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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105512

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105512

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 7ème chambre
Avocat requérantRIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juillet 2021 et 9 septembre 2022, M. D, représenté par Me Riou, demande au tribunal :

1°) d'annuler le compte-rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2020, ensemble la décision du 10 mai 2021 portant rejet de son recours du 30 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'autorité hiérarchique de procéder à une nouvelle évaluation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- son entretien professionnel n'a pas été régulier ;

- le compte rendu de cet entretien est entaché d'erreur de droit et de discrimination ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- la décision du 10 mai 2021 n'est pas entachée d'incompétence ;

- c'est M. D qui s'est imposé dans la chambre d'hôtel du major, pendant un déplacement professionnel, pour avoir son entretien d'évaluation ;

- les conditions de l'entretien n'ont pas privé M. D d'une garantie ;

- la circulaire du 26 décembre 2016 n'a pas de valeur réglementaire ;

- les dates figurant sur le formulaire correspondent aux dates de rédaction de celui-ci, et non de sa signature ;

- le principe d'égalité n'a pas été méconnu ;

- l'acte n'a pas été entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par ordonnance en date du 9 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- l'arrêté du 11 janvier 2013 relatif à l'entretien professionnel de certains personnels du ministère de l'intérieur ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire,

- et les conclusions de M. Arnould, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, brigadier-chef de police nationale, affecté à la compagnie républicaine de sécurité routière de Chassieu, a fait l'objet d'une procédure d'évaluation de son activité professionnelle au titre de l'année 2020. Un compte-rendu d'entretien professionnel lui a été notifié le 24 avril 2021. Son recours administratif contre ce compte-rendu a été rejeté par décision du 10 mai 2021. Il demande au tribunal d'annuler les décisions successives relatives à son évaluation au titre de l'année 2020.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 30 avril 2021 :

2. Le 30 avril 2021 M. D a adressé un " recours gracieux " au commandant de police, sous couvert de la voix hiérarchique. Le 10 mai 2021, le major C, qui a conduit l'entretien professionnel de M. D, a informé le commandant de police qu'il n'envisageait pas de modifier l'appréciation qu'il avait portée sur la manière de servir de l'agent. Le commandant a signé ce document le 12 mai 2021 avec la mention " pris connaissance de la décision du major C et de la notification au fonctionnaire ". Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de rejet de son recours administratif serait entaché d'incompétence, manque, en tout état de cause, en fait.

Sur les conclusions à fin d'annulation du compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 et à fin d'injonction :

3. Aux termes de l'article 17 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Les notes et appréciations générales attribuées aux fonctionnaires et exprimant leur valeur professionnelle leur sont communiquées. / () ". Aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée : " Par dérogation à l'article 17 du titre Ier du statut général, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct. Toutefois, les statuts particuliers peuvent prévoir le maintien d'un système de notation. / (). Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article ".

4. Aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 susvisé : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance ".

5. Le major C, supérieur hiérarchique de M. D a établi un rapport le 10 juin 2021, selon lequel, au cours d'un déplacement professionnel, le requérant s'est inquiété, auprès de lui, le vendredi 23 avril 2021, de n'avoir pas encore été convoqué pour son entretien professionnel, puis s'est présenté, le samedi 24 avril en matinée dans sa chambre d'hôtel pour que cet entretien ait lieu immédiatement. Il explique également que c'est avec l'accord de M. D que l'entretien a été enregistré, et que le major B a assisté à une partie de l'entretien, car il est un interlocuteur privilégié de M. D.

6. M. D soutient qu'il n'a " pu imposer à son supérieur hiérarchique la tenue d'un entretien d'évaluation professionnelle hors de tout cadre légal et dans une chambre d'hôtel ". Toutefois, il n'apporte aucune précision quant aux circonstances dans lesquelles il se serait, contre son gré, trouvé le samedi matin dans la chambre d'hôtel du major C, alors que celui-ci ne l'aurait pas convoqué.

7. Dans ces conditions, il doit être reconnu comme établi que l'entretien professionnel de M. D s'est tenu dans les conditions qu'il a, lui-même, organisées et auxquelles, par suite, il a pu se préparer, sans que cela le prive d'une garantie, quand bien même il aurait été préférable que le major C refuse de conduire dans ces conditions l'entretien de M. D. Il n'est pas allégué que M. D, qui a refusé de signer le compte-rendu de son entretien professionnel, a été privé de la possibilité d'y mentionner ses observations personnelles.

8. M. D soutient, ensuite, que son évaluation était établie et signée tant par le major C que par le commandant de la CRS avant même qu'intervienne son entretien professionnel. En l'espèce, l'administration ne conteste pas qu'un projet d'évaluation avait été rédigé antérieurement à l'entretien avec M. D. L'échange entre le major C et M. D n'a pas conduit à modifier ce document. En revanche, alors que dans son recours administratif du 30 avril 2021, M. D ne relève pas que le document qu'il a refusé de signer le 24 avril 2021 aurait déjà comporté la signature du major C et du commandant de la CRS, l'explication donnée en défense, selon laquelle les signatures ont été apposées postérieurement à l'entretien doit être accueillie. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité alléguée selon laquelle la procédure prévue à l'article 7 de l'arrêté du 11 janvier 2013 n'aurait pas été respectée, doit être écarté.

9. M. D soutient que le compte-rendu de son entretien professionnel est entaché d'erreur de droit, car sa conclusion exprimerait une discrimination. Les différents items du document comportent des appréciations positives quant à la manière de servir de M. D. Le major C lui conseille néanmoins, en conclusion, de faire abstraction de ses opinions personnelles et d'appliquer dans l'exercice de ses missions les instructions qui lui sont données. Dans sa réplique, M. D explique qu'il estimait le port du masque inutile et n'était pas favorable à la verbalisation, qu'il s'agit d'une opinion politique et qu'il a donc été discriminé à raison de cette opinion. Toutefois, le major C n'a pas fait grief à M. D de cette conviction, mais de ce que cette opinion personnelle a eu une incidence dans la manière de servir de M. D, qui n'appliquait pas les consignes de fermeté qui ont été données dans le cadre de la crise sanitaire et s'arrogeait un pouvoir discrétionnaire excessif. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'évaluation de M. D aurait été entachée de discrimination et d'atteinte au principe d'égalité doit être écarté.

10. En dernier lieu, la présence de ce reproche, dans une appréciation globalement positive, n'entache pas le compte rendu d'entretien professionnel de M. D de contradiction ni d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, à verser à M D au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

La magistrate désignée, La greffière

A. Wolf F. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°210551

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