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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105151

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105151

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantWECKERLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2021, Mme A B, représentée par Me Weckerlin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire un point pour une infraction commise le 10 août 2019, quatre points pour une infraction commise le 28 juin 2020, ensemble la décision du 27 avril 2021 référencée " 48 SI " par laquelle le ministre a retiré quatre points de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 3 octobre 2020, l'a informée de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui restituer son titre de conduite doté du capital initial de douze points dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions procédant aux retraits de points de son permis de conduire ne lui ont pas été notifiées, à l'exception de la décision attaquée ;

- elle n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions commises ne peut être tenue pour établie, dès lors qu'elle n'a pas souvenance d'avoir acquitté les amendes correspondantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Par courrier du 8 juin 2022 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant retrait de point à la suite de l'infraction commise le 10 août 2019, dès lors qu'il résulte du relevé d'information intégral que le point retiré à la suite de cette infraction a été restitué à Mme B le 28 avril 2020, soit à une date antérieure à l'introduction du présent recours.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, il a été donné lecture du rapport en l'absence des parties ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a commis une série d'infractions les 10 août 2019, 28 juin et 3 octobre 2020. Par une décision du 27 avril 2021 référencée " 48SI ", le ministre de l'intérieur a retiré quatre points de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 3 octobre 2020, a récapitulé les retraits de points précédents et a constaté la perte de validité de ce permis. Mme B demande l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " () en cas de commission d'une infraction ayant entrainé le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points ().

3. Il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme B, produit par le ministre de l'intérieur, que le point correspondant à l'infraction commise le 10 août 2019 a été restitué le 28 avril 2020, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision de retrait de point sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu pour le tribunal de se prononcer sur la légalité des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions des 28 juin 2020 et 3 octobre 2020, ainsi que de la décision ministérielle référencée " 48 SI " du 27 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne le défaut de notification des retraits de points :

5. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

6. Mme B soutient que les décisions de retrait de point des infractions commises les 28 juin et 3 octobre 2020 et mentionnées dans la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification du retrait, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

7. En application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

8. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

9. Mme B soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 28 juin et 3 octobre 2020.

10. Il résulte des mentions " procès-verbal électronique " portées sur le relevé d'information intégral que les infractions susvisées ont été constatées à l'aide de procès-verbaux dématérialisés. Il résulte des dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles de ses articles A. 37-10 à A. 37-13 dans leur rédaction issue de l'arrêté du 2 juin 2009 que lorsqu'une infraction au code de la route est constatée au moyen d'un procès-verbal dématérialisé, le service verbalisateur adresse au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation, un avis de contravention, une notice de paiement et un formulaire de requête en exonération comportant les informations requises par la loi. S'il résulte de l'instruction qu'en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à défaut du paiement de l'amende forfaitaire ou du dépôt régulier d'une requête tendant à son exonération, cette infraction a fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée devenu définitif, laquelle établit la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à démontrer que Mme B aurait reçu l'information prévue à l'article L. 223-3 du même code.

11. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressée et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

12. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressée n'a pas été informée, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

S'agissant de l'infraction commise le 28 juin 2020

13. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif à la situation de Mme B que l'infraction du 28 juin 2020 ayant entraîné un retrait de quatre points a été constatée par l'établissement d'un procès-verbal électronique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si le ministre de l'intérieur produit le procès-verbal électronique, ce document, n'est revêtu ni de la signature de la requérante ni de la mention " refus de signer ", . Dès lors, l'information requise par les articles L.223-3 et R.223-3 du code la route n'a pas été portée à la connaissance de la requérante. Toutefois, comme le soutient le ministre de l'intérieur en défense, il ressort de l'historique des documents émis qu'à la suite de l'avis de contravention qui lui a été adressé le 7 juillet 2020, Mme B a formé le 20 juillet 2020 une requête en exonération en utilisant le formulaire joint audit avis de sorte qu'elle a nécessairement reçu cet avis et devait être regardée comme ayant bénéficié de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route, faute pour la requérante de justifier qu'elle aurait reçu un avis incorrect ou incomplet ou qu'elle n'aurait pas formé une requête en exonération. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 28 juin 2020 aurait été prise à la suite d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 3 octobre 2020

14. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif à la situation de Mme B que l'infraction du 3 octobre 2020 ayant entraîné un retrait de quatre points a été constatée par l'établissement d'un procès-verbal électronique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si le ministre de l'intérieur produit le procès-verbal électronique dressé à la suite de cette infraction, ce document n'est revêtu ni de la signature de la requérante ni de la mention " refus de signer ". Dès lors, l'information requise par les articles L.223-3 et R.223-3 du code la route ne peut être regardé comme ayant été portée à la connaissance de Mme B. Si le ministre de l'intérieur soutient qu'un avis de contravention du 10 octobre 2020 comportant les informations requises lui a été adressé, la production d'un historique des documents émis, mentionnant une notification de cet avis de contravention remis à la poste le 14 octobre 2020 et indiquant " NON " dans la case " Retour NPAI " ne saurait justifier de la réception par l'intéressée de cet avis de contravention ni davantage établir que la requérante a eu connaissance des informations requises avant la décision de retrait de points contestée. En outre, si le ministre de l'intérieur fait valoir que Mme B a bénéficié desdites informations lors de l'infraction commise le 10 août 2019, il n'établit pas que l'intéressée a eu connaissance de la nature de l'infraction et du retrait de point encouru. Par suite, Mme B est fondée à soutenir, sans qu'il y ait besoin de se prononcer sur les autres moyens présentés à l'encontre de cette décision, que ce retrait de quatre points est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, et à en demander l'annulation.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

15. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressée justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

16. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à l'encontre de Mme B à raison de l'infraction commise le 28 juin 2020. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressée de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de cette infraction est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision portant retraits de points à la suite de l'infraction commise le 3 octobre 2020, ainsi que de la décision ministérielle " 48SI " du 27 avril 2021 en tant qu'elle porte invalidation de son titre de conduite pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

19. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, de restituer à Mme B les quatre points illégalement retirés de son permis de conduire. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'Etat au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens au sens des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant retrait de quatre points à la suite de l'infraction au code de la route commise le 3 octobre 2020, ainsi que la décision " 48 SI " en tant qu'elle invalide le titre de conduite de Mme B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à Mme B les points illégalement retirés à la suite de l'infraction mentionnée à l'article 1er, sans toutefois que cette restitution ne puisse porter le capital de point du permis de conduire de l'intéressé à un nombre supérieur à douze, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022 .

La présidente,

G. Verley-Cheynel.La greffière

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier.

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