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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105286

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105286

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCAYUELA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2021, et un mémoire en réplique enregistré le 16 octobre 2022, qui n'a pas été communiqué, Mme D B, représentée par Me Cayuela, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle le directeur général des Hospices civils de Lyon a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle subit depuis sa reprise de travail, le 20 avril 2020, une situation de harcèlement moral, agissements excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique ; dans ces conditions, le bénéfice de la protection fonctionnelle ne pouvait pas lui être refusé.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, les Hospices civils de Lyon (HCL) concluent au rejet de la requête.

Les HCL soutiennent que la requérante ne fait état d'aucun fait susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral ; la requérante connaît des relations conflictuelles avec des collègues, lesquelles ont justifié des mesures d'organisation de ses fonctions, dans le cadre de l'exercice du pouvoir hiérarchique.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Reniez, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C, pour les Hospices civils de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Recrutée en 2006 en qualité d'agent contractuel par les Hospices civils de Lyon, Mme B bénéficie depuis le 1er janvier 2014 d'un contrat à durée indéterminée en qualité de chargée d'études. Elle conteste la décision du 4 mai 2021 par laquelle le directeur général des Hospices civils de Lyon a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 visée ci-dessus, alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes du IV de l'article 11 de la même loi : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre () les agissements constitutifs de harcèlement () dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.

3. Pour soutenir qu'elle a été victime de harcèlement moral depuis avril 2020, date de sa reprise d'activité en mi-temps thérapeutique après un congé maladie, Mme B fait valoir qu'elle a été privée d'une partie des tâches qui lui étaient attribuées, à savoir ses missions de responsable opérationnel et d'encadrement, que ses responsables hiérarchiques ont à plusieurs reprises mis en cause de manière vexatoire et injustifiée son comportement professionnel et la nature de ses relations avec ses collègues. Elle soutient également avoir été en partie mise à l'écart, ainsi qu'en attestent selon elle notamment sa disparition des organigrammes des services où elle est affectée et la réorganisation de l'aménagement de son bureau, que son travail n'était jamais valorisé, et que sa direction a mené une enquête à charge dans le cadre de son différend avec sa supérieure hiérarchique, en faisant témoigner ses collègues contre elle et en la soumettant à une expertise visant à apprécier sa capacité psychologique à assurer son travail. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les responsables des Hospice civils de Lyon ont cherché à aménager les fonctions de Mme B dans le cadre de sa reprise d'activité en mi-temps thérapeutique le 20 avril 2020, puis, le 24 août 2020, suite à un nouvel arrêt maladie à compter du 15 mai 2020, alors que l'intéressée avait fait état à plusieurs reprises d'une charge trop importante de travail. Il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard des attributions de Mme B, qui exerce par ailleurs des missions de chargée de recherches, du contexte de sa reprise de travail en mi-temps thérapeutique et des difficultés relationnelles qu'elle a pu connaître avec plusieurs collègues, qui sont suffisamment attestées par les documents produits en défense, que les décisions prises concernant les missions attribuées à Mme B lors de sa reprise de travail, qui étaient justifiées par l'intérêt du service, seraient constitutifs de harcèlement moral. Il ne ressort pas non plus que révéleraient une telle situation de harcèlement les propos qui lui ont été tenus par ses supérieurs lors des entretiens menés avec elle, dont aucune pièce du dossier n'établit le caractère déplacé, ainsi que les démarches entreprises ultérieurement pour définir l'évolution de sa situation, dans le cadre d'une relation devenue conflictuelle avec sa supérieure, démarches qui n'ont pas excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Par suite, et même si les certificats médicaux produits établissent l'existence d'un état de stress et d'épuisement professionnel, les éléments mis en avant par Mme B ne sont pas de nature à faire présumer une situation de harcèlement moral, au sens des dispositions citées au point 2. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le directeur général des Hospices civils de Lyon lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B dirigées contre la décision du 4 mai 2021 attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et aux Hospices civils de Lyon.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Gros, premier conseiller,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

B. Gros

Le président, rapporteur

T. A

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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