mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2105116 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 29 juin 2021 sous le n° 2105116, et un mémoire enregistré le 25 octobre 2021, M. C B, représenté par Me Bescou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, subsidiairement de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision n'est pas motivée en dépit de la demande de communication des motifs, en violation de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.
Un mémoire a été enregistré par le préfet du Rhône le 24 juin 2022 et n'a pas été communiqué.
Par décision du 17 septembre 2021, M. B n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
II. Par une requête enregistrée le 13 mai 2022 sous le n° 2203660, M. C B, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 12 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a désigné un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, subsidiairement de réexaminer sa demande ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder à l'effacement de toute mention relative à l'interdiction de retour sur le territoire sur le fichier SIS et d'en justifier, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions ont été signées par une autorité incompétente, faute pour le préfet de justifier de la délégation de signature consentie au signataire ;
- le refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur un refus de séjour lui-même illégal ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne précitée ;
- les décisions fixant un délai de départ volontaire, désignant un pays de renvoi et lui interdisant de retourner sur le territoire français sont illégales en ce qu'elles sont fondées sur une mesure d'éloignement elle-même illégale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne précitée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par ordonnance du 16 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2022.
Un mémoire a été enregistré par le préfet du Rhône le 24 juin 2022 et n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mai 2022.
Vu :
- l'arrêté du 26 janvier 2022 publié le 27 janvier 2022, portant délégation de signature à Mme A ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie,
- et les observations de Me Guillaume représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2105116 et n° 2203660 présentées pour M. B présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. En premier lieu, les conclusions de la requête n° 2105116 dirigées contre la décision implicite née du silence gardé par le préfet du Rhône sur la demande de titre de séjour formée par M. B, doivent être regardées comme dirigées exclusivement contre la décision du 12 avril 2022 rejetant explicitement cette demande et dont le requérant demande l'annulation dans la requête n° 2103660.
3. En deuxième lieu, le recours pour excès de pouvoir n'a pas pour objet de sommer l'administration défenderesse de justifier a priori de la légalité de la décision contestée. Il appartient au demandeur de soumettre au débat des moyens assortis des précisions utiles pour permettre au juge d'y statuer. En outre, une délégation de signature ayant une portée réglementaire, elle devient opposable dès sa publication. Il suit de là que la décision en litige ne saurait être entachée d'incompétence au seul motif que le défendeur ne produit pas l'acte qui habilitait le délégataire à la signer. L'arrêté susvisé ayant été régulièrement publié et le tribunal s'étant assuré, au titre de son office, que Mme A, signataire de la décision contestée, a agi dans les limites de la délégation qui lui a été consentie, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
4. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 ci-dessus que le moyen tiré de la violation de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. "
6. M. B, ressortissant mongol né en 1989, est entré en France pour la première fois en 2012 pour y demander l'asile. Sa demande ayant été rejetée, il a indiqué être parti en Allemagne avant de revenir à une date inconnue sur le territoire français où il a demandé le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande ayant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile le 1er juillet 2017, il s'est maintenu irrégulièrement en France avant de solliciter la régularisation de son séjour le 21 octobre 2019. Toutefois, M. B ne justifie d'aucune attache personnelle ou familiale en France, à l'exception de sa mère qui bénéficie d'un titre de séjour valable un an pour motifs de santé et qui n'a donc pas vocation à s'y maintenir. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. B serait particulièrement intégré dans la société française. La seule production d'une promesse d'embauche pour un emploi d'agent d'entretien au sein d'un camping n'est pas suffisante pour établir que l'intéressé aurait fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas plus que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la situation de M. B ne fait apparaître aucune considération humanitaire ou circonstance exceptionnelle qui justifierait qu'il soit admis exceptionnellement à séjourner en France. Le préfet du Rhône n'a donc pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application des dispositions précitées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".
9. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait elle-même illégale.
10. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été évoqués au point 6 ci-dessus, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire et la décision désignant un pays de renvoi :
11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " Selon l'article L. 612-12 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. "
12. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire et la décision désignant un pays de renvoi seraient elles-mêmes illégales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
14. D'une part, la décision par laquelle le préfet a interdit à M. B de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois n'ayant pas été prise en application de l'article L. 612-6, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de la violation de ces dispositions.
15. D'autre part, il résulte de tout ce qui a été dit précédemment que M. B, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français entre 2017 et 2019, ne justifie d'aucune attache personnelle et familiale stable sur le territoire français. Il ne justifie pas davantage de perspectives significatives d'intégration. Dans ces circonstances, l'interdiction de retour pour une durée de douze mois ne présente pas un caractère disproportionné.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes n° 2105116 et n° 2203660 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2105116 et n° 2203660 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
La rapporteure,
E. de Lacoste Lareymondie
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Nos 2105116, 2203660
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026