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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2104359

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2104359

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2104359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2021, M. A B, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une carte de séjour de cinq ans portant la mention " membre de famille de ressortissant communautaire ", ou d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision contestée n'est pas motivée, le préfet n'ayant pas répondu à sa demande de communication des motifs, notifiée le 12 avril 2021, dans le délai d'un mois fixé par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et de droit, dès lors qu'il répond aux conditions définies par les articles L. 121-1 et R. 121-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 10 septembre 2020 ; elle est à tout le moins entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne peut être imposé à la famille de repartir en Bulgarie sans porter atteinte aux libertés fondamentales de circulation et d'établissement et méconnaître l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la décision de refus porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, au regard du 7 de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et porte atteinte aux droits de son enfant, ressortissant de l'Union européenne, à circuler et séjourner librement sur le territoire de l'Union.

Par des mémoires enregistrés les 30 mai et 1er juin 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Guillaume, pour M. B, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant kosovien né le 31 mars 1991, est entré en France en dernier lieu en 2018. Il indique résider depuis le 1er septembre 2018 avec une ressortissante bulgare avec laquelle il est parent de deux enfants nés les 28 juillet 2020 et 7 avril 2022. Il a sollicité le 12 novembre 2020 la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de membre de famille d'un ressortissant communautaire, ou à défaut, compte tenu de sa vie privée et familiale en France. Une décision implicite de refus est née du silence gardé par la préfète de l'Ain durant plus de quatre mois. Par arrêté du 29 avril 2021, réellement notifié à l'intéressé le 2 juin 2022, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et fait interdiction de retour sur ce territoire durant un an. M. B demande l'annulation de la décision implicite de refus de son admission au séjour.

2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Il en résulte que les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre la décision de cette même autorité notifiée le 2 juin 2022 lui refusant l'admission au séjour.

3. En premier lieu, le refus d'admission au séjour en litige comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il est ainsi motivé.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de notification de la décision en litige : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; () " Aux termes de l'article L. 200-5 de ce code : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : () / 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne. "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; () " En application de l'article R. 233-7 de ce code, " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes : () / 2° Ils se trouvent en chômage involontaire dûment constaté après avoir exercé leur activité professionnelle pendant plus d'un an et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ; () Ils conservent au même titre leur droit de séjour pendant six mois s'ils sont involontairement privés d'emploi dans les douze premiers mois qui suivent le début de leur activité professionnelle et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi. "

6. Enfin, aux termes de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. Il est institué une citoyenneté de l'Union. Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État membre () / 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre autres : / a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ; / () Ces droits s'exercent dans les conditions et limites définies par les traités et par les mesures adoptées en application de ceux-ci. ". Aux termes de l'article 21 du même traité : " Tout citoyen de l'Union a le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, sous réserve des limitations et conditions prévues par les traités et par les dispositions prises pour leur application "

7. M. B soutient que sa compagne, ressortissante bulgare avec laquelle il établit une communauté de vie depuis novembre 2020, a exercé une activité professionnelle, en contrat à durée indéterminée à temps plein de septembre 2017 jusqu'au 30 janvier 2020, en qualité d'agent de restauration, et qu'elle est depuis inscrite à Pôle emploi et perçoit l'allocation de retour à l'emploi, dont il ne justifie toutefois du versement que de mars à août 2020 et en octobre 2020. Alors que la préfète fait valoir, sans être contestée, que sa compagne a volontairement mis fin à son contrat en raison de sa grossesse, celle-ci n'entre pas dans les conditions précitées de l'article R. 233-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, il n'apparaît pas que sa compagne, à la date de la décision attaquée, disposait pour elle et pour les membres de sa famille de ressources suffisantes, les revenus que M. B a perçus de novembre 2020 à février 2021 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée, n'entrant pas dans le champ des dispositions précitées de l'article L. 233-1 du même code. La préfète de l'Ain, en refusant son admission au séjour en qualité de membre de famille d'un ressortissant communautaire en application des dispositions précitées, n'a pas commis d'erreurs de droit et de fait, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Par ailleurs, M. B ne peut utilement faire valoir, à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation dirigées uniquement contre le refus de délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne peut être imposé à sa famille de repartir en Bulgarie sans porter atteinte aux libertés fondamentales de circulation et d'établissement et sans méconnaître l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / (). ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant en partie les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

10. Il ressort des pièces du dossier que depuis son dernier retour en France en 2018, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour de deux ans par un arrêté du 21 novembre 2019 qu'il n'a pas exécuté. Sa compagne ne justifie d'aucune activité professionnelle sur le territoire français depuis février 2020, le requérant établissant de son côté uniquement avoir été titulaire d'un contrat à durée déterminée de novembre 2020 à février 2021. Ainsi, alors même que les parents de sa compagne résideraient en France, rien ne fait obstacle, eu égard au jeune âge de ses enfants, non scolarisés, à ce que la cellule familiale de M. B se reconstitue en Bulgarie. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs pour lesquels il a été pris, et le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne méconnaît pas davantage les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, le refus de titre de séjour contesté n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer les enfants de M. B de leur père ou de leur mère, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté. En tout état de cause, les autorités bulgares sont, en application de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, les seules à ne pas pouvoir, en l'état, s'opposer au séjour de M. B, eu égard à la nationalité de ses enfants dont il assume la charge.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision notifiée le 2 juin 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour. Sa requête doit, par suite, être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vincent-Marie Picard, président,

Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

K. C

Le président,

V.-M. Picard

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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