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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2104810

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2104810

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2104810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2021, Mme B A épouse C, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés, agissant par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de résident, ou à défaut une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication des motifs ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 313-11 4°, L. 313-11 6°, L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations des articles 7 quater, 10 a et 10 c de l'accord franco-tunisien, celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2022 par une ordonnance du 24 juin 2022.

Mme B A épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A épouse C, ressortissante tunisienne née le 14 décembre 1983, est entrée régulièrement en France sous couvert d'un visa valable du 5 mai 2017 au 5 mai 2018 en qualité de conjointe d'un ressortissant français. A l'échéance de validité de son visa valant titre de séjour " vie privée et familiale ", elle a sollicité à titre principal la délivrance d'une carte de résident de 10 ans en application des articles 10 a et 10 c de l'accord franco-tunisien, et à titre subsidiaire le renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle demande l'annulation du refus implicite né du silence gardé par le préfet du Rhône sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse C est entrée régulièrement en France sous couvert d'un visa valable du 5 mai 2017 au 5 mai 2018 suite à son mariage avec un ressortissant français prononcé le 6 septembre 2016, qui a été transcrit sur les registres de l'état civil français le 6 janvier 2017. Il est constant que la communauté de vie n'a pas cessé avec son époux avec lequel elle a eu un enfant né le 23 septembre 2020. Par suite, Mme A épouse C est fondée à soutenir qu'elle justifie, en sa qualité de conjointe de ressortissant français, de l'ensemble des conditions prévues au a) du 1 de l'article 10 de l'accord franco-tunisien auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'une carte de résident de dix ans.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A épouse C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer une carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Rhône délivre une carte de résident à Mme A épouse C. Il lui sera enjoint d'y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros à la selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats associés, conseil de Mme A épouse C, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande de carte de résident de Mme A épouse C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer une carte de résident à Mme A épouse C dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats associés, la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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