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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2104464

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2104464

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2104464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2021, M. B A C, représenté par Me Grebille-Roman, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire trois points pour une infraction au code de la route commise le 24 novembre 2014, trois points pour une infraction au code de la route commise le 15 décembre 2015, deux points pour une infraction commise le 22 février 2017, trois points pour une infraction au code de la route commise le 1er juillet 2019, deux points pour une infraction commise le 22 avril 2020, ensemble la décision référencée " 48 SI " du 9 avril 2021 par laquelle le ministre a retiré trois points de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 27 mai 2020, l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui restituer son titre de conduite doté des points illégalement retirés dans le délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'invalidation de son permis de conduire est illégale en conséquence de l'illégalité des retraits de points sur lesquels elle se fonde ;

- il n'a pas reçu les décisions lui notifiant lesdits retraits de points ;

- il n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, il a été donné lecture du rapport en l'absence des parties ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C a commis une série d'infractions les 24 novembre 2014, 15 décembre 2015, 22 février 2017, 1er juillet 2019 et 22 avril 2020. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 9 avril 2021, le ministre de l'intérieur a retiré trois points de son permis de conduire pour une nouvelle infraction au code de la route commise le 27 mai 2020 et l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul. Par la présente requête, M A C saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points

2. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par simple lettre, a bien été reçue par son destinataire, n'entache pas d'illégalité, par elle-même, les décisions de retraits de points. Elle a pour seule conséquence de rendre M. A C recevable à contester la légalité de ces retraits de points. Ainsi le moyen est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable

3. En application des dispositions de l'article L. 222-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de point et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

4. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie, et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. A C soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 24 novembre 2014, 15 décembre 2015, 22 février 2017, 1er juillet 2019, 22 avril 2020 et 27 mai 2020.

S'agissant des infractions commises les 24 novembre 2014, 1er juillet 2019 et 22 avril 2020 :

5. Pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, il est prescrit depuis l'intervention de l'arrêté du 5 octobre 1999 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, dont les dispositions pertinentes sont codifiées aux articles A. 37 à A. 37-4 du même code, que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est relevée avec interception du véhicule mais sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ce dernier utilise un formulaire réunissant, en une même liasse autocopiante, le procès-verbal conservé par le service verbalisateur, une carte de paiement matériellement indispensable pour procéder au règlement de l'amende et l'avis de contravention, également remis au contrevenant pour servir de justificatif du paiement ultérieur, qui comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un formulaire conforme à ce modèle et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet. Pour les infractions relevées avec interception du véhicule postérieurement au 1er janvier 2002, la mention au système national des permis de conduire du paiement ultérieur de l'amende forfaitaire permet au juge d'estimer que le titulaire du permis s'est vu remettre un avis de contravention comportant les informations requises, dès lors que les formulaires libellés en euros sont conformes à l'arrêté du 5 octobre 1999 précité.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral, que M. A C s'est acquitté, le 22 janvier 2015 de l'amende forfaitaire relative à l'infraction du 24 novembre 2014, le 9 septembre 2019 de l'amende forfaitaire relative à l'infraction du 1er juillet 2019 et le 27 septembre 2020 de l'amende forfaitaire relative à l'infraction du 22 avril 2020. Eu égard à la date de ces infractions, elles ont été constatées au moyen d'un formulaire libellé en euros conforme aux dispositions des articles A. 37 à A. 37-4 du code de procédure pénale. Le contrevenant s'est, dès lors, nécessairement vu remettre un avis de contravention comportant les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Faute pour lui de produire ces avis de contravention pour démontrer qu'ils seraient inexacts ou incomplets, la preuve du respect par l'administration de son obligation d'information préalable doit être regardée comme apportée.

