mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2104596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | HASSID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juin 2021, M. D C, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 avril 2021 par laquelle le préfet du Rhône lui a refusé le bénéfice du regroupement familial pour son épouse, Mme A B et leurs trois enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'admettre son épouse et ses trois enfants au bénéfice du regroupement familial dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ainsi que de délivrer à son épouse un titre de séjour et à leurs trois enfants, un document de circulation pour enfant mineur, aux mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au même préfet de procéder à un réexamen de sa situation au regard du regroupement familial ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à M. C d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- le préfet a omis de saisir le maire de sa commune de résidence sur ses conditions de ressources et de logement, en méconnaissance des articles L. 421-2 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet du Rhône s'est senti lié par l'irrégularité du séjour de son épouse et de leurs enfants sur le territoire national et a ainsi entaché sa décision de refus d'une erreur de droit ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation sur ses conditions de logement et de ressources annuelles ;
- la décision attaquée porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de refus a été édictée au mépris de l'intérêt supérieur de ses enfants, en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Habchi, premier conseiller,
- et les observations de Me Checchi, substituant Me Hassid, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant turc né le 16 avril 1978, est entré régulièrement en France au cours de l'année 2011 pour s'y établir, après avoir effectué plusieurs séjours en France entre 2003 et 2011. Au cours du mois de septembre 2016, Mme B, ressortissante turque et leurs trois enfants nés en 2008 et en 2014, sont entrés en France afin de le rejoindre. Après avoir contracté mariage devant le consul général de Turquie à Lyon le 18 décembre 2019, M. C, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, a sollicité le bénéfice du regroupement familial auprès du préfet du Rhône, le 1er juillet 2020. Toutefois, par une décision du 6 avril 2021, le préfet a rejeté sa demande. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint () ". Aux termes de l'article L. 421-1 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 411-5. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Selon l'article L. 411-6 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Peut être exclu du regroupement familial : / () 3º Un membre de la famille résidant en France ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, notamment en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit du demandeur de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C, titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'en 2025, a épousé le 18 décembre 2019 à Lyon Mme B, avec laquelle il a eu trois enfants nés en 2008 (jumeaux) et en 2014 en Turquie. Il n'est pas contesté que la totalité de la famille réside à Vénissieux depuis l'année 2016, date à laquelle Mme B épouse C est entrée en France, accompagnée de leurs trois enfants mineurs. Il ressort également des pièces du dossier que M. C, qui fait état d'un revenu annuel supérieur à 22 000 euros en qualité de commerçant auto- entrepreneur, entretient la cellule familiale et a, par ailleurs, pris en location un logement à Vénissieux d'une superficie de 65 m², suffisante pour accueillir sa famille. En outre, les trois enfants ont effectué l'intégralité de leur scolarité sur le territoire national, depuis l'année 2016, et ces derniers, ainsi que leur mère, font état d'une présence continue en France de cinq ans à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de M. et Mme C et de leurs enfants, alors qu'il n'est pas contesté que les autres conditions du regroupement familial étaient remplies, le préfet du Rhône, en refusant de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par le requérant au seul motif que son épouse et leurs enfants mineurs étaient présents sur le territoire français, a porté, dans les circonstances particulières de l'espèce, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a entaché sa décision de refus d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 avril 2021 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial présentée en faveur de son épouse et de leurs enfants mineurs.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'annulation prononcée ci-dessus implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Rhône de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. C en faveur de son épouse et de leurs trois enfants mineurs, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme de 1 000 euros au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 6 avril 2021, par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. C en faveur de son épouse et de leurs trois enfants mineurs, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. C en faveur de son épouse et de leurs trois enfants mineurs dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
M. Habchi, premier conseiller,
Mme Soubié, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le rapporteur,
H. Habchi
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet
La greffière,
C. Delmas
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026