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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2104991

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2104991

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2104991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantNGUYEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 juin 2021 et 6 juin 2022, Mme K H, Mme B D, Mme J G et M. A C, la première nommée ayant qualité de représentant unique pour l'application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, représentés par Me Nguyen, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de Lyon du 19 janvier 2021 qui accorde à la un permis de construire pour la réalisation d'un immeuble d'habitation de dix-neuf logements et d'un local d'activités sur un terrain situé à l'angle des rues Jacquard et Philibert Roussy dans le 4ème arrondissement, ainsi que sa décision du 28 avril 2021 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Lyon la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- leur requête, présentée dans le délai de recours contentieux prorogé par leur recours gracieux, est recevable ;

- les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été respectées ;

- ils établissent le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de leurs biens ;

- ils justifient de leur intérêt pour agir, en leur qualité de voisins immédiats du projet qui porte atteinte aux conditions d'occupation et de jouissance de leurs appartements, du fait de pertes de vues, de luminosité et d'intimité, avec des vues directes sur leurs biens, ainsi que compte tenu de l'activité des locaux commerciaux prévus au rez-de-chaussée de la construction projetée ; les difficultés de stationnement et de circulation seront accrues ; il porte atteinte à l'intérêt des lieux, alors que leur immeuble est localisé dans le périmètre d'intérêt patrimonial " B4 Rues Bourne, Jacquard " du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon ; il entraîne la dévalorisation de leurs biens ;

- le permis de construire a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de concertation préalable prévue par l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, outil de démocratie locale et de mise en œuvre du principe constitutionnel de participation du public figurant à l'article 7 de la Charte de l'environnement ; le projet impacte son environnement urbain protégé par un périmètre d'intérêt patrimonial ;

- les avis ont été émis sur un dossier non définitif ; les modifications portant sur le volet architectural nécessitaient de consulter à nouveau l'architecte des bâtiments de France ;

- la demande de permis de construire ne comporte pas les pièces exigées pour un établissement recevant du public, permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées et avec les règles de sécurité, alors que le local en rez-de-chaussée doit accueillir des activités de services avec accueil d'une clientèle ;

- la décision contestée méconnaît l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme ;

- elle ne respecte pas l'article 5.1.1.2.2 des dispositions générales du règlement du plan, l'accès au parking souterrain de la rue Jacquard s'effectuant par un ascenseur à véhicules sans zone d'attente suffisante pour ne pas gêner la circulation des piétons et des véhicules sur la voie publique et assurer la sécurité des usagers ; cet espace ne présente pas une largeur suffisante pour permettre des croisements de véhicules ; il n'est pas possible de s'assurer du respect de la règle fixée par le b de cet article quant à la pente des 5 premiers mètres de la portion de desserte ;

- elle méconnaît l'article 5.2 de ces dispositions, puisque le nombre de logements sociaux projetés n'est pas établi, de sorte que le nombre de places de stationnement est insuffisant ; seuls vingt espaces présentent un accès indépendant ;

- elle contrevient aux articles 6.3.6 des dispositions communes du PLU-H et 3.1 du règlement de la zone URm1 du plan, dès lors que le projet implique une imperméabilisation de la quasi-totalité de la parcelle, sans aucune prescription pour la compenser ; il ne prévoit ni bassin de rétention des eaux pluviales, ni dispositif d'infiltration sur le terrain ou de rejet dans le réseau public ; des prescriptions auraient dû conduire l'auteur du projet à prévoir la réutilisation au moins partielle des eaux pluviales pour l'arrosage des espaces verts, le lavage des sols ou les WC des dix-neuf logements et du local d'activités, en application de l'article 6.3.6.1 b) ;

- le permis de construire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de l'insertion du projet dans son environnement bâti, au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, en raison de l'intérêt des lieux avoisinants protégés par un périmètre d'intérêt patrimonial auquel portent atteinte la densification excessive du terrain d'assiette et son aspect architectural ;

- il contrevient aux articles 4.2.4 et 4.2.6 du règlement de la zone URm1 du PLU-H.