S'agissant de l'infraction commise le 15 décembre 2015 :

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral de l'intéressé, que l'amende forfaitaire concernant l'infraction commise le 15 décembre 2015 a été acquittée le jour même. Toutefois, l'administration, à qui incombe la charge de la preuve, ne produit pas le duplicata de la quittance, dépourvue de réserve, qui aurait été remis au contrevenant en cas de paiement immédiat entre les mains de l'agent verbalisateur. Elle ne produit pas non plus le procès-verbal de contravention concernant cette infraction, de nature à établir la remise au contrevenant à la fois d'un avis de contravention comportant l'ensemble des informations requises et d'une carte de paiement qu'il aurait utilisée pour acquitter l'amende forfaitaire le jour même de l'infraction, mais pas entre les mains de l'agent verbalisateur. En l'absence de production de l'un ou l'autre de ces documents, la mention, au système national des permis de conduire, du paiement le jour même de l'amende forfaitaire n'est pas, à elle seule, de nature à établir que le contrevenant a été destinataire de l'information requise. Il suit de là que M. A C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre a retiré trois points de son permis de conduire à la suite de cette infraction.

S'agissant des infractions du 22 février 2017 et du 27 mai 2020 :

9. Aux termes du II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale : " Sans préjudice de l'article R. 249-9, le procès-verbal peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique. ". En vertu des articles A. 37-1 et suivants du même code, lorsque le procès-verbal de constatation de l'infraction est dressé avec un appareil électronique sécurisé permettant de dresser un procès-verbal dématérialisé, il est adressé, par voie postale au domicile du contrevenant, un avis de contravention et une notice de paiement. L'avis de contravention adressé par voie postale au contrevenant comporte les informations requises par les dispositions L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

11. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

12. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 22 février 2017 qui a entraîné le retrait de deux points a été constatée par l'établissement d'un procès-verbal électronique. Le ministre produit une copie du procès-verbal se rapportant à cette infraction, lequel revêt la signature de M. A C et précise la qualification de l'infraction et comporte en annexe la mention selon laquelle un retrait de points est prévu. Ce procès-verbal comporte, en outre, la mention de l'existence d'un traitement automatisé des points, de la possibilité pour l'intéressé d'exercer un droit d'accès et de rectification et de ce que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme s'étant acquitté de l'obligation qui lui incombe de fournir les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que M. A C n'est pas fondé à soutenir que le retraits de points à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

13. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 27 mai 2020 qui a entraîné le retrait de trois points a été constatée par l'établissement d'un procès-verbal électronique. Si le ministre se borne à produire le relevé d'information intégral de l'intéressé qui atteste de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée afférent à l'infraction commise le 27 mai 2020, il n'établit pas, à défaut de le produire à l'instance, que le formulaire d'amende forfaitaire majorée dont M. A C a été destinataire comportait les informations requises par le code de la route. L'administration n'apporte pas non plus la preuve que M. A C aurait été antérieurement destinataire d'un avis de contravention comportant lesdites informations. En outre, si le ministre de l'intérieur se prévaut de ce que M. A C a bénéficié desdites informations lors des infractions commises les 22 février 2017 et 22 avril 2020 et qu'il a ainsi satisfait à son obligation d'information préalable, il ressort du relevé intégral d'informations que lesdites infractions sont de nature différente, ayant pour motif des excès de vitesse d'au moins 20 km/heure et inférieurs à 30 km/heure, alors que l'infraction litigieuse du 27 mai 2020 a pour motif l'usage d'un téléphone par le conducteur d'un véhicule en circulation. Dans ces conditions, et alors qu'aucune infraction récente ne comporte ce motif, l'administration ne peut être regardée comme ayant satisfait à son obligation d'information du contrevenant. Par suite, M. A C est fondé à soutenir que la décision du ministre lui retirant trois points de son permis de conduire à la suite de cette infraction a été prise au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C est seulement fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur lui a retiré successivement trois points suite aux infractions commises respectivement les 15 décembre 2015 et 27 mai 2020 ainsi que, par voie de conséquence, la décision référencée " 48 SI ".

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

16. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, de restituer les points illégalement retirés suite aux infractions commises les 15 décembre 2015 et 27 mai 2020 sur le permis de conduire de M. A C. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent la contribution pour l'aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens. "

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'Etat au titre des dépens ou des frais visés respectivement aux articles R.761-1 et L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : Les décisions portant retrait de trois points pour des infractions au code de la route commises respectivement les 15 décembre 2015 et 27 mai 2020, ainsi que la décision référencée " 48 SI " du 9 avril 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A C les points illégalement retiré à la suite des infractions mentionnées à l'article 1, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le présidente

G. Verley-CheynelLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

N°2104464

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