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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105403

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105403

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBECHAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 juillet 2021 et 18 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Bechaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 février 2021 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale ", ou à défaut, une carte de séjour " élève étudiant " ; à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la préfète ne pouvait lui opposer l'incomplétude de son dossier dès lors qu'il n'a pas été mis en demeure de le compléter comme le prévoit les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors qu'il a produit des pièces justifiant que son frère le prenait en charge financièrement ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 313-7 et R. 313-10 du même code.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 août 2021 et 8 novembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du 6 mai 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix,

- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,

- les observations de Me Bechaux, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 14 octobre 1999, a sollicité le 25 octobre 2019 la délivrance d'un titre de séjour, laquelle demande a été rejetée par la préfète de l'Ain par une décision du 5 février 2021 dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 13 juillet 2014 alors qu'il n'avait que 14 ans et a été accueilli par son oncle de nationalité française, lequel l'a adopté par jugement du 31 juillet 2014. Il a été inscrit dès septembre 2014 en classe de troisième au collège, a poursuivi toute sa scolarité et était, à la date de la décision attaquée, inscrit en deuxième année de brevet de technicien supérieur. Les bulletins de notes et attestations de ses professeurs et du proviseur produits révèlent que M. A est un élève sérieux, travailleur, investi dans sa réussite scolaire avec une attitude en classe qualifiée d'exemplaire ou irréprochable. Est par ailleurs présent en France son frère aîné, dont la nationalité française n'est pas contestée en défense, lequel, habitant dans une autre région, atteste le voir régulièrement et le soutenir financièrement. Dans ces conditions, et compte tenu du jeune âge de l'intéressé à son entrée sur le territoire, lequel y a séjourné régulièrement une partie importante de sa vie d'adolescent et de jeune adulte, la préfète ne pouvait, sans porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a pris sa décision, en méconnaissance des dispositions précitées du 7° de l'article 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui refuser le séjour en France. La décision du 5 février 2021 lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité doit, dès lors, être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement, qui accueille les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, implique nécessairement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, eu égard au motif d'annulation retenu, que la préfète de l'Ain délivre à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à la préfète d'y procéder dans le délai de deux mois.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 février 2021 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de délivrer à M. B A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

A. Lacroix

La présidente,

C. MichelLa greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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