jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2104679 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 16 juin 2021 et le 12 décembre 2022 (non communiqué), Mme A B, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de ses préjudices ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication de ses motifs à la suite de sa demande du 5 février 2021 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle justifie de préjudices à hauteur de 10 000 euros résultant de l'illégalité de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par Mme B et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête sont devenues sans objet dès lors qu'il a délivré à Mme B une carte de séjour pluriannuelle portant mention " vie privée et familiale " valable du 1er juin 2021 au 31 mai 2023 ;
- les préjudices dont se prévaut Mme B ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante chinoise née le 23 septembre 1991, est entrée en France le 13 septembre 2014 afin d'y suivre des études. Elle a bénéficié d'un titre de séjour mention " étudiant " régulièrement renouvelé jusqu'au 8 décembre 2019. Le 12 septembre 2019, elle a sollicité un changement de statut en se prévalant de sa vie privée et familiale. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de ses préjudices.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision ayant rejeté une demande de titre de séjour lorsque, postérieurement à la saisine de la juridiction, l'autorité administrative a délivré le titre sollicité ou un titre de séjour emportant des effets équivalents à ceux du titre demandé.
3. En cours d'instance, le 20 juillet 2021, le préfet du Rhône a fait droit à la demande de Mme B et lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle valable du 1er juin 2021 au 31 mai 2023. Cette décision rapporte implicitement mais nécessairement la décision implicite de rejet attaquée. Les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête ayant de ce fait perdu leur objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". L'article R. 311-12-1 du même code alors en vigueur dispose que : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". En outre, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 232-4 de ce code précise que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour lors d'un rendez-vous en préfecture du 12 septembre 2019. Par courrier notifié le 15 février 2021 à la préfecture du Rhône, l'intéressée a, par l'intermédiaire de son avocate, demandé communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône aurait communiqué à l'intéressée les motifs de cette décision implicite de rejet. Il s'ensuit que Mme B est fondée à soutenir qu'en l'absence de motivation, la décision implicite de refus d'admission au séjour litigieuse doit être regardée comme entachée d'illégalité au regard des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée régulièrement en France le 13 septembre 2014. Elle établit s'y être maintenue depuis lors de manière régulière dans le cadre de titres de séjour mention " étudiant " régulièrement renouvelés, qui ne lui donnaient toutefois pas vocation à demeurer durablement en France. Elle a obtenu un master en management à l'Ecole supérieure de commerce de Dijon en 2016, un diplôme de langue et civilisation française (niveau B2) délivré par l'Université catholique de Lyon le 26 janvier 2018 ainsi qu'un diplôme en achats internationaux délivré par l'INSEEC de Lyon le 27 septembre 2019 et a exercé plusieurs activités professionnelles à titre accessoire quand elle était étudiante. Si elle fait valoir sa relation avec un ressortissant français avec qui elle a conclu un pacte civil de solidarité, ce contrat, conclu le 11 juin 2018, étant encore récent à la date de la décision attaquée. Mme B est sans enfant à charge et n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. En outre, les contrats de travail conclus avec la société Restalliance et la SARL du Chapeau Cornu dont elle se prévaut sont postérieurs à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions du séjour en France de l'intéressée, le préfet du Rhône n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposée méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences personnelles sur sa situation.
7. En dernier lieu, compte tenu de la situation personnelle et familiale de Mme B et des conditions de son séjour, telles que décrites au point précédent, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas au regard de motifs exceptionnels. Par ailleurs, si l'intéressée se prévaut de son employabilité, elle ne fait état d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposée méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur.
8. Alors que la seule illégalité fautive entachant la décision contestée est constituée par le défaut de motivation relevé au point 5, les préjudices dont Mme B demande réparation sont dépourvus de tout lien de causalité direct et certain avec un tel vice de légalité externe. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'État à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête de Mme B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Deniel, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
C. C
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Chareyre
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026