Par un mémoire enregistré le 15 octobre 2021, la , représentée par la SELAS Lega-cité, conclut au rejet de la requête, le cas échéant, au sursis à statuer, et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, les requérants ne justifiant pas d'un intérêt pour agir alors qu'ils ne sont pas voisins immédiats du terrain d'assiette du projet ; celui-ci ne porte pas atteinte aux conditions d'occupation et de jouissance de leurs biens ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 17 mai 2022, la ville de Lyon, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens des requérants n'est fondé.

Par ordonnance du 17 mai 2022, la clôture d'instruction initialement fixée au 20 mai 2022, a été reportée au 9 juin 2022.

Par un courrier du 15 juillet 2022, les parties ont été informées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible de retenir les moyens tirés de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire à défaut de comporter les pièces exigées pour un établissement recevant du public, de la méconnaissance de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme et de l'article 5.1.1.2.2 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon, de juger que ces illégalités sont susceptibles d'être régularisées par un permis de construire et, en conséquence, de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il aura fixé pour cette régularisation.

Par des mémoires enregistrés respectivement les 28 juillet et 30 août 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la et la ville de Lyon ont fait valoir leurs observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités locales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme M,

- les conclusions de Mme Monteiro, rapporteure publique,

- les observations de Mme E pour la ville de Lyon,

- et les observations de Me Perrier pour la .

Une note en délibéré présentée pour la ville de Lyon a été enregistrée le 1er septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. La a saisi, le 13 juillet 2020, le maire de Lyon d'une demande de permis de construire afin d'édifier, après démolition de bâtiments existants, un immeuble comportant dix-neuf logements et un local d'activités, ainsi que vingt-huit places de stationnement, sur un terrain situé à l'angle des rues Jacquard et Philibert Roussy dans le 4ème arrondissement. Par arrêté du 19 janvier 2021, le maire de Lyon lui a accordé le permis de construire. Mme K H, Mme B D, Mme J G et M. A C en ont demandé, le 15 mars 2021, le retrait, auquel le maire a refusé de faire droit par courrier du 28 avril 2021. Ils demandent l'annulation de ces deux décisions.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Mme H habite au 3ème étage tandis que les autres requérants résident au rez-de-chaussée d'un immeuble situé en pourtour du carrefour en bordure duquel se trouve également le terrain d'assiette du projet. Eu égard au volume de la construction projetée, comportant sept niveaux et un attique, sur un site jusque-là occupé par deux maisons individuelles, le projet induira, au vu notamment des photographies versées à l'instance, une perte d'ensoleillement des biens des requérants ainsi que des vues directes sur l'appartement de Mme H. Dès lors, quand bien même il n'est pas établi que le projet aggraverait les conditions de circulation et de stationnement du quartier, ni qu'il impliquerait la perte de la valeur vénale des propriétés des requérants, ceux-ci justifient de leur intérêt à agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". En application de l'article L. 2131-1 de ce code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () Le maire certifie, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. ".

6. Le permis de construire en litige a été signé par M. I F, adjoint délégué à l'urbanisme et à l'aménagement, à l'habitat et au logement, en vertu d'une délégation de fonctions et de signature du maire de Lyon datée du 14 octobre 2020 consentie notamment à cet effet. Il ressort des mentions apposées sur l'arrêté de délégation qu'il a été transmis aux services de la préfecture le jour même, la commune justifiant par ailleurs qu'il a été publié au bulletin municipal officiel de la ville le 26 octobre 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme : " Les projets de travaux ou d'aménagements soumis à permis de construire ou à permis d'aménager, autres que ceux mentionnés au 3° de l'article L. 103-2, situés sur un territoire couvert par un schéma de cohérence territoriale, par un plan local d'urbanisme ou par un document d'urbanisme en tenant lieu ou par une carte communale peuvent faire l'objet de la concertation prévue à l'article L. 103-2. Celle-ci est réalisée préalablement au dépôt de la demande de permis, à l'initiative de l'autorité compétente pour statuer sur la demande de permis ou, avec l'accord de celle-ci, à l'initiative du maître d'ouvrage. ". En application du 3° de l'article L. 103-2 du même code, font l'objet d'une concertation préalable obligatoire, les projets et opérations d'aménagement ou de construction ayant pour effet de modifier de façon substantielle le cadre de vie, notamment ceux susceptibles d'affecter l'environnement, au sens de l'article L. 122-1 du code de l'environnement, ou l'activité économique.

