mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2105357 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PAQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 7 juillet 2021 et le 14 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Paquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour en date du 24 février 2021 ;
2°) de déclarer inexistante ou à défaut d'annuler la décision du 16 novembre 2021 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication des motifs et d'un défaut d'examen complet de sa situation ; elle méconnaît les dispositions des articles L 424-1, L 424-3 4° et L. 314-11 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision du 16 novembre 2021 de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour, qui ne s'est pas substituée à la décision implicite de refus de séjour, est entachée d'erreur d'appréciation des faits et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ; elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'un détournement de procédure ; que la préfète ne pouvait prendre une décision de refus d'enregistrement neuf mois après l'enregistrement de sa demande de titre ; elle est d'une illégalité telle que son existence même est remise en cause ;
Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la décision explicite du 16 novembre 2021 s'est substituée à la décision implicite née précédemment et que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2022 par une ordonnance du 4 février 2022.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante guinéenne née le 17 octobre 1996, est entrée en France le 13 novembre 2019 avec sa fille née le 10 mars 2018. Par une décision de l'Office de protection des réfugiés et des apatrides du 12 mars 2020, sa fille mineure s'est vue reconnaître la qualité de réfugié. Mme B a sollicité le 24 février 2021 la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de parent d'un enfant réfugié auprès de la préfecture de l'Ain et s'est vue délivrer à cette date un récépissé de demande de titre de séjour. Par une décision du 16 novembre 2021, la préfète de l'Ain a informé l'intéressée de son refus d'enregistrer la demande de titre de séjour au regard du caractère apocryphe de sa carte nationale guinéenne produit à l'appui de sa demande de titre. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la préfète de l'Ain a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que de déclarer inexistante ou à défaut d'annuler la décision du 16 novembre 2021 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'abord, aux termes de l'article L. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais repris à l'article 431-3 du même code : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour () ". Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais repris à l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. ". Aux termes de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais repris à l'article R. 431-12 du même code : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. ". Aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais repris à l'article R. 431-1 du même code : " Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. "
3. Il ressort des pièces du dossier que suite à sa demande de carte de résident présentée le 24 février 2021, Mme B s'est vue remettre à cette même date le récépissé prévu par les dispositions alors applicables de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, qui lui a été régulièrement renouvelé, et qu'en l'absence de réponse à sa demande à l'échéance d'un délai de quatre mois, celle-ci a été implicitement rejetée conformément aux dispositions précitées de l'article R. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête enregistrée le 7 juillet 2021, Mme B a demandé au tribunal l'annulation de cette décision implicite de refus de titre. Il ressort également des pièces du dossier que, par une décision du 16 novembre 2021, que la requérante conteste également dans un mémoire complémentaire enregistré le 14 janvier 2022, la préfète de l'Ain a, sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, informé l'intéressée de ce qu'elle refusait d'enregistrer sa demande de titre au regard du caractère apocryphe de sa carte nationale guinéenne produit à l'appui de sa demande de titre, qui lui a été confirmé le 23 août 2021 par l'analyse de la direction zonale de la police aux frontières. Cette décision, intervenue neuf mois après l'enregistrement de la demande de titre de Mme B et postérieurement à la naissance de la décision rejetant implicitement sa demande de titre, ainsi qu'au demeurant après le dépôt de la requête de Mme B contestant cette décision implicite de rejet, doit être regardée comme une décision expresse refusant l'admission au séjour de Mme B qui s'est ainsi substituée à la décision implicite de rejet précédemment née. Par suite, les conclusions de la requête de Mme B doivent être regardées comme tendant exclusivement à l'annulation de la décision du 16 novembre 2021 par laquelle la préfète de l'Ain doit être regardée comme ayant refusé de l'admettre au séjour.
4. Ensuite, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : ()4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. "
5. Pour refuser l'admission au séjour de Mme B en qualité de parent d'un enfant réfugié, la préfète de l'Ain lui a opposé le caractère apocryphe de la carte nationale guinéenne qu'elle a produit à l'appui de sa demande. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B a également produit, à l'appui de sa demande de titre, un jugement supplétif du tribunal de première instance de Conakry Mafanco du 26 février 2021 tenant lieu d'acte de naissance et transcrit en marge des registres de l'état civil, ainsi qu'une carte d'identité consulaire de l'ambassade de Guinée qui lui a été délivrée le 19 mars 2021, dont l'authenticité a été confirmée par les services de la direction zonale de la police aux frontières. Par suite, Mme B justifie par ces pièces de son état civil et de sa nationalité à la date de la décision attaquée. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'elle est la mère d'une fille née le 10 mars 2018 qui s'est vue reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 23 juillet 2020. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la décision de refus en litige méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 novembre 2021 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé l'admettre au séjour en France en sa qualité de parent d'un enfant réfugié et de lui délivrer ainsi la carte de résident correspondante.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement, qui accueille les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B implique nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu et sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que la préfète de l'Ain délivre à l'intéressée une carte de résident d'une durée de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, le versement à Me Paquet de la somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 16 novembre 2021 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'admettre au séjour Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de délivrer à Mme B une carte de résident d'une durée de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Paquet la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026