marine Flechet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
K. ELe président,
V.-M. Picard
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026