8. Ainsi qu'il a été dit, le projet prévoit la construction d'un immeuble de sept niveaux surmontés d'un attique comportant dix-neuf logements et un local d'activités, ainsi que la création de vingt-huit places de stationnement en sous-sol. Il se situe en zone URm1 du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon (PLU-H), qui, selon les termes de son règlement, correspond à un secteur à caractère mixte dans lequel doit être favorisé et accompagné un fort renouvellement urbain dans une diversité de formes et de gabarits afin de concilier densité et enjeux environnementaux, ainsi que les transparences vers les cœurs d'ilot. Sans co-visibilité avec un monument historique, le projet s'insère dans un îlot constitué d'immeubles de volumes et hauteurs similaires. Il n'a ainsi pas pour effet de modifier substantiellement le cadre de vie ni de porter une atteinte à l'environnement. Par suite, sa seule situation en bordure d'un périmètre d'intérêt patrimonial n'obligeait pas le maire de Lyon à soumettre le projet à la concertation facultative prévue par les dispositions précitées de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, contrairement à ce que soutiennent les requérants.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévues par les lois ou règlements en vigueur. "

10. Les requérants soutiennent que la demande de permis de construire, déposée le 13 juillet 2020, a été complétée les 30 octobre et 23 décembre 2020 postérieurement aux avis émis par l'architecte des bâtiments de France, le gestionnaire du réseau de transport électrique RTE-GMR Lyonnais et la métropole de Lyon. Il apparaît toutefois que ces pièces complémentaires répondaient à une demande des services instructeurs de la commune et portaient essentiellement sur des précisions à apporter sur le formulaire cerfa et les plans de façade, ainsi que des éléments relatifs aux surfaces de plancher des logements en accession libre et des logements sociaux avec leur mode de financement, aux clôtures, à l'attestation de prise en compte de la règlementation thermique, à l'insertion paysagère au regard de la rue Philibert Roussy et à des matériaux, pour leur permettre d'apprécier la conformité du projet aux règles d'urbanisme, sans modification du projet de nature à influer sur les avis rendus, et en particulier sur celui, non obligatoire, de l'architecte des Bâtiments de France. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Lyon devait procéder à une nouvelle consultation des personnes publiques précitées.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code. "

12. Il apparaît que si le formulaire cerfa joint à la demande de permis de construire mentionne la construction, notamment, d'un local d'activités de type bureaux, il fait état, en rubrique 5.6, d'un local de 122 m² pour des activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle ressortant de la destination " commerce et activités de services ", distincte de la destination " autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire " qui comprend les bureaux. En raison de cette incohérence, la société pétitionnaire a indiqué, à la demande de la ville de Lyon, dans une pièce réceptionnée le 30 octobre 2020, que ce local ne relevait pas de la règlementation des établissements recevant du public, sans autre précision. Cependant, le maire de Lyon a autorisé, du fait des termes mêmes de la décision en litige, la construction en rez-de-chaussée du projet d'un local d'activité où s'effectue l'accueil d'une clientèle, sans disposer des documents requis par les dispositions de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incomplétude de la demande de permis de construire, en l'absence de telles pièces, est fondé.

