mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2104477 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 juin 2021, M. C A, représenté par Me Bey, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 avril 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours, ainsi que celle rejetant implicitement son recours gracieux réceptionné le 17 mai 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut de motivation ; elle est irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ; elle a méconnu les stipulations des articles 6-5 et 6-7 de l'accord franco-algérien ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste des conséquences sur l'appréciation de sa situation personnelle ; le refus de régularisation par le travail est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ; elle est entachée d'erreur manifeste des conséquences sur l'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que sa décision de refus de séjour est assortie d'une simple invitation à quitter le territoire français et que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 11 avril 2022 par une ordonnance du 11 mars 2022.
Les parties ont été informées par un courrier du tribunal du 12 septembre 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, qu'il était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, inexistantes, la décision contestée du 12 avril 2021 portant uniquement refus de titre de séjour.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien né le 24 janvier 1982, a sollicité le 16 mai 2018 la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Par la décision attaquée du 12 avril 2021, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours. M. A a présenté un recours gracieux réceptionné le 17 mai 2021 dans lequel il a également sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien, ainsi que sur sa régularisation par le travail. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 12 avril 2021, ainsi que celle par laquelle le préfet du Rhône a implicitement rejeté son recours gracieux réceptionné le 17 mai 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision contestée du 12 avril 2021 a été signée par M. Sabatier, secrétaire administratif délégué, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du 12 mars 2021, publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du 15 mars 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
5. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
6. Pour refuser d'admettre au séjour M. A en qualité d'étranger malade, le préfet du Rhône s'est approprié l'avis rendu le 16 juillet 2020 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Si M. A conteste cette analyse en se bornant à faire valoir qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à la pathologie cardiaque dont il souffre dès lors que ce traitement est coûteux et qu'il est originaire d'une région algérienne excentrée dépourvue d'hôpital, il ne produit aucune pièce médicale de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet du Rhône sur sa possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait méconnu les stipulations précitées du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :; () / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. A soutient qu'il réside en France depuis le 30 juillet 2013 où il est hébergé par le foyer " Notre-Dame des sans-abri ", que sa sœur est titulaire d'un titre de séjour, qu'il travaille régulièrement depuis le mois d'août 2020 en qualité d'intérimaire et qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche en qualité de vendeur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui se maintient irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il a notamment fait l'objet le 9 janvier 2017 d'une décision de refus de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français, n'établit, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Enfin, si l'intéressé a effectué quelques missions en contrat d'intérim depuis le mois de novembre 2020, il ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle significative en France. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour opposé à M. A ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'accord 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent par conséquent être écartés. En l'absence d'autre élément, la décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
9. En cinquième lieu, si M. A se prévaut, à la date de rejet de son recours gracieux, de quelques bulletins de paie au titre des mois de novembre 2020 à mars 2021 suite à la réalisation de missions d'intérim et d'une promesse d'embauche de la SARL Imy sur un poste de vendeur/caissier, ces éléments ne suffisent pas à établir que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant implicitement de faire usage de son pouvoir de régularisation par le travail.
10. En sixième lieu, il résulte de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable que : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L.313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3 () ".
11. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que dans le cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions ou, en ce qui concerne les algériens, les conditions prévues par les stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et auxquels il envisage néanmoins de refuser le titre de séjour sollicité, et non du cas de tous les étrangers qui s'en prévalent.
12. M. A n'établissant pas être en situation de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en France au titre des articles 6-5 ou 6-7, de l'accord franco-algérien, le préfet du Rhône n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne les autres décisions :
13. Il est constant que la décision de refus de séjour est assortie d'une simple invitation de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions de M. A dirigées contre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, inexistantes, ne peuvent qu'être rejetées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026