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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105576

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105576

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCOSTANTINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2021 la Société Hôtel Berneron, représentée par la SCP Beraud-Lecat-Bouchet (Me Lecat), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le maire de Vallon Pont d'Arc a réglementé la circulation au centre du village pour les mois de juillet et août 2021 en tant qu'il interdit la circulation sur le boulevard Peschaire Alizon, pour sa partie comprise entre ses intersections avec la rue Lorion Blachère et avec la rue place Jules Ollier de Marechard ;

2°) d'enjoindre à la commune de Vallon Pont d'Arc de retirer la barrière installée sur le boulevard Peschaire Alizon au niveau de son intersection avec la place Jules Ollier de Marechard, dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Hôtel Berneron soutient que :

- l'arrêté attaqué est illégal en ce qu'il porte atteinte au droit de propriété garanti par l'article 544 du code civil, l'article 10 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'article 1 du protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'aucun élément d'intérêt public n'est avancé :

- il est illégal en ce qu'il porte atteinte à la liberté de commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, la commune de Vallon Pont d'Arc, représentée par Me Costantini, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Hôtel Berneron sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- l'arrêté réglementant la circulation en centre de village vise à favoriser la vie économique, commerciale et touristique de la zone et à assurer la sécurité et la bonne circulation des usagers des voies durant la période estivale, intérêt public qui justifie la mesure de police ;

- l'arrêté attaqué ne comporte pas d'interdiction générale et absolue ;

- il n'est pas démontré que l'arrêté attaqué pourrait compromettre la poursuite de l'activité commerciale.

Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M A,

- et les conclusions de Mme Deniel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 juin 2021, le maire de la commune de Vallon Pont d'Arc a réglementé la circulation du centre du village pour les mois de juillet et août 2021 en délimitant une zone piétonne où la circulation est interdite à des horaires définis pour chaque jour de la semaine. La société Hôtel Berneron demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté en tant qu'il interdit la circulation sur le boulevard Peschaire Alizon pour sa partie comprise entre ses intersections avec la rue Lorion Blachère et avec la rue place Jules Ollier de Marechard et en tant qu'il prévoit la pose d'une barrière matérialisant cette interdiction.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et les voies de communication à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. () " Aux termes de l'article L. 2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : 1° Interdire à certaines heures l'accès de certaines voies de l'agglomération ou de certaines portions de voie ou réserver cet accès, à certaines heures ou de manière permanente, à diverses catégories d'usagers ou de véhicules ; ().

3. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que le maire de la commune de Vallon Pont d'Arc a entendu réglementer la circulation du centre du village pendant la période estivale afin de favoriser la vie économique, commerciale et touristique de cette zone et d'assurer la sécurité et la bonne circulation des usagers des voies durant cette période. En conséquence, l'arrêté définit une aire piétonne, géographiquement délimitée, et les conditions de circulation des véhicules et deux-roues motorisés, interdisant leur circulation les lundis, mercredis, vendredis et samedis de 18 heures à 23 heures, le dimanche de 10 heures à 23 heures, le jeudi de 6 heures à 23 heures et enfin le mardi de 15 heures à 1 heure du matin.

4. La société requérante soutient que cet arrêté, en tant qu'il interdit la circulation sur le boulevard Peschaire Alizon pour sa partie comprise entre ses intersections avec la rue Lorion Blachère et avec la rue place Jules Ollier de Marechard et prévoit la pose d'une barrière matérialisant cette interdiction, porterait atteinte à son droit de propriété, à la liberté du commerce et de l'industrie et présenterait un caractère disproportionné en ce qu'il priverait l'hôtel de son libre accès à la voie publique et aux places de stationnement dont il est propriétaire, situées face à l'établissement et utilisées notamment pour son approvisionnement, et enfin, en ce qu'il empêcherait les clients d'accéder à l'hôtel pour y déposer leurs bagages, sans qu'aucun intérêt public ne soit avancé pour justifier ces atteintes. Toutefois, la commune de Vallon Pont d'Arc fait valoir en défense, sans que cela soit sérieusement contesté par la société requérante, qu'en raison de son implantation au cœur des gorges de l'Ardèche et de sa proximité avec de nombreux sites touristiques, elle connaît, durant la période estivale, un afflux important de population, multipliant par dix son nombre d'habitants rendant indispensables des mesures de restriction de la circulation dans certaines zones du centre du village non adaptées à de tels flux de circulation. Or, en l'espèce, il n'est pas davantage contesté que la portion de voie concernée par l'arrêté en litige serait soumise à une circulation importante sans y être particulièrement adaptée, il ressort d'ailleurs des photographies incluses dans les constats d'huissiers, versés au débat par les deux parties, que les rues de la zone piétonnisée se caractérisent par une largeur limitée. En outre, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que la restriction apportée à la circulation n'est ni générale et ni absolue étant limitée à certaines heures pour chaque jour de la semaine durant les seuls mois de juillet et d'août et que, durant ces plages horaires, des dérogations sont prévues pour des véhicules autorisés, l'accès à l'hôtel Berneron demeurant possible pour les clients et les fournisseurs, qui peuvent ainsi utiliser les places de stationnement situées devant son entrée, rue Miarou, ainsi que le précise le panneau fixé sur la barrière délimitant la zone piétonne, à l'intention des clients de l'hôtel Berneron et d'un autre établissement hôtelier. Si, enfin, la société requérante soutient que le maniement de cette barrière ne devrait pas être à sa charge mais relèverait de la seule responsabilité de la commune, cette barrière étant particulièrement lourde et imposant une ouverture manuelle à chaque fois qu'un client se présente, il ne ressort pas des pièces versées au débat, que le maniement de cette barrière, implantée à immédiate proximité de l'hôtel, présenterait une difficulté particulière de nature à empêcher l'accès des véhicules motorisés ni une contrainte disproportionnée au regard des horaires auxquels l'interdiction s'applique, alors au surplus, qu'il ressort du procès-verbal de constat d'huissier, établi le 1er octobre 2021 à la demande de la commune, que l'hôtel Berneron dispose d'un parking situé à l'arrière de l'établissement, réservé à sa clientèle et situé à environ 60 mètres de l'angle de la rue Miarou dont l'accès est libre de toute restriction de circulation. Ainsi, il ressort de l'ensemble de ces éléments que la mesure de police en litige qui ne présente pas de caractère disproportionné compte tenu du caractère circonscrit de son champ d'application, géographique et temporel, et des buts poursuivis pour assurer à la fois la sécurité et la bonne circulation des usagers ainsi que l'activité économique, touristique et commerciale ne porte une atteinte excessive ni au droit de propriété de la société requérante, l'hôtel conservant un accès à la voie publique et aux places de stationnement situées devant l'établissement, ni la liberté du commerce et de l'industrie.

5. Il résulte de ce qui précède que la société Hôtel Berneron n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2021 en tant qu'il interdit la circulation sur le boulevard Peschaire Alizon pour sa partie comprise entre ses intersections avec la rue Lorion Blachère et avec la rue place Jules Ollier de Marechard et en tant qu'il prévoit la pose d'une barrière matérialisant cette interdiction. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Vallon Pont d'Arc, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, verse à la société requérante la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la commune de Vallon Pont d'Arc.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Société Hôtel Berneron est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vallon Pont d'Arc au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Société Hôtel Berneron et à la commune de Vallon Pont d'Arc.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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