13. Pour les mêmes motifs, en l'absence d'éléments probants permettant d'écarter le fait que le local d'activités projeté ne relève pas de la règlementation des établissements recevant du public, le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme relatives aux mentions devant être portées sur le permis lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt d'une demande d'autorisation d'urbanisme.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5.1.1.2.2 des dispositions communes du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon : " Conditions d'accès des terrains aux voies de desserte () / Les accès : / - sont conçus en tenant compte de la topographie et de la configuration des lieux dans lesquels s'insère l'opération, en cherchant d'une part à réduire leur impact sur la fluidité de la circulation des voies de desserte, d'autre part la mutualisation des accès ; / - présentent des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet ; / - prennent en compte la nature des voies sur lesquelles ils sont susceptibles d'être aménagés afin de préserver la sécurité des personnes (visibilité, vitesse sur voie, intensité du trafic) ; / - permettent d'assurer la sécurité des usagers des voies de desserte et de ceux utilisant ces accès. / Cette sécurité est appréciée compte tenu : / - de la position des accès et de leur configuration ; / - de la nature des voies de desserte, du type de trafic et de son intensité. () / Hormis pour l'accès aux terrains supportant une construction existante à la date d'approbation du PLU-H, les 5 premiers mètres de la portion de desserte interne à partir de l'accès présentent une pente maximale de 5 % ".

15. Il ressort des pièces du dossier que les vingt-huit places de stationnement prévues dans un parking en sous-sol seront accessibles par un ascenseur à voiture situé au débouché de la rue Jacquard. Ce dispositif, qui constitue la seule voie d'accès, en entrée et en sortie, au parking souterrain, est précédé d'un espace, hors voie publique, pour permettre le stationnement en attente du véhicule devant s'engager dans l'ascenseur. Toutefois, ses dimensions, de 4,20 m au point le plus large sur 4,06 m de long, font obstacle à toute possibilité de croisement sécurisé des véhicules entrant et sortant. Si la rue Jacquard est une voie à sens unique de circulation, à vitesse limitée et présentée comme peu fréquentée, elle dispose d'une voie à contre-sens réservée aux vélos. Ainsi, l'insuffisance de la zone d'attente est de nature à induire des manœuvres des véhicules stationnant sur celle-ci, en particulier en marche arrière, dangereuses pour les usagers de la voie, eu égard à son usage mixte, ainsi qu'un risque d'encombrement de la rue, notamment aux heures de pointes. Ainsi que le font valoir les requérants, le projet présente ainsi un risque pour la sécurité des usagers de cet accès et de la voie de desserte et ne permet pas d'assurer la fluidité de la circulation, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5.1.1.2.2 des dispositions communes du PLU-H. En revanche, il ressort des plans de coupe que les 5 premiers mètres de la portion de desserte comprise entre la voie publique et l'ascenseur ne présentent aucune pente, de sorte que le projet ne contrevient pas au dernier alinéa de ces dispositions.

16. En sixième lieu, les dispositions de l'article 5.2.3.1.1 des dispositions générales du règlement du PLU-H, auxquelles renvoie l'article 5. 2 du règlement de la zone URm1, imposent en secteur C, comme c'est le cas en l'espèce, que les projets de construction prévoient une place de stationnement pour 65 m² de surface de plancher, avec un minimum d'une place pour tout logement autre que le logement social, 0,5 place par logement social et une place pour une surface de plancher inférieure à 500 m² pour les commerces et activités de services. En application de l'article 5.2.2.4 de ce règlement, " En fin de calcul, l'arrondi s'effectue sur le total, résultant de l'addition des résultats obtenus pour chaque destination, au nombre entier inférieur lorsque la partie décimale à deux chiffres du résultat est inférieure à 0,50 ". Enfin, l'article 5.2.3.2.1 du même règlement précise que : " Pour les constructions à destination d'habitation, dès lors que le nombre de places réalisé est inférieur ou égal au nombre de logements, chaque place de stationnement bénéficie d'un accès indépendant. S'il est supérieur, les autres places peuvent être réalisées sous forme de places doubles bénéficiant d'un seul accès ".

17. Le projet prévoit ici la construction de dix-neuf logements d'une surface de plancher de 1 503 m², dont six logements sociaux d'une surface de plancher de 301 m², et un local d'activité de 122 m². Ainsi, le nombre de vingt-huit espaces de stationnement projetés dépasse celui des vingt-deux places de stationnement exigé par les dispositions précitées de l'article 5.2.3.1.1 du règlement. Contrairement à ce que font valoir les requérants, les informations contenues dans la demande de permis de construire suffisent à établir la réalisation de six logements sociaux, sans que la pétitionnaire ait besoin de produire, à ce stade, un agrément préfectoral valant octroi de financement pour la construction de logements locatifs aidés ou la preuve de la signature d'une convention de financement. Par ailleurs, si le projet prévoit plusieurs places en enfilade, vingt places disposent d'un accès indépendant. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet contrevient aux dispositions des articles 5.2.3.1.1 et 5.2.3.2.1 des règles générales du règlement du PLU-H.

18. En septième lieu, aux termes de l'article 3.1 du règlement de la zone URm1 du PLU-H : " Les principes d'aménagement des espaces libres / L'aménagement des espaces libres ne peut être réduit à un traitement des surfaces résiduelles de l'emprise du bâti, mais il est intégré dans la conception globale de tout projet comme un élément structurant, source de paysage et de biodiversité. () / Selon leur nature et leur vocation (espaces de circulation, terrasses, cours, jardins, bassins), l'aménagement paysager des espaces libres, outre les dispositions prévues aux sections 3.2 et 3.3 ci-après, est approprié à leurs fonctions, dans la recherche d'une composition globale cohérente et pérenne. / Le traitement des espaces libres prend également en compte : () -la gestion de l'eau pluviale, telle qu'elle est prévue au chapitre 6 de la partie I du règlement. Il convient, en particulier, de limiter au strict nécessaire les surfaces imperméables par l'emploi de matériaux favorisant l'infiltration de l'eau (sable, gravier, dalles alvéolées, pavés non joints, pavés poreux) et de concevoir un aménagement qui intègre la rétention de l'eau pluviale (modelés de terrain, bassins, noues,) ; () ". En application de l'article 3.2.1 de ce règlement, le coefficient de pleine terre est au moins de 20 %.

19. Par ailleurs, l'article 6.3.6.1 des dispositions communes du règlement du plan prévoit : " b. Infiltration et utilisation des eaux pluviales / Le traitement des 15 premiers millimètres de pluie dans des ouvrages de surface (tels que noue, tranchée infiltrante, jardin de pluie filtrant) protège les ouvrages enterrés (tels que les puits d'infiltration) d'un colmatage trop rapide. Ces 15 premiers millimètres correspondent aux petites pluies qui sont les plus fréquentes sur le territoire de la Métropole de Lyon. / Les eaux pluviales qui ont vocation à être infiltrées à la parcelle peuvent être partiellement utilisées pour les usages suivants : arrosage des espaces verts, lavage de sols, WC, réserve d'eau incendie ". En application de l'article 6.3.6.2 de ce règlement, les eaux pluviales sont soit totalement infiltrées sur le terrain, soit rejetées à débit limité dans un cours d'eau situé sur le terrain d'assiette du projet, étant précisé qu'une partie des eaux pluviales doit être infiltrée sur le terrain.

20. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le projet n'implique pas une imperméabilisation complète de la parcelle, eu égard aux espaces végétalisés collectifs ou privatifs projetés, pour une superficie totale de 189 m² sur un terrain d'assiette de 627 m². Par ailleurs, le projet prévoit un dispositif d'infiltration des eaux pluviales sur site, dont les modalités de gestion sont précisées dans la notice de gestion des eaux pluviales jointe à la demande de permis de construire, pour lequel la métropole de Lyon a émis, le 28 août 2020, un avis favorable assorti de prescriptions, intégralement reprises par l'arrêté contesté. Enfin, le maire n'avait pas à assortir l'autorisation de prescriptions quant à la réutilisation des eaux pluviales infiltrées sur le terrain, les dispositions précitées de l'article 6.3.6.1 faisant état seulement d'une simple faculté. Par suite, les dispositions citées aux points 18 et 19 n'ont pas été méconnues.

21. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article 4.2.1 du règlement de la zone URm1 du PLU-H : " () / Les constructions présentent une simplicité de volumes dont le gabarit prend en considération les constructions environnantes, et ceci à l'échelle d'une séquence urbaine caractéristique () ". En vertu de l'article 4.2.4 de ce règlement : " Qualité des façades et pignons / a. La composition de la façade prend en compte : / - le rythme des façades des constructions avoisinantes et ceci à l'échelle de la rue ou d'une séquence urbaine cohérente ; / - les éléments de modénature des constructions environnantes ; / - la densité des baies des constructions voisines et les proportions entre les parties pleines et les baies. () ". Son article 4.2.6 précise en outre que : " Matériaux et Couleurs / a. Le choix des matériaux utilisés en façade : / - contribue à l'insertion harmonieuse de la construction dans son environnement, sans pour autant exclure une architecture contemporaine ; / - évite au regard de leur pérennité, une trop grande diversité de matériaux dans une même façade. () ".

22. Le terrain d'assiette s'insère dans un îlot composé essentiellement de grands immeubles, sans aucune caractéristique architecturale ni harmonie particulière, tout comme l'îlot lui faisant face du côté de la rue Philibert Roussy. Il est bordé de deux bâtiments, de sept et neuf niveaux, contre lesquels il sera accolé. Il présente des coloris similaires et un volume moindre, pour assurer une transition avec les maisons lui faisant face situées rue Jacquard. Si le terrain d'assiette se trouve en bordure d'un périmètre d'intérêt patrimonial, cette proximité ne l'assujettit à aucune prescription particulière, eu égard à la configuration de la séquence urbaine dans laquelle il s'inscrit. La qualité de son architecture contemporaine est louée par l'architecte des Bâtiments de France dans son avis du 21 octobre 2020, qui décrit par ailleurs le projet comme développant une typologie " d'immeubles villa " dans le cadre d'une densification modérée du secteur. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet ne s'insèrerait pas dans son environnement bâti. Le maire de Lyon, en autorisant le projet en cause, n'a dès lors pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées.

Sur les conséquences de l'illégalité des décisions attaquées :

23. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. (). "

24. En dehors de l'hypothèse dans laquelle les éléments composant le projet auraient pu faire l'objet d'autorisations distinctes, les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme permettent au juge de l'excès de pouvoir de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où l'illégalité affecte une partie identifiable du projet et peut être régularisée par un permis modificatif. L'application de ces dispositions n'est pas subordonnée à la condition que la partie du projet affectée par le vice soit matériellement détachable du reste du projet.

25. Les vices affectant la légalité du permis de construire, relevés aux points 12, 13 et 15 ci-dessus, affectent une partie du projet et peuvent être régularisés sans qu'une telle régularisation implique d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu de procéder à l'annulation partielle du permis de construire du 19 janvier 2021, ainsi que de la décision rejetant le recours gracieux, en tant que le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas les pièces exigées par l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme pour un établissement recevant du public, que le permis ne comprend pas les mentions requises par l'article L. 425-3 du même code et que l'accès au projet, en l'absence d'une zone d'attente présentant une surface suffisante pour permettre le croisement des véhicules entrant et sortant, méconnaît l'article 5.1.1.2.2 des dispositions générales du règlement du PLU-H. Il convient de fixer à trois mois le délai imparti à la pétitionnaire pour solliciter la régularisation du projet.

Sur les frais de l'instance :

26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du maire de Lyon du 19 janvier 2021 et sa décision du 28 avril 2021 sont annulés en tant qu'ont été méconnues les dispositions des articles L. 425-3 et R. 431-30 du code de l'urbanisme ainsi que de l'article 5.1.1.2.2 des dispositions générales du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon, dans les conditions précisées au point 25 ci-dessus.

Article 2 : Il appartiendra à la société pétitionnaire de demander au maire de Lyon, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, un permis de construire de régularisation purgeant les vices relevés précédemment.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme K H, représentante unique des requérants, à la ville de Lyon et à la .

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La rapporteure,

K. M

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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