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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2104248

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2104248

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2104248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantVERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 7 mai et 21 décembre 2021 et le 9 mars 2022, M. A C, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif obligatoire contre la décision du 15 novembre 2019 par laquelle la sous-direction des pensions a rejeté sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité ;

2°) à titre subsidiaire de désigner un expert aux fins de l'examiner et de déterminer le taux d'invalidité de chacune des deux infirmités ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. C soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que :

* son infirmité reconnue du genou gauche a connu une aggravation,

* son infirmité du genou droit est en lien direct avec son infirmité du genou gauche et a conduit à la réalisation de deux interventions, le taux d'invalidité en résultant ne pouvant rester à un taux inférieur à 10% ;

- ses propres médecins ont constaté une dégradation de son état de santé et n'ayant pas été ausculté par des médecins experts, il est manifeste que les expertises n'ont pas été menées sérieusement, élément devant conduire à la désignation d'un expert par le tribunal.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 30 mai 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principale, la requête est irrecevable car tardive ;

- à titre subsidiaire, elle n'est pas fondée, aucun document médical contemporain à la demande de révision n'établissant une aggravation de l'état de santé ;

- à titre infiniment subsidiaire, la tenue d'une nouvelle expertise médicale n'est pas justifiée.

Le ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a produit un mémoire en observation enregistré le 8 septembre 2022.

Par une ordonnance du 26 août 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 27 septembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Arnould, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né en 1941, a servi dans l'armée de l'air du 1er août 1960 au 15 septembre 1962 et est titulaire d'une pension militaire d'invalidité au titre des séquelles d'une blessure, reçue à l'occasion du service le 20 mars 1962, au genou gauche avec séquelles de méniscectomie interne, gonalgies permanentes aggravées par la station debout prolongée. L'arrêté du 21 décembre 2009 par lequel une pension lui a été concédée a retenu un taux d'invalidité de 45 %. Par une demande enregistrée le 15 mars 2016, M. C a sollicité la révision de cette pension pour aggravation de son infirmité pensionnée et pour une nouvelle infirmité touchant le genou droit. Par une décision du 15 novembre 2019, cette demande a été rejetée. M. C a alors formé, le 10 mars 2020, un recours administratif préalable qui a été rejeté par une décision de la ministre des armées du 3 septembre 2020 dont M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation.

Sur les droits à pension :

2. Aux termes de l'article L. 29 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, applicable à la date de la demande de M. C " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le degré d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 % au moins du pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. "

3. Il résulte de l'instruction que M. C a été victime, le 20 mars 1962, d'une blessure à l'occasion du service, une entorse grave du genou gauche, ayant conduit à la réalisation du méniscectomie interne du genou gauche en 1963. Une pension d'invalidité " hors guerre " a été concédée à l'intéressé en janvier 1963. Le requérant a subi une arthroscopie en 1994 et une ostéotomie en 1996 et, suite à une demande de révision pour aggravation, la pension militaire d'invalidité de M. C a été porté au taux de 45% par un arrêté du 21 décembre 2009, avec effet à compter du 5 octobre 2009. Le 15 mars 2016, le requérant a de nouveau sollicité la révision de sa pension militaire d'invalidité pour aggravation de son infirmité pensionnée et pour prise en compte d'une nouvelle infirmité touchant le genou droit, demande ayant été rejetée par la décision du 3 septembre 2020 en litige, produisant à l'appui de sa demande, un certificat médical établi, le 15 mars 2016, par un rhumatologue indiquant qu'une arthrose s'est progressivement installée au genou droit pour aboutir à la pose d'une prothèse totale de genou en février 2015, le médecin concluant à la nécessité de faire le point sur la pension d'invalidité du requérant en tenant compte de cette atteinte secondaire.

En ce qui concerne l'aggravation de l'infirmité pensionnée :

4. Il résulte du rapport établi le 4 septembre 2018 par le médecin expert, spécialiste en rééducation fonctionnelle, qu'aucune aggravation n'a été constatée s'agissant de l'infirmité dont M. C est atteint au genou gauche, l'expert ayant relevé un état stationnaire des signes fonctionnels par rapport à ceux constatés lors d'une expertise médicale réalisé le 14 novembre 2013. Le requérant conteste cette analyse en soutenant que lors d'une expertise médicale antérieure, il lui avait été indiqué que son taux pourrait être porté à 50 ou 60 % si une prothèse était implantée et en faisant état de ce que suite à l'intervention subie en septembre 2012 et à la pose de cette prothèse au genou gauche, sa souffrance et sa boiterie ont augmenté. Toutefois, il résulte de l'instruction que la symptomatologie du requérant n'a pas défavorablement évolué, ainsi que le fait valoir la ministre des armées, les constatations réalisées lors de l'expertise du 4 septembre 2018 faisant davantage état d'une évolution favorable. En effet, l'amyotrophie, précédemment constatée à la cuisse, a disparu et la flexion du genou gauche, alors qu'elle était mesurée à 105° en novembre 2013, a progressé jusqu'à 140° lors des mesures effectuées au cours de l'examen du 4 septembre 2018. Ce constat démontre d'ailleurs que M. C a, contrairement à ce qui est soutenu, été effectivement ausculté au cours de l'instruction de sa demande de révision de pension. Dans la présente instance, M. C ne produit aucune pièce médicale de nature à remettre en cause l'absence d'aggravation constatée par le médecin spécialiste en rééducation fonctionnelle lors de son expertise de septembre 2018 et confirmée par le médecin expert des pensions militaires d'invalidité dans son avis du 23 août 2019. Enfin, il résulte de l'instruction que le périmètre de marche, limité à 150 mètres, et la boiterie de M. C avaient déjà été relevés lors des précédentes expertises médicales et qu'aucune aggravation n'a été consignée dans les examens médicaux récents, que ceux-ci aient été réalisées dans le cadre de l'instruction de la demande de révision de pension ou dans le cadre du suivi du requérant par son médecin généraliste ou son rhumatologue. Il résulte ainsi de l'instruction que M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il a droit à la révision de sa pension militaire d'invalidité pour aggravation de son infirmité pensionnée.

En ce qui concerne l'infirmité nouvelle :

5. Par sa demande présentée le 15 mars 2016, M. C a également sollicité la révision de sa pension militaire d'invalidité en raison d'une nouvelle infirmité consécutive à la survenue d'une gonarthrose droite ayant nécessité la réalisation de deux interventions chirurgicale, une arthroscopie en 1994 et la pose d'une prothèse totale du genou en 2015. Le requérant soutient que cette nouvelle infirmité aurait dû conduire à l'attribution d'un taux d'invalidité supérieur à 10%. Toutefois, il résulte de l'instruction que le médecin expert des pensions militaires a estimé, dans son avis du 23 août 2019, avis rendu au vu du rapport susmentionné du 4 septembre 2018, que le taux d'invalidité de cette infirmité était inférieur au minimum indemnisable de 10% et si le requérant produit un certificat établi par un rhumatologue, le 29 janvier 2015, relevant que la fragilité de son genou gauche a entrainé une arthrose du genou droit qui s'est progressivement majorée au point d'envisager une prothèse totale, élément qui nécessite une révision de sa pension d'invalidité, le rhumatologue a cependant, ce faisant, uniquement souligné le lien entre l'infirmité du genou gauche et la pathologie qui s'est ensuite développée à l'autre genou, et à cet égard, la décision en litige du 3 septembre 2020 n'a pas remis en cause le lien de causalité entre la blessure imputable et l'infirmité nouvelle invoquée. En revanche, si le requérant soutient que son rhumatologue l'a examiné, contrairement aux deux autres experts, et avait en conséquence toute légitimé pour conclure à la nécessité de réviser sa pension, il résulte de l'instruction, ainsi qu'exposé au point 4, que M. C a fait l'objet, lors de l'expertise du 4 septembre 2018, d'une auscultation au cours de laquelle une flexion à 140° et une extension à 0 ont été relevées pour le genou droit, ainsi qu'une circonférence de la cuisse et du mollet droits de respectivement 45 et 31 centimètres. Au regard de ces constatations, le médecin expert des pensions militaires d'invalidité a estimé que le taux d'invalidité résultant de cette deuxième indemnité était inférieur au seuil minimum indemnisable de 10% en l'absence de mise en évidence d'un déficit fonctionnel du genou droit, l'absence de déficit fonctionnel qu'aucune pièce médicale ne vient réellement contester. Il résulte ainsi de l'instruction que M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il a droit au bénéfice d'une pension militaire d'invalidité pour une nouvelle infirmité.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ni davantage d'ordonner une expertise médicale, que M. C n'est pas fondé à soutenir que sa pension militaire d'invalidité devrait être révisée. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 septembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le rapporteur,

N. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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