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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105407

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105407

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 8 juillet 2021 sous le numéro 2105407, Mme B F épouse E, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille, A C ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation de ses préjudices causés par l'illégalité fautive de la décision en litige ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou à défaut à lui verser directement en cas de non-admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Mme E soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de la décision de refus de regroupement familial est constitutive d'une faute engageant la responsabilité de l'administration ;

- elle subit un trouble dans ses conditions d'existence induit par l'impossibilité de poursuivre une vie familiale normale ;

- elle subit un préjudice moral du fait de la séparation d'avec sa fille, à laquelle elle ne peut rendre visite dans le contexte actuel.

Par une lettre enregistrée le 18 octobre 2022, Mme E déclare se désister de ses conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de regroupement familial, celui-ci lui ayant été accordé, mais persiste dans ses conclusions indemnitaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que les conclusions indemnitaires présentées par Mme E ne sont étayées d'aucun justificatif suffisant.

II. Par une requête enregistrée le 8 juillet 2021 sous le n° 2105408, Mme B F épouse E, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser la somme provisionnelle de 3 000 euros en réparation du préjudice causé par l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'une autorisation de regroupement familial au bénéfice de sa fille, assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable adressée le 15 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision lui refusant implicitement la délivrance d'une autorisation de regroupement familial au bénéfice de sa fille méconnaît les dispositions de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplit l'ensemble des conditions prévues par cet article ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est fondée, en raison de l'illégalité de cette décision, à solliciter le versement d'une provision de 3 000 euros au titre des préjudices subis.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2021, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il a été fait droit à la demande de regroupement familial de la requérante le 1er septembre 2021 et que les moyens soulevés par l'intéressée ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tocut, rapporteure,

- et les observations de Me Zouine, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante algérienne né le 22 juillet 1971, demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille, A C, ainsi que l'indemnisation des préjudices résultant de l'illégalité de cette décision.

2. Les affaires n° 2105407 et n° 2105408 présentent à juger de questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. Le bénéfice de l'aide juridictionnelle ayant été refusé à Mme E par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande.

Sur le désistement :

4. Par un acte du 18 octobre 2022, Mme E a déclaré se désister de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de refus de regroupement familial et d'injonction subséquentes, le préfet du Rhône ayant finalement fait droit à sa demande par une décision du 1er septembre 2021. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. L'article 4 de l'accord franco-algérien stipule : " Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France.". Aux termes de l'article R. 411-4 de ce même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ". Aux termes de l'article R. 411-5 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 411-5, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : () - en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes () ".

6. Il résulte de l'instruction que Mme E réside en France régulièrement depuis plus de dix-huit mois sous couvert d'une carte de résident alors qu'il n'est pas contesté que sa fille mineure résidait toujours en Algérie à la date de la décision rejetant implicitement sa demande d'autorisation de regroupement familial. Elle vit avec son autre fils mineur dans un appartement de 62 m² de surface habitable à Lyon (Rhône) dont elle est locataire et justifie, sur la période de référence, de ressources supérieures à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet du Rhône a entaché sa décision implicite d'une erreur d'appréciation en refusant à Mme E le regroupement familial au bénéfice de sa fille mineure, alors qu'elle en remplissait toutes les conditions fixées par les stipulations précitées. Cette illégalité fautive engage la responsabilité de l'Etat.

7. La demande de regroupement familial ayant été présentée le 15 octobre 2019, le délai de six mois imparti au préfet pour statuer sur cette demande, en application des dispositions alors applicables des articles L. 421-4 et R. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui aurait dû expirer le 15 avril 2020, n'a expiré que le 27 juillet 2020, en application des dispositions combinées des articles 1er et 7 de l'ordonnance visée ci-dessus du 25 mars 2020. Par suite, la décision implicite de rejet de cette demande est née le 28 juillet 2020. Une période de treize mois s'est donc écoulée entre ce refus et la décision précitée du 1er septembre 2021 faisant droit à la demande de regroupement familial.

8. Pour établir le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence qu'elle invoque, Mme E fait valoir que cette séparation a eu des répercussions psychologiques, tant pour elle-même que pour sa fille, et qu'elle a entrainé une mise entre parenthèse de la vie familiale. Elle produit un certificat médical, qui évoque des troubles familiaux importants, ne précise pas la nature de ceux-ci et n'évoque pas spécifiquement la séparation d'avec sa fille, effective au moins depuis l'arrivée en France de la requérante, au plus tard en 2016

9. Toutefois, le certificat médical produit n'établit pas les troubles dans les conditions d'existence invoqués. S'agissant de son préjudice moral personnel, , il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 800 euros, tous intérêts compris au jour du présent jugement.

Sur la demande de provision :

10. Le présent jugement statue au fond sur les conclusions indemnitaires de Mme E. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à condamner l'Etat au versement d'une provision au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés aux litiges :

11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme 1 200 euros à verser à Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de Mme E tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête n° 2105407.

Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Mme E une somme de 800 euros, tous intérêts compris au jour du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Mme E une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de provision de la requête n° 2105408.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2105407 et 2105408 est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F épouse E et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

C. Tocut

Le président,

M. D Le greffier,

J.-P. Duret

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2105407 - 2105